À la fin du récit sur Catherine de Challant, Jacques Martinet dresse son portrait et retrace le contexte historique.
Catherine avait environ 30 ans lorsque son père, Francesco di Challant, mourut. Il n’existe aucun document attestant la naissance de la future comtesse. Le document rejeté par la chambre ducale est le testament du comte di Challant qui, au mépris de toute loi et tradition, lègue son fief à ses deux filles, Catherine et Margherite.
Selon la chambre, en l’absence d’un héritier mâle, le fief revenait de droit aux Savoie. Nous sommes dans la première moitié du XVe siècle, les femmes sont exclues de la ligne successorale. Mais c’est une époque où la tradition est remise en question, et c’est l’Église elle-même qui le fait. Deux papes se disputent le droit de représenter Jésus sur terre à cheval entre le XIVe et le XVe siècle, l’un à Avignon et l’autre à Rome. Les blessures du schisme qui a pris fin en 1417 sont encore fraîches.
C’est ainsi que Catherine de Challant décide elle aussi de défier la tradition et de défendre la volonté de son père et ses titres. Elle acquiert la part d’héritage de sa sœur pour 11 000 florins, à l’exception du château de Verrès, où Marguerite va s’installer. Catherine, quant à elle, se bat.
Déjà veuve d’un mari mort prématurément de maladie et avec deux filles à charge, Luigia et Giacometta, Catherine trouve l’amour auprès de Pierre, allant une fois de plus à contre-courant. Ils affichent ouvertement leur union, bien qu’ils ne soient pas mariés et ne puissent le faire en raison de leur lointaine parenté.
Le duc, voyant leur désobéissance, les condamne à payer une amende et à se présenter dans les palais ducaux. La dernière instance est prévue le 30 mai au château de Moncalieri. C’est là que Catherine défie son cousin Giacomo et toute la maison de Savoie en décidant non seulement de ne pas se présenter, mais aussi d’accepter l’invitation du prévôt de la collégiale de Saint-Gilles, pour ensuite danser avec le peuple.
Cependant, tout le monde n’était pas du côté de Catherine, car son conflit avec les Savoie aurait pu mener à une guerre, et beaucoup auraient préféré qu’elle se retire.
Beaucoup d’autres lui étaient fidèles, comme ses hommes qui lui avaient juré allégeance dans une chapelle. Ce bal déclencha une bagarre qui aboutit au meurtre d’un homme de la maison de Savoie. La guerre avait commencé et, en plus d’avoir déjà Amédée VIII de Savoie de son côté, Jacques put également tirer parti de cet épisode. Pierre et Catherine virent tous leurs biens confisqués.
Cependant, en 1452, Amédée VIII meurt et Jacques perd un allié important. Le duc Louis peut enfin condamner Jacques pour ses crimes et les meurtres commis contre les chevaliers chypriotes, protégés et favoris de la comtesse Anne de Chypre, épouse du duc Louis lui-même. Jacques est contraint de fuir en France, protégé par sa connaissance avec Louis, le dauphin du roi.
Catherine est enfin nommée comtesse et, la même année, elle est autorisée à épouser son bien-aimé Pierre. Ce bonheur est de courte durée. En 1455, le duc se soumet à la France du roi Charles VII. Le fief de Challant est remis en question et confié cette fois à Giacomo, ami des Français. Catherine et Pierre refusent de quitter leurs terres. C’est encore la guerre. Pierre défend le château de Verrès, Catherine avec ses fidèles hommes le manoir de Challand-Saint-Victor.
Le combat est brutal. Pierre et ses hommes sont sur le point de se rendre et il décide donc d’aller aider sa comtesse bien-aimée. Sur les chemins à l’extérieur du château de Verrès, il tombe sur les troupes savoyardes qui le blessent mortellement, capturent deux de ses conseillers et les pendent devant les portes du château de Châtillon.
Catherine parvient à s’enfuir avec ses filles et trouve refuge dans le couvent des chanoinesses de Saint-Augustin. En 1457, elle est également accusée de sorcellerie, pour avoir prétendument jeté un sort contre la vie du duc et de la duchesse de Savoie, mais elle est jugée innocente. En 1462, elle redevient comtesse, mais quatre ans plus tard, elle délègue ses pouvoirs à son gendre Henri de Chissé.
Il ne reste de son image qu’une fresque présumée la représentant, dans la prévôté de Saint-Gilles. À Verrès, son souvenir est certainement plus vivant que jamais.
Le carnaval met en scène dans les rues et les salles du château la vie de Catherine, son amour pour Pierre et une partie de l’histoire des Challant.
Chaque année, pendant quelques jours, une femme devient comtesse sans opposition. Chaque année, ce bal se répète. Ce sont des jours de fête, de tradition populaire.
C’est ainsi qu’il a été décidé de conserver cette histoire.
(un grand merci à Ezia Bovo pour les sources historiques)
CATHERINE DE CHALLANT, par Jacques Martinet
