Un chantier international vise à restaurer le château du Duc de Lesdiguières, ancien chef des « Guerres d’Italie » et des Guerres de Religion.

Le prisme, ou le point de vue, est essentiel en beaucoup de sujets, et plus que tout autre, sur celui des guerres. En effet elles sont le plus souvent analysées depuis le côté de la frontière où l’on se situe.

Et c’est certainement le cas des anciens Escartons côté Piémontais, qui furent pendant des siècles des lieux de passages, de luttes, de batailles, non seulement des partis français, mais des partis savoyards. Pour la France, rester de ce côté-ci des Alpes donnait l’accès aux riches plaines du Piémont, au duché de Milan ou de Novare, aux villes d’Alexandrie, et au sud, au Port de Gênes… Et cinq cents après on se souvient certainement encore d’une des plus cuisantes des défaites, la capture de François 1er en 1525 au siège de Pavie par les troupes de Charles Quint.. !

Un peu moins d’un siècle plus tard, les batailles et escarmouches sur les frontières n’avaient pas cessé, sous le jeu des alliances diverses, ou intérêts des uns et des autres Princes, Duc ou autres… En France d’autres batailles faisaient rage en cette fin du 16ème siècle : les luttes à mort entre les partis protestants et catholiques.

Et le Dauphiné en fut un malheureux théâtre, jusque dans les vallées les plus reculées, comme Freyssinières, le Queyras, le Champsaur. Avec de part et d’autres, ses capitaines et ses « héros de la foi », portant la désolation, le pillage et l’exaction.

François de Bonne de Lesdiguières 1597, au Musée Magnin à Dijon (c) Public Domain CC1 Wikimedia Commons

Le Duc de Lesdiguières, connétable et homme de guerres

Il en fut ainsi d’un homme du Champsaur, le Duc de Lesdiguières, fait connétable de France en 1622 par le jeune roi Louis XIII. Son destin fut hors normes, dans tous les sens du terme. Né en 1543 et issu d’une famille de petite noblesse d’une vallée du sud Dauphiné (aujourd’hui les Hautes-Alpes), protestant, il s’engagea à même pas 20 ans dans les troupes « huguenotes » , donc protestantes.

Pendant près de trente années il fit carrière comme partisan protestant, dans tout le Dauphiné, gravissant les échelons et les commandements : Chef des huguenots du Champsaur, puis du Haut-Dauphiné, puis de la Province en 1577 !

Fidèle parmi les fidèles, par un jeu assez commun en histoire, lorsqu’en 1589 le chef du parti protestant français, le roi Henri de Navare, devint roi de France sous le nom d’Henri IV (et qu’il abjura sa foi), Lesdigières resta à son service en Dauphiné, devenant même Gouverneur de Grenoble en 1591.

Entre 1590 et 1600 il passa souvent par Briançon, le col de Montgenèvre, ou ceux de la haute vallée de Suse, au-dessus de Bardonèche pour se porter le fer contre les troupes du Duc de Savoie. Ainsi de la bataille de Salbertrand de juin 1593 (et la reprise du fort d’Exilles sur les troupes alliées).

Aussi, on peut légitimement se demander que signifie encore aujourd’hui le nom de Lesdiguières en Piémont et précisément dans la Vallée de Suse ?

L’affiche de l’exposition de 2017 sur le prince Lesdiguières, au Musée Dauphinois

Le château fort, au lieu dit les Diguières

À la fin du 16 ème siècle il fit construire au Glaizil, dans le Champsaur une sorte de château fort, au lieu dit les Diguières au-dessus de la rivière du Drac. Largement en ruine, il en reste encore des murs et quelques élévations.

Depuis 2001, le château, devenu propriété du Conseil départemental, fait l’objet de campagnes de restaurations dans les règles de l’art (avec des matériaux locaux et de la chaux) grâce notamment depuis 15 ans, à des campagnes ouvertes aux bénévoles de l’association Villages des jeunes solidarités jeunesses PACA, avec son siège situé à Veynes, dans les Hautes-Alpes.

Sous l’égide d’un architecte du Patrimoine, Sylvestre Garin, le château étant classé au titres des Monuments historiques, et de professionnels qui encadrent les chantiers, ces campagnes permettent de consolider les murs d’escarpes ou encore de relever des murs, dégager d’autres parties, comme par exemple es anciennes écuries… un chantier titanesque et hors normes.

Ruines du Château de Lesdiguières (c) CC 1_0 Public domain André ALLIOT Wikimedia Commons

Un chantier international

La particularité de ce chantier de restauration tient aussi à la provenances des jeunes bénévoles : en effet la vingtaine de jeunes sont issus de divers pays européens, le programme de l’association étant soutenu par l’Union européenne (coopération internationale).

Les jeunes sont ainsi accueillis dans des tentes et sont entièrement pris en charge : un beau moyen de passer quelques semaines en France, et d’en approcher une partie de l’histoire et de la culture !

Depuis 2020 des tranches successives de restauration, confiées à des professionnels spécialisés, ont permis de restaurer l’ancienne chapelle et une nouvelle toiture devrait être bientôt posée.

Elle abritait autrefois le gisant du Duc de Lesdiguières, qui repose aujourd’hui à Gap, au Musée départemental des Hautes-Alpes. L’année 2026 marquera les 400 ans de la mort du connétable, peut être l’occasion de mettre en lumière ses diverses actions, des deux côtés des Alpes.

Château Lesdiguières à Le Glaizil, en ruine (c) CC BY SA 3_0 Arnaud-Victor Monteux Wikimedia Commons

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Niçoise installée à Briançon, journaliste et guide-conférencière. Elle a collaboré à divers magazines français spécialisés dans l'urbanisme, l'architecture, le sport : Le Moniteur, Construction Moderne, Méditerranée Magazine, Témoignage Chrétien...

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