La cérémonie de deuil national pour les victimes de l’incendie de Crans-Montana s’est tenue à Martigny le 9 janvier 2026, et en toute la Suisse. L’hommage a réuni les autorités suisses et étrangères, dans un moment de recueillement collectif sans précédent en Suisse depuis la pandémie de covid-19.

L’événement visait à honorer la mémoire des quarante personnes mortes dans l’incendie du bar Le Constellation, survenu le soir du Nouvel An dans la station valaisanne, ainsi qu’à exprimer la solidarité nationale envers les blessés et les familles touchées.

Une cérémonie marquée par la sobriété et la solidarité

La cérémonie officielle a commencé à 13h45 au Centre d’expositions et de réunions de Martigny (CERM), lieu choisi en raison des conditions météorologiques à Crans-Montana et pour des raisons de sécurité. À 14h, toutes les cloches ont sonné pendant cinq minutes, suivies d’une minute de silence observée dans toute la Suisse, dans les entreprises, les écoles, les hôpitaux, les gares et les lieux de culte.

L’événement, retransmis en direct sur les chaînes de télévision helvétiques, a été ouvert par le journaliste valaisan Benoît Aymon. Il a évoqué qu’ « un mot qui pourrait émerger de ce chaos indescriptible, c’est la solidarité ».

Parmi les discours officiels, celui du président du Conseil d’État valaisan Mathias Reynard a rappelé que « ce jour, nous ne l’oublierons jamais ». Le président de la Confédération Guy Parmelin a également pris la parole, et il a aussi rappelé la nécessité d’initiatives à la suite du drame. Olivia Seigne, comédienne valaisanne, a lu un texte écrit par la présidente du Conseil suisse des religions, Rita Famos, soulignant l’importance d’unir silence, foi et doute dans le deuil. L’émotion des participants et des personnes qui ont pris la parole a été grande.

Présence internationale et recueillement collectif

La cérémonie a rassemblé environ mille personnes, dont les présidents français Emmanuel Macron et italien Sergio Mattarella, ainsi que des représentants de 32 États, de l’Union européenne et du Parlement européen. Le Grand-Duc de Luxembourg, Henri, et le Premier ministre belge Bart de Wever étaient également présents. Les autorités cantonales et fédérales ont assisté à la cérémonie au complet. Avant de se rendre en Valais, le président italien Mattarella a rencontré à Zurich les parents de deux jeunes Italiens hospitalisés dans la ville, qui ne peuvent pas être déplacés en raison de leurs conditions critiques.

Plusieurs interludes musicaux ont ponctué les interventions. Des jeunes présents la nuit du drame ont aussi adressé un message à la jeunesse. Dans les premières rangées, les familles des victimes, derrière elles, les secouristes. Dans toute la Suisse, d’autres lieux de recueillement ont accueilli la population, notamment la cathédrale de Lausanne, pleine pour l’occasion, ou encore la place du Scandia à Crans-Montana, sous la neige. Sur la place Münsterhof, à Zurich, un recueillement a eu lieu avec des centaines de participants réunis d’une façon spontanée.

À Crans-Montana, le lieu de l’incendie a été le théâtre d’un recueillement silencieux. Des personnes de tout âge se sont réunies devant le bar du désastre, déposant fleurs et messages dans une atmosphère lourde. À Genève, le Jet d’eau a été illuminé aux couleurs du Valais.

Les suites judiciaires et les critiques

Alors que la cérémonie se déroulait à Martigny, Jacques et Jessica Moretti, qui avaient en gestion du bar Le Constellation, étaient auditionnés dès le matin à Sion en qualité de prévenus. Ils sont poursuivis pour homicide, incendie et lésions corporelles par négligence. Jacques Moretti, a été placé en détention à l’issue de son audition.

Les auditions devraient s’étendre sur plusieurs jours. Selon les avocats des victimes, ces premiers interrogatoires marquent un tournant dans l’établissement des responsabilités.

Des critiques émanent également de la presse, notamment en Suisse alémanique, où plusieurs médias ont dénoncé l’opacité supposée des autorités valaisannes. Certains éditorialistes réclament une enquête extra-cantonale pour garantir la neutralité des procédures. En cause, le contrôle insuffisant du bar sinistré, dont la dernière inspection remontait à 2019 malgré une obligation annuelle.

Des élus fédéraux, comme Nina Fehr Düsel (UDC), estiment que la justice valaisanne ne devrait pas instruire seule cette affaire, tandis que d’autres proposent une « Lex Crans-Montana » pour accélérer les indemnisations.

Dans le même esprit, la présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, a publiquement mis en cause les défaillances qui ont conduit à la tragédie, dénonçant « trop de personnes qui n’ont pas fait leur travail » et soulignant l’absence de réaction immédiate dans l’établissement en feu. Son intervention, reprise dans la presse italienne et européenne, s’inscrit dans une série de prises de position critiques, sur le plan international, sur les raisons du drame.

Soutien psychologique et travail de mémoire

Plus de 15 000 messages ont été envoyés dans le livre de condoléances électronique ouvert par la Confédération. Des hommages ont aussi été organisés dans plusieurs villes suisses, notamment à Genève et Fribourg.

L’association Arc-en-ciel, qui soutient les familles endeuillées, a proposé des groupes de parole, animés par des parents ayant eux-mêmes perdu un enfant. Ce type d’accompagnement est jugé crucial dans les premières étapes du deuil. Le canton du Valais, de son côté, a mis en place un dispositif de soutien psychologique pour les proches des victimes et les blessés.

Sur le long terme, des questions demeurent sur la manière dont cette tragédie sera intégrée à la mémoire collective.

Enfin, organiser la cérémonie en seulement quatre jours a représenté un défi logistique important.

L’accueil de délégations internationales, pour les raisons de sécurité, en pleine saison touristique et sous la neige, a nécessité une coordination solide. Le choix de Martigny a été motivé par la nécessité de garantir un cadre à la fois sécurisé et digne pour les familles.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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