Le thème de l’accessibilité culturelle et de l’inclusion dans les musées fait l’objet de trois initiatives distinctes impliquant les pôles muséaux de la Vallée d’Aoste et du Piémont.
Les principes et le cadre réglementaire
Ces initiatives s’inscrivent dans un cadre réglementaire international fourni par la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées. Cette convention a été adoptée par l’Assemblée générale en 2006 et ratifiée par l’Italie en 2009.
L’article 30 consacre le droit des personnes handicapées à participer à la vie culturelle sur la base de l’égalité avec les autres. Il vise à garantir l’accès aux musées, bibliothèques, cinémas, théâtres et sites d’intérêt national. L’article 9, consacré à l’accessibilité, engage les États à supprimer les barrières physiques et de communication dans les bâtiments et services ouverts au public. L’article 27 rappelle la nécessité de former le personnel travaillant dans les services afin qu’il puisse garantir des normes adéquates d’assistance et d’accueil.
La Convention définit le handicap non pas comme une caractéristique absolue de la personne, mais comme le résultat de l’interaction entre la personne et les barrières – comportementales, environnementales, communicationnelles – présentes dans le contexte. Dans cette perspective, rendre un musée ou une offre touristique accessible n’est pas un ajustement extraordinaire. Il s’agit d’une condition ordinaire de la qualité du service, conforme au principe de conception universelle rappelé par la Convention elle-même.
Dans le secteur du tourisme et de la culture, l’application concrète de ces principes nécessite une action à plusieurs niveaux. Parmi les exemples d’interventions, on peut citer les infrastructures physiques, les outils de communication améliorée et alternative, la formation des opérateurs et la conception d’expériences qui tiennent compte de la diversité des publics.
Le projet IN3ViE, entre Vallée d’Aoste, Piémont et Valais
IN3ViE – Viaggiare inclusivo e vivere emozioni tra Vallese, Valle d’Aosta e Piemonte est un projet financé par le programme Interreg VI A Italie-Suisse 2021-2027. Il vise à construire un réseau transfrontalier de destinations touristiques accessibles entre le Valais, la Vallée d’Aoste et le Piémont. Le chef de file est la Région autonome Vallée d’Aoste – Assessorat du tourisme, du sport et du commerce. Le partenariat comprend la région du Piémont, la Haute École spécialisée de Suisse occidentale, des municipalités telles que Alagna Valsesia, Formazza, Verrayes et Issogne, ainsi que plusieurs autorités touristiques du canton du Valais. L’approche est basée sur la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS. Elle s’inscrit dans les objectifs de l’Agenda 2030 des Nations Unies et de la Stratégie européenne pour les droits des personnes handicapées 2021-2030.
Les interventions prévues concernent la formation des voyagistes, la production de matériel d’information inclusif et le développement d’infrastructures et de services adaptés aux besoins des personnes souffrant de handicaps moteurs, sensoriels et intellectuels. Le projet ne se limite pas à l’adaptation physique des destinations, mais vise un changement culturel plus large dans l’approche de l’hospitalité. Il promeut l’image du visiteur handicapé comme un client à accueillir avec la même qualité de service que celle garantie aux autres.
Journée de formation à Aoste
Le 25 mars 2026, une journée de formation spécialisée s’est tenue au MégaMusée – Musée archéologique contemporain d’Aoste, dans le cadre du projet IN3ViE. Elle a été organisée par l’Assessorat du tourisme, du sport et du commerce de la région autonome de la Vallée d’Aoste, en collaboration avec la startup Cityfriend.
Les bénéficiaires de la formation sont des guides touristiques, des accompagnateurs, des opérateurs de musées, des bénévoles d’associations locales, des administrateurs, du personnel de l’Office du Tourisme et des consortiums touristiques. L’objectif est de développer des compétences dans le domaine de l’accessibilité et de la communication inclusive du patrimoine culturel et de l’offre touristique de la Vallée d’Aoste.
La journée a été divisée en quatre modules matinaux. Lorenza Trinchero, historienne de l’art et experte en accessibilité des musées, a abordé la conception d’expériences inclusives tenant compte de la diversité du public. Franco Lepore, président de l’Union italienne des aveugles et malvoyants (section Piémont), a traité de l’accessibilité pour les malvoyants. En particulier, l’audiodescription et l’exploration tactile ont été décrites. Sara Favout est psychologue à la Diaconia Valdese et experte en communication alternative et augmentative (CAA). Elle a illustré l’utilisation de guides « faciles à lire » et d’outils de CAA dans des contextes culturels et touristiques. Enrico Dolza, affilié à la Fondazione Istituto dei Sordi di Torino, a présenté des stratégies d’accueil des visiteurs sourds. Il a été supporté par Nicola Della Maggiora, conférencier au même institut, sourd de naissance et natif de la langue des signes italienne (LIS).
