L’autonomie de la Vallée d’Aoste et le 80e anniversaire des Décrets du Lieutenant du Royaume ont été célébrés le 22 février 2026 à Aoste, dans la salle Maria Ida Viglino du Palais régional, avec la remise des distinctions d’Ami de la Vallée d’Aoste et de Chevalier de l’Autonomie.

Cette cérémonie a lieu chaque année et constitue un moment particulier. La salle est toujours comble, avec de nombreux maires, conseillers régionaux, présidents d’associations et d’organismes, représentants de la culture et de la société. Il s’agit d’une occasion officielle, mais au cours de laquelle trois discours abordent, effleurent ou laissent entendre des éléments de l’actualité politique. En observant ce moment, on comprend certaines choses, même en lisant entre les lignes.

En présence des institutions régionales et de l’invité d’honneur Roberto Paccher, président du Conseil régional du Trentin-Haut-Adige/Südtirol, la cérémonie a rappelé les bases juridiques de l’autonomie valdôtaine et récompensé des personnalités qui ont contribué à la croissance culturelle, scientifique et économique de la région.

Les célébrations institutionnelles et la valeur du statut spécial

Il y a aussi un aspect festif, qui a lui aussi son intensité et son récit. La fête s’est ouverte avec l’interprétation du chant Exulte Autonomie par le Chœur Verrès. Il était dirigé par Albert Lanièce, sénateur de la Vallée d’Aoste pour deux législatures, de 2013 à 2022, ancien conseiller à la santé et médecin.

Le chant était inspiré d’un poème de l’écrivaine et personnalité politique valdôtaine Teresa Charles et mis en musique par Giuseppe Cerrutti. Le chœur de Verrès a également chanté Montagnes Valdôtaines à la fin de la fête, avec de petites et belles variations, le public chantant doucement pour ne pas déranger, et tout le monde debout, comme le veut la coutume. Ce furent deux beaux moments, un cadre identitaire au tableau politique de la fête, qui en constituait le contenu.

Il convient également de mentionner la lecture d’un extrait des décrets du lieutenant du 7 septembre 1945, par Alexine Dayné. Ce fut également un moment intéressant, précisément en raison des mots entendus. Deux éléments ressortent des décrets du lieutenant, qui sont arrivés quelques mois avant la fin de la guerre, dans le climat tendu du moment, entre annexionnisme et fin du fascisme.

D’une part, on ressentait un certain frisson et une certaine inquiétude en réécoutant les noms fascisés des communes valdôtaines, qui, avec les décrets, retrouvaient leur toponyme d’origine. D’autre part, on a entendu que le texte des décrets prévoyait la concession, renouvelable pour 99 ans, des eaux à la nouvelle région autonome du Val d’Aoste.

La langue française et les eaux

La lecture a rappelé que non seulement le français était mis sur un pied d’égalité, mais que dans les écoles, certaines matières, et pas seulement la littérature, seraient enseignées en français. Il s’agit de deux mesures qui n’ont pas été mises en œuvre : en ce qui concerne le français, il n’est toujours pas possible d’avoir un enseignant de langue maternelle française provenant d’un pays européen, et en ce qui concerne les eaux, jusqu’à la libéralisation des années 90, tout est resté entre les mains de l’État, puis la Vallée a racheté les centrales hydroélectriques. Aujourd’hui, elle risque de les perdre à nouveau, en raison de concessions qui arrivent à expiration et parce que l’accord (les règles d’application) avec l’État pour fonctionner comme dans d’autres pays, avec un contrôle régional stable sur les eaux, y compris dans leur dimension énergétique, n’est pas conclu.

C’est pourquoi les discours étaient importants, même s’ils ne comportaient que quelques passages et quelques phrases de type classique.

Tant le président du Conseil de la Vallée, Stefano Aggravi, que le président de la Région, Renzo Testolin, ont rappelé les règles d’application du Statut, sans lesquelles les politiques ne peuvent être mises en œuvre.

Tous deux ont évoqué le principe de l’accord : l’accord de la Région deviendrait nécessaire pour modifier les règles statutaires et d’application, l’avis ne suffirait plus. Le principe de coopération loyale a été évoqué à plusieurs reprises, soulignant son importance, qui signifie en fin de compte s’entendre et se parler clairement.

Les questions en suspens sont nombreuses, notamment celles de la retransmission des chaînes de télévision en langue française dans la Vallée d’Aoste (à Bolzano, celles en allemand et en ladin sont au nombre de dix-sept), mais aussi la norme sur les eaux. Si les centrales restent sous le contrôle de la Région, comme c’est le cas actuellement, par l’intermédiaire de la société in house Finaosta, il n’est pas nécessaire de lancer un appel d’offres. Il suffit d’adopter une norme d’application du Statut, comme c’est déjà le cas, par exemple, dans la province de Bolzano. Cependant, pour l’instant, la norme n’est pas encore parvenue à la Commission paritaire État-Région, chargée d’en élaborer le texte.

