Le Comité d’organisation des Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises (COJOP) est confronté à une crise de gouvernance marquée par des démissions, des conflits internes et des tensions publiques. Après des articles dans la presse et des commentaires publics, le Comité d’organisation des Jeux d’hiver (COJOP) a reconnu, le 11 février 2026, l’existence de « désaccords irréconciliables » entre son président, Edgar Grospiron, et son directeur général, Cyril Linette.

Le Sénat français a convoqué le président Grospiron, tandis qu’au niveau local et régional, les choses avancent difficilement ou avec une grande prudence. Des financements sont retirés, des dialogues interrompus, mais dans un cas, on découvre une photo montrant une amitié et un bon soutien au président Grospiron.

Le licenciement de Linette reporté après les Jeux de Milan-Cortina

Dans le communiqué publié mercredi 11 février, le COJOP a donc pris acte des « désaccords irréconciliables » entre Edager Grospiron et Cyril Linette, nommé directeur général en avril 2025. La décision formelle sur l’avenir du directeur général est reportée à un bureau exécutif convoqué le 22 février, jour de la cérémonie de clôture des Jeux de Milan-Cortina 2026, lorsque les Alpes françaises recevront le drapeau olympique.

L’avantage reste du côté de Grospiron, qui a reçu du COJOP le mandat de proposer «la solution la plus adaptée à l’intérêt collectif du projet». Au sein du COJOP, à en croire le communiqué, la position est compacte, Grospiron semble jouir d’une confiance totale. Ce n’est pas ce qui apparaît à l’extérieur.

Une série de démissions en quelques semaines

La rupture entre le président Grospiron et le directeur Linette intervient après des mois de tensions qui ont touché différents niveaux et acteurs publics.

D’une part, il y a eu une série de démissions. En décembre 2025, Anne Murac, directrice des opérations, chargée d’identifier les sites des compétitions, a quitté ses fonctions. Il s’agit d’un thème délicat : il concerne d’une part la visibilité des territoires et d’autre part leur rôle financier pour les travaux et les services.

À la mi-janvier 2026, Arthur Richer, directeur de la communication, autre rôle central, a quitté ses fonctions. Puis, peu avant l’ouverture des Jeux de Milan-Cortina, Bertrand Méheut, président du comité des rémunérations, a également démissionné : des articles de presse ont même évoqué des désaccords sur l’utilisation des cartes de crédit.

Cette série de démissions est remarquable et atteint désormais son pic avec le départ du directeur général.

Communes, Départements et Régions très critiques

Les tensions concernent également les territoires, et il semble que les problèmes ne portent pas seulement sur les coûts et leur répartition, mais aussi sur la méthode.

La Région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Fabrice Pannekoucke, ancien maire de Moûtiers, en Tarentaise (vallée avec pas mal de stations de ski), a réduit sa contribution au fonctionnement du COJOP de 7,5 à 3 millions d’euros. Avec la Région Sud, elle a été l’un des grands moteurs de la candidature olympique et fait partie du COJOP, qui semble quant à lui agir de manière compacte.

Le président du Département de la Savoie, Hervé Gaymard, s’était déjà exprimé quelques semaines auparavant. Le 1er décembre, il avait annoncé «suspendre sa participation à toutes les réunions de tous les organes» que sont Solideo 2030 (société chargée de la réalisation des travaux olympiques) et le COJOP 2030.

Or, pour tenir de tels propos et prendre de telles décisions, il doit y avoir quelque chose qui cloche, même si les détails et les raisons, au cas par cas, ne sont pas rendus publics.

D’autre part, la question dure depuis longtemps : le cas de Val d’Isère est par exemple instructif.

Depuis deux ans – et pas seulement depuis quelques mois – Val d’Isère débat de sa participation ou non en tant que site de compétition. C’est une station classique, qui accueille depuis des années les épreuves de la Coupe du monde. Pourtant, elle était initialement exclue des cartes des compétitions. Le 2 février, son conseil municipal s’est réuni pour donner son accord, uniquement « de principe », à l’accueil des compétitions de slalom et de géant, mais sans utiliser «ses propres ressources directes».

Le cas de Val d’Isère et ceux qui s’énervent

Nous nous sommes demandé ce que cette expression pouvait bien signifier. Peut-être il vont utiliser de «ressources propres indirectes». Peut-être s’agira-t-il d’un bâtiment public en construction, qui a son propre parcours et sa propre destination d’usage, et qui pourra être utilisé temporairement pendant les Jeux olympiques : voilà peut-être les ressources «indirectes». Les négociations sur les détails doivent toutefois encore avoir lieu.

Ce qui est déjà évident, pour en revenir aux questions de méthode, c’est la colère de la commune de Méribel, initialement sélectionnée pour le slalom et le géant. Elle a déjà fait savoir qu’elle n’était pas disposée à accueillir d’autres compétitions et d’autres sports, du moins pour le moment.

En toile de fond de ces tensions, on peut toutefois voir une photo de bonne entente entre le président de la Région Sud, Renaud Muselier, et le président du COJOP, Edgar Grospiron, le 5 février, à Milan, lors de l’ouverture des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026. C’était peut-être l’occasion de la célébration, mais elle donne l’impression d’une amitié sincère et souriante.

Il ne faut pas non plus considérer la préparation des Jeux seulement comme un panier de problèmes : par exemple, tant pour les Jeux de 2030 que pour une politique publique d’amélioration des transports, il y aura une intervention de plusieurs millions d’euros sur la ligne ferroviaire Briançon-Marseille, avec un effet important pour le développement de nombreux centres urbains et de leurs territoires, d’Embrun à Gap.

De plus, le Dauphiné Libéré a rappelé que lors de la préparation des Jeux olympiques d’Albertville en 1992 les tensions avaient également été vives, avec notamment la démission du comité d’organisation, en signe de protestation, du grand champion de descente Jean-Claude Killy.

Quelques passages difficiles, mais il semble que l’on ira de l’avant

Le 10 février 2026, le Sénat a exprimé sa « vive préoccupation » quant à la gouvernance du comité COJOP et a convoqué Grospiron à une audition le 25 février au Palais du Luxembourg, en compagnie du délégué interministériel aux Jeux, Pierre-Antoine Molina.

La ministre des Sports, Marina Ferrari, dans la foulée des annonces des démissions dans le COJOP, avait déjà demandé en janvier «une clarification rapide et complète» sur la stabilité de l’organisation.

Les parties impliquées dans le COJOP ont d’ailleurs lancé une «mission d’accompagnement», qui peut être interprétée de deux manières au moins : comme un soutien positif et une justification, ou comme un contrôle et une mise sous tutelle de Grospiron. Elle est confiée à Etienne Thobois, ancien directeur général des Jeux olympiques de Paris 2024.

Il sera donc intéressant de voir ce qui se passera après les Jeux olympiques de Milan-Cortina. Les premières conclusions d’Étienne Thobois seront en effet examinées par le bureau exécutif le 22 février. C’est le jour où devrait avoir lieu le licenciement du directeur général Linette, trois jours avant l’audition de Grospiron au Sénat.

Allez, tout ira bien…


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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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