L’après-midi, les participants ont été répartis en quatre tables de travail coordonnées par les mêmes formateurs, avec des activités pratiques. Utilisation d’aides et de technologies pour briser les barrières culturelles, narration d’une œuvre d’art et expérience tactile dans l’obscurité, histoires sociales et guides en langage simplifié, signes LIS pour l’accueil au musée.
Châtillon, Château Gamba : « Culture ssans barrières »
Le samedi 21 mars, le château Gamba – musée d’art moderne et contemporain de Châtillon – a présenté son nouveau plan d’inclusion lors d’une journée entièrement consacrée à l’accessibilité totale.
Par des fonds du PNRR, le centre culturel a développé une offre structurée pour rendre les visites accessibles à différents publics. Le musée a supprimé les barrières architecturales pour mieux accueillir les visiteurs handicapés moteurs. Pour les visiteurs non-voyants, certaines œuvres ont été reproduites avec des modèles tactiles en 3D à l’échelle 1:1. Un parcours de l’application dédiée comprend des audiodescriptions, tandis qu’un second parcours propose une traduction LIS et des sous-titres pour les visiteurs sourds. 58 tablettes sont disponibles pour les visites accompagnées.
Le samedi 21 mars, le projet Culture sans barrières a été présenté lors d’une session publique à 10h30. L’après-midi, deux activités ont eu lieu : Il Parco dei Tesori, une chasse au trésor avec des éléments de jeu théâtral destinée aux enfants de 5 à 12 ans, et Arte Libera, des visites théâtrales pour les familles, les adultes et les personnes handicapées animées par des acteurs professionnels. La journée s’est accompagnée de l’introduction permanente de nouveaux outils permettant de profiter de la collection.
« Musées en transition » au MAXXI
A l’échelle nationale, le MAXXI – Museo nazionale delle arti del XXI secolo (Musée national des arts du XXIe siècle) à Rome a lancé le 26 mars le cycle de rencontres Musei in transizione. Nouveaux défis pour les institutions contemporaines, huit rendez-vous ouverts au public.
Le programme, animé par le directeur artistique Francesco Stocchi, prévoit la participation des directeurs du GAM Torino, du Palazzo Strozzi, du château de Rivoli, du Museo Madre, du MAO, du MART et du Museo e Real Bosco di Capodimonte, avec des réunions qui se tiendront d’avril à novembre 2026. Les thèmes au centre du cycle – inclusion, accessibilité, durabilité, nouveaux rapports avec le public – s’inscrivent dans le même horizon de réflexion qui anime les initiatives valdôtaines.
Contribution des musées piémontais
Trois rendez-vous de ce cycle impliquent des institutions piémontaises. Le 26 mars, après une introduction de la présidente de la Fondation MAXXI, Maria Emanuela Bruni, Chiara Bertola, directrice de la GAM – Galerie municipale d’art moderne et contemporain de Turin, est intervenue dans le cadre d’un dialogue avec Francesco Stocchi. La GAM est la première institution italienne à avoir promu une collection publique d’art moderne en tant que partie intégrante de son musée municipal. Ouvert en 1863, elle conserve aujourd’hui environ 45 000 œuvres. Entre elles fugurent des peintures, des sculptures, des installations, des photographies, des œuvres graphiques, des films et des vidéos d’artistes.
Le 21 mai, ce sera au tour de Francesco Manacorda, directeur du château de Rivoli Musée d’Art Contemporain. Installée dans un édifice baroque, cette institution piémontaise est active dans la recherche, l’éducation et la production culturelle dans le domaine de l’art contemporain auprès d’un public local et international.
Après la pause estivale, le cycle reprendra le 1er octobre 2026 avec Davide Quadrio, directeur du MAO Museo d’Arte Orientale de Turin. Inauguré en 2008 au Palais Mazzonis, le MAO abrite l’une des principales collections d’art asiatique en Italie et en Europe. Il se présente comme un espace participatif, développant des activités pédagogiques et des ateliers en dialogue avec le territoire selon une approche non eurocentrique.
En matière d’accessibilité, ces pôles culturels proposent des parcours et des ateliers co-conçus avec des associations du secteur pour les personnes souffrant de handicaps visuels, cognitifs et psychiques. Des applications web et de supports en CAA sont complémentaire à l’aménagement de l’espace physique. Le château de Rivoli se distingue par un département Éducation doté d’une expérience internationale. Cette institution a publié le premier dictionnaire d’art contemporain en langue des signes italienne (LIS) au monde, avec 80 nouveaux termes dans le lexique artistique.
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