Le premier tour des élections municipales du 15 mars 2026 en France présente une continuité dans de nombreuses communes alpines avec plusieurs maires réélus, mais aussi des changements politiques et de nouveaux interlocuteurs locaux le long de la frontière avec le Val d’Aoste, le Piémont et la Ligurie.
Entre les Alpes-Maritimes, les Alpes de Haute-Provence et le Queyras, les Hautes Alpes, la Savoie et la Haute-Savoie, de nouveaux maires et de possibles changements de ligne émergent qui pourraient affecter les relations et les projets entre les territoires alpins. Il suffit de penser à la prochaine réunion du Comité des frontières du Traité du Quirinal: il pourrait y avoir de nouvelles présences.
Les relations locales avec la Suisse romande s’inscrivent également dans la continuité et le changement. Par exemple, Annemasse, malgré le changement de maire, devra nécessairement interagir avec Genève, ne serait-ce que pour les questions qui continuent à s’ouvrir, des transports au développement urbain.
Le renforcement de la zone Ciotti
C’est au sud, dans les Alpes-Maritimes, que le changement politique est le plus net. À Nice, Éric Ciotti arrive en tête du premier tour avec environ 41,9 % devant le maire sortant Christian Estrosi, tandis qu’à Menton, la candidate du Rassemblement national Alexandra Masson arrive en tête avec 35,19 %. Les jeux restent ouverts pour le second tour, mais le signal est là, et un effort d’imagination doit être fait.
Pour les territoires de la Ligurie occidentale et du Coni, cela signifie la présence possible de nouveaux interlocuteurs politiques. Ces dernières années, les différentes tentatives de construction d’instruments stables de coopération transfrontalière – GECT ou associations – sont souvent restées à l’état de projet, voire d’annonce. Les progrès réels restent modestes et se poursuivent dans le cadre des projets INTERREG. Des obstacles subsistent, y compris dans les approches. Le groupe politique de Ciotti a déjà été impliquée dans plusieurs projets européens, avec les activités du Département des Alpes Maritimes et par plusieurs municipalités.
A Vintimille, tant l’ancien maire de gauche, Enrico Ioculano, que l’actuel, Flavio Di Muro, de la Ligue, ont progressé dans la coopération, indépendamment de leur orientation politique. Il s’agit plus d’une question de générations que d’orientations politiques. Il sera donc intéressant de voir comment les choses évolueront dans les semaines à venir.
Changements dans les communes alpines
A Montgenèvre, Muriel Jourdain a été élue dès le premier tour avec 52,38 %, succédant à Guy Hermitte, maire depuis 2001, qui ne se représentait pas. Vue du Piémont, Montgenèvre est très belle, mais la nouvelle maire a annoncé qu’elle s’engagera dans la relance de la station, après avoir écouté des signaux d’inquiétude de la part des tour operateurs et des hôteliers.
Son horizon, ce sont les Jeux olympiques de 2030, alors de Cesana, Sestriere, Oulx et Suse, devraient lui parler immédiatement, au moins pour lui dire bonjour. Et qui sait si les athlètes de 2030 ne seront pas accueillis de leur côté aussi. Montgenèvre coopère sur le plan des stations de ski de la Via lattea et la société ICON, qui en est propriétaire : les messages sur LinkedIn à ce sujet sont nombreux.
À Modane, le maire sortant Jean-Claude Raffin a été battu. En poste depuis 2008, il était actif depuis des années dans les relations transfrontalières, même avec quelques pessimismes. Le nouveau maire est Humberto Fernandez, élu au premier tour avec 60,22%. Comment va-t-il procéder ? C’est une question de compréhension et de connaissance mutuelle. Il était déjà dans l’équipe de Raffin, mais il devra aussi gérer les questions frontalières.
À Chamonix, la situation reste ouverte : le député Xavier Roseren est troisième avec 19,41 %, derrière François-Xavier Laffin et Jonas Devouassoux. Il faudra voir quelle attitude sera adoptée sur le tunnel du Mont-Blanc et si Chamonix restera focalisée sur l’aéroport de Genève et le marché français.
L’ensemble de la vallée de Chamonix avait une équipe relativement unie sur ce dossier, mais les Houches observent également un changement. Il faudra voir s’il s’inscrit dans la continuité.
Des confirmations dans les villes alpines
Parallèlement aux changements, les confirmations sont nombreuses. À Saint-Jean-de-Maurienne, le maire sortant Philippe Rollet a été réélu dès le premier tour avec 59,15 % des voix. La ville reste au centre de plusieurs dossiers, dont la ligne ferroviaire Lyon-Turin et la halte pour les trains de la SNCF passagers et de Trenitalia.
M. Rollet devra également faire face aux transformations économiques liées aux chantiers de la nouvelle ligne ferroviaire et maintenir la dimension culturelle et touristique de la ville, qui accueillera également le festival de musique italienne « Little Italy » en septembre prochain.
Reconduction au premier tour également pour Renaud Beretti à Aix-les-Bains, Jean-Marc Peillex à Saint-Gervais et Serge Revial à Tignes, tandis que dans certaines petites communes – comme Servoz ou Sainte-Foy-Tarentaise – le vote s’est déroulé avec une seule liste, et les maires sortants sont reconduits.
Les grandes villes et le dialogue transalpin
Dans les grandes villes, le cadre politique reste ouvert. À Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet résiste et se retrouve à égalité au premier tour avec l’entrepreneur et ancien président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas. Doucet est également connu pour son opposition à la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon–Turin et à la rénovation de la ligne ferroviaire entre Saint-Jean-de-Maurienne et Lyon.
Dans le passé, le dialogue entre les villes de Turin et de Lyon a été développé par le maire Gérard Collomb. Avec l’administration actuelle, les contacts institutionnels ont pratiquement disparu. Les relations entre les villes et entre les territoires dépendent souvent de la culture, de l’ouverture et des attitudes personnelles plutôt que des orientations politiques.
Des situations restent également ouvertes à Grenoble, Annecy et Chambéry, qui sont restées à l’écart des dialogues transfrontaliers pendant quelques années. Chambéry, par exemple, accueille chaque automne la Quinzaine du cinéma italien: il y aurait du travail à faire pour la coopération..
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