La conférence autour de la reconstruction de la cathédrale Notre Dame de Paris s’est tenue samedi 11 avril dans les locaux de l’Université de la Vallée d’Aoste.
A en croire la salle comble, l’évènement qui a fait intervenir les architectes Philippe Villeneuve et Carlo Blasi, a été un franc succès.
Reconstruire en cinq ans
C’est dans le cadre de l’ultime évènement des Journées de la Francophonie 2026 que la conférence s’est tenue, grâce à l’organisation de l’Alliance française de la Vallée d’Aoste et de la Région autonome Vallée d’Aoste, en collaboration avec l’Ordre régional des architectes.
Après une introduction de la part de Teresa Grange, professeure et titulaire de la chaire Senghor, au nom de la rectrice de l’Université de la Vallée d’Aoste puis de Christine Valeton, présidente de l’Alliance Française Vallée d’Aoste, c’est Renzo Testolin, président de la Région autonome Vallée d’Aoste qui a tenu a rappeler l’attachement qui existe en Vallée d’Aoste pour la cathédrale Notre-Dame, en tant que symbole du patrimoine européen.
Phillipe Villeneuve, architecte en chef de la reconstruction de la cathédrale à l’œuvre entre avril 2019 et décembre 2024, a expliqué comment il a été possible de reconstruire une cathédrale en cinq ans. A la fois grâce à la volonté politique et à un effort de personnes, de compétences. Mais aussi avec une dimension financière considérable: environ 700 millions d’euros sont venus de dons privés. Cela a permis un chantier gigantesque, où 250 entreprises on travaillé ensemble. De la dé-construction de l’ancien échafaudage endommagé par l’incendie à la nouvelle structure de support, des arcs butants à la restauration de fresques, tous étaient sous la gestion de Phillipe Villeneuve.
L’architecture de Notre-Dame expliquée
La conférence a été particulièrement accessible malgré quelques termes techniques et historiques liés à l’architecture. En partie grâce à la personnalité très vivante et ouverte de Phillipe Villeneuve: l’architecte en chef a su conquérir son auditoire. Au moyen par exemple, d’un certain nombre de remarques ironiques sur les rivalités entre architectes et ingénieurs.
Villeneuve a aussi profité de la conférence pour rétablir quelques vérités autour des conséquences de l’incendie et du déroulement du chantier. Il a notamment démenti les effets de la pollution au plomb suite à l’incendie, qui se serait propagée dans le ciel parisien. Selon l’architecte en chef, il n’en est rien, le plomb a seulement fondu pour se déposer sur les sols et les parois de la cathédrale. Photographies et notions de physique de base à l’appui.

Villeneuve et Carlo Blasi, qui l’accompagnait, ont ensuite dialogué sur les différentes étapes de la reconstruction de la cathédrale. Blasi, est un architecte florentin et le seul étranger a avoir participé au groupe d’architectes chargé de la reconstruction.
En effet, dans les débats sur les travaux pour de Notre-Dame de Paris, certaines visions recherchaient une modernisation stylistique ou technique de la cathédrale. Auxquelles se sont systématiquement opposés les deux architectes, au nom de l’histoire, mais aussi de la force et de la pérennité des solutions techniques adoptés déjà lors de sa construction, il y a huit siècles.
En effet, lors de la conférence, ils sont aussi revenus à de nombreuses reprises sur la capacité et l’inventivité des architectes qui les ont précédé au Moyen-Age puis au 19ème siècle. Villeneuve a ainsi démontré pourquoi reconstruire une charpente en chêne avait plus de sens que de produire une structure de béton, plus facilement friable dans le temps. En témoigne la charpente précédente qui a eu une durée de vie de 800 ans.
L’ambition patrimoniale de la reconstruction
La conférence parfois transformé en un passionnant cours d’histoire de l’architecture, a aussi permis de saisir l’impact de la vision religieuse dans la construction médiévale de la cathédrale. Sans verser dans la surenchère, c’est ce qu’a cherché à restituer Phillipe Villeneuve, lors de la reconstruction grâce à une fine vision patrimoniale de l’architecture.
En plus d’une certaine idée de la beauté architecturale, élément central dans le projet de des architectes, c’est la compétence des Compagnons du Devoir qui a été plusieurs fois mises en avant lors de la conférence. Ces artisans français, dont l’origine remonte au Moyen-Age, ont été chargé de la reconstruction de la charpente ainsi que de la restauration des pierres. Le tout selon des techniques proches de celles de leurs prédécesseurs du 12ème siècle.
Dialogue franco-italien autour de l’architecture
Le dialogue entre Carlo Blasi et Philippe Villeneuve sur la fonction et le rôle actuel des bâtiments historiques a été un des plus beaux moments de la conférence. Que ce soit en Italie ou en France, les deux architectes ont regretté la lecture simplifiée du patrimoine, avec un primat de l’administration, des règles et des calculs par rapport à la beauté, à l’histoire et aux personnes qui sont à l’origine de sa durée dans le temps, jusqu’à aujourd’hui. En ayant pour conséquence, le risque de ne pas percevoir l’entièreté de la richesse patrimoniale.
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