Les thèmes classiques de l’autonomie

L’eau, la langue, quelques points parmi tant d’autres ont été évoqués. Par exemple, le président de l’organisation des communes du Val d’Aoste, Alex Michieletto, a rappelé que chaque commune, avec sa communauté, maintient l’autonomie en vie. Dans la salle, les maires étaient vraiment nombreux, avec leur écharpe et le drapeau italien. Il a rappelé l’activité des communes en faveur des jeunes, pour expliquer et faire vivre l’autonomie, et a également déclaré qu’il ne fallait pas avoir peur, même face à l’État, même si une norme approuvée est ensuite déclarée inconstitutionnelle. En somme, il faut aller de l’avant : en arrière-plan, il y a une décision récente de la Cour qui a récemment uniformisé davantage la législation valdôtaine à la législation nationale en matière électorale.

M. Aggravi, président du Conseil de la Vallée, a pour sa part appelé à une plus grande collaboration entre le Conseil de la Vallée et le gouvernement régional. Il doit donc y avoir eu quelques problèmes, qu’il faut sans doute surmonter compte tenu du moment critique de confrontation avec le gouvernement national, même si Forza Italia fait partie de la majorité régionale. Il ne faut pas se limiter au résultat immédiat, a déclaré M. Aggravi, mais se concentrer sur des priorités claires à moyen terme et une définition plus précise des compétences respectives de l’État et de la région, afin de réduire les conflits et les incertitudes administratives.

Du Trentin-Haut-Adige

Chaque année, un invité d’honneur est présent. Cette année, c’était Roberto Paccher, président du Conseil régional du Trentin-Haut-Adige.

Depuis le nouveau statut de 1972, il s’agit de l’organe commun, quasi fédéral, des provinces autonomes de Trente et de Bolzano, qui détiennent la quasi-totalité des compétences. M. Paccher, qui venait d’arriver après une brève visite sur le territoire, a évoqué les dimensions alpines, économiques et territoriales communes, ainsi que les similitudes culturelles, par exemple dans les chorales, comme celle de Verrès.

Il a souligné le lien entre l’autonomie et les territoires de montagne, un outil pour faire face aux difficultés structurelles, lutter contre le dépeuplement et soutenir les politiques en faveur de l’emploi, du tourisme, de l’agriculture et de l’innovation, dans le respect des identités culturelles et linguistiques.

Ami de la Vallée d’Aoste : les récompenses pour la coopération et la recherche

Lors de la Fête de la Vallée d’Aoste 2026, les distinctions d’Ami de la Vallée d’Aoste ont été décernées à Stève Gentili et Giorgio Metta.

Stève Gentili est président du Forum francophone des affaires, mais c’est surtout un homme de réseau, qui connaît la moitié du monde, jouant un rôle important dans la politique et l’économie, ainsi que dans les politiques françaises en Afrique.

Il mène une intense activité sur le thème de la francophonie, ce qui lui a valu le titre de Grand officier de l’ordre de la Couronne en 2023, en Belgique. Absent, il a envoyé un message dans lequel il a exprimé son honneur pour cette distinction, la qualifiant d’encouragement à poursuivre son engagement en faveur de la Vallée d’Aoste et de la francophonie.

Giorgio Metta, directeur scientifique de l’Institut italien de technologie (IIT), a reçu cette distinction pour sa contribution au développement de l’innovation dans la Vallée d’Aoste et pour avoir favorisé l’intégration de la région dans les réseaux scientifiques internationaux, renforçant ainsi le dialogue entre la recherche, les institutions et la communauté. L’Institut italien de technologie et la région du Val d’Aoste ont créé en 2025 le centre C3G (Center for Clinical and Computational Genomics) à l’Espace Aosta. Le centre développe entre autres le projet 5000genomi@VdA, pour le séquençage génomique à grande échelle à des fins médicales.

Chevalier de l’Autonomie : artisanat, information, tourisme et alpinisme

Le titre de Chevalier de l’Autonomie a été décerné à Giuseppe Binel, Alessandra Ferraro, Leo Garin et Giuseppe Petigax.

Giuseppe Binel, l’un des sculpteurs les plus appréciés de l’artisanat valdôtain, a été récompensé pour avoir valorisé la tradition locale et transmis aux jeunes générations les techniques et la discipline de son métier.

Alessandra Ferraro, (dont la grand-mère est originaire de Brusson, dans le Val d’Ayas), directrice de Rai Isoradio et journaliste, est devenue Chevalier de l’autonomie pour avoir diffusé, à travers son activité professionnelle, l’image et les valeurs du Val d’Aoste au-delà des frontières régionales, tout en conservant un lien constant avec la culture et l’histoire du territoire. Avant de prendre la direction d’Isoradio, Alessandra Ferraro était rédactrice en chef de la RAI Vallée d’Aoste.

Leo Garin, restaurateur et fondateur de l’Auberge de la Maison à Coumayeur Entrèves, est une figure emblématique du tourisme valdôtain, capable de conjuguer qualité de l’accueil, identité culturelle et développement économique : dans son intervention, il a notamment rappelé comment est née la Coupe valdôtaine de l’amitié.

Giuseppe Petigax, alpiniste et guide de montagne ayant participé à de nombreuses expéditions (il a gravi 192 fois le Mont Blanc et se souvient d’une expédition mythique sur l’Everest), a obtenu ce titre pour avoir représenté dans le monde entier l’esprit de la montagne valdôtaine, alliant expérience, sécurité et sens des responsabilités.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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