« Space Below my Feet », l’autobiographie de Gwen Moffat, célèbre alpiniste britannique et première femme guide de montagne en Europe, ne raconte pas une véritable prouesse sportive mais plutôt le sentiment de liberté inhérent à une jeunesse presque rebelle. Publié en 1961, ce livre n’est pas un simple récit d’ascensions, c’est le récit d’une vie vécue en marge des conventions, où la montagne devient le lieu où la jeune femme découvre son identité.
Une brève autobiographie de Gwen Moffat
Le memoir retrace le parcours irrégulier et surprenant de Gwen Moffat dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale, alternant aventure, introspection et paysages alpins décrits avec beaucoup de vivacité. Les parois rocheuses, le vent sur les crêtes et les longues traversées deviennent ainsi la toile de fond d’une existence nomade, racontée avec un regard direct et personnel, où se succèdent montagnes, petits boulots et voyages dans les Alpes.
Plus de 60 ans après sa publication, « Space Below my Feet » continue de se distinguer dans le panorama dense de la littérature alpine européenne comme l’un de ses principaux piliers. Toujours disponible en ligne grâce aux différentes rééditions qui se sont succédé au fil des décennies, il continue de fasciner le public alpiniste et au-delà avec son récit profond de la relation entre une personne et les paysages qui la transforment.
De la fuite de l’armée aux montagnes
L’histoire alpiniste de Gwen Moffat débute en 1945 lorsqu’elle, âgée d’un peu plus de 20 ans et déjà chauffeur et courrier dans l’armée britannique, rencontre un objecteur de conscience qui lui fait découvrir l’escalade et change radicalement sa vie. Après que les rochers du Pays de Galles soient devenus un appel irrésistible, elle décide d’abandonner sa carrière militaire et de tout laisser derrière elle, de sa famille à ses amis, de son travail à sa carrière.
Commence alors une période presque légendaire de son existence, durant laquelle elle vit avec très peu d’argent, dort où elle peut et se déplace en faisant du stop, un sac à dos sur les épaules contenant une corde, un sac de couchage et quelques objets essentiels. Son itinéraire traverse la Grande-Bretagne et le continent, jusqu’aux Alpes, où elle fréquente des lieux emblématiques de l’alpinisme tels que Chamonix et Zermatt, persévérant dans sa quête de la montagne partout où elle l’appelle.
Une vie de petits boulots improbables
Pour survivre, Gwen Moffat accepte tous les emplois qui lui permettent de continuer à grimper, mais elle ne les garde que le temps nécessaire pour gagner quelques livres avant de retourner dans les montagnes. Elle est employée comme garde forestière, ramasse des coquillages sur l’Île de Skye (Écosse), pose comme modèle pour des artistes, gère un magasin itinérant dans les Highlands et est même timonier sur une goélette.
Pendant ce temps, elle affronte des voies de plus en plus difficiles, souvent avec un style personnel et non conventionnel, parfois même en grimpant pieds nus pour mieux sentir la roche. Dans son livre, ces expériences ne sont pas racontées comme des exploits héroïques mais comme des épisodes d’une vie délibérément instable, guidée par le fil conducteur immuable de la recherche de l’indépendance.
La conquête des sommets
Page après page, la protagoniste passe de l’enthousiasme des premières ascensions aux défis les plus difficiles, racontant des escalades presque impossibles, des accidents évités de justesse et de longues journées sur les parois. La montagne y est décrite comme un espace mental, un lieu où se mesurer à sa propre détermination, un théâtre préparatoire à la renommée de Gwen Moffat comme l’une des grimpeuses les plus fortes de sa génération.
Ce parcours singulier dans le panorama de l’alpinisme européen culmine avec l’obtention du diplôme de guide de montagne professionnelle, un objectif qui était à l’époque presque impensable pour une femme. Le livre, qui fait partie d’une production de plus de trente volumes comprenant également des romans policiers et des romans se déroulant dans des contextes montagneux, se termine par l’une de ses grandes ascensions du Breithorn (Mont Rose), symbole d’une carrière désormais pleinement reconnue.
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