La chasse au bouquetin est de nouveau au centre du débat politique en Italie après que la commission sénatoriale a approuvé plusieurs amendements au projet de loi 1552 sur la réforme de la réglementation de la chasse. Parmi les amendements les plus discutés figure l’inclusion de l’espèce alpine parmi les espèces potentiellement chassables, une proposition qui a immédiatement relancé le débat entre la majorité, l’opposition et les associations de défense de l’environnement.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre plus large de la révision de la loi 157 de 1992, actuellement examinée par les commissions de l’Environnement et de l’Agriculture, et concerne divers aspects de la gestion de la faune et de l’activité cynégétique. Elle n’est évidemment pas encore entrée en vigueur, mais fait l’objet d’un processus parlementaire qui la verra arriver au Sénat dans les prochaines semaines, avant un éventuel passage à la Chambre pour une seconde lecture.
Le bouquetin, espèce emblématique des Alpes et du Grand Paradis
Le bouquetin des Alpes est une espèce historiquement liée aux Alpes et en particulier à la zone du Parc national du Grand Paradis, où sa survie a été assurée après le risque d’extinction au XIX et au début du XX siècle. Ce n’est pas un hasard si la population actuelle descend des quelques spécimens restants à l’époque où la chasse intensive avait considérablement réduit leur nombre, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 100 en 1921.
Les mesures de protection introduites d’abord par la réserve royale de Savoie, puis par la création du parc national, ont permis à l’espèce de se reconstituer et on la trouve aujourd’hui dans l’ensemble des Alpes. Selon les estimations citées dans le débat parlementaire et par les associations environnementales, il y aurait environ 15 000 bouquetins en Italie, faisant partie d’une population alpine globale d’environ 50 000 individus répartis en 60 groupes.
La réforme de la chasse et l’inclusion du bouquetin
Le projet de loi 1552 – dit DDL Malan, du nom du sénateur de Fratelli d’Italia Lucio Malan, son promoteur – intervient sur plusieurs points de la réglementation de la chasse. Parmi les modifications approuvées en commission et fortement souhaitées par le Gouvernement figurent l’extension de la liste des espèces chassables et la révision du règlement de chasse.
Outre le bouquetin, le texte inclut l’oie sauvage et le pigeon biset parmi les espèces potentiellement concernées par la chasse, tandis que le régime de protection du loup est également modifié. En effet, le loup passerait du statut d’espèce « particulièrement protégée » à celui d’espèce « protégée », sans pour autant devenir chassable ou prélevable de quelque manière que ce soit.
Les amendements prévoient également l’extension des activités de chasse dans certaines zones appartenant à l’État, de nouvelles dispositions sur la mobilité des chasseurs entre les régions, la possibilité d’opérer sur des terrains enneigés et l’utilisation de certaines technologies de ciblage.
Réactions des associations environnementales
Les modifications de la loi sur la chasse en général et l’introduction du bouquetin parmi les espèces qui pourraient y être soumises ont provoqué des réactions contraires de la part de diverses associations de défense de l’environnement. Parmi elles, la Lega Abolizione Caccia a critiqué la structure générale de la réforme, estimant qu’il s’agissait d’un élargissement significatif des possibilités de tuer des animaux sauvages.
Des membres d’Europa Verde et d’autres forces d’opposition ont également exprimé leur opposition en annonçant des initiatives parlementaires contre la mesure. Au cours du débat, il a également été fait référence à une communication de la Commission Européenne, qui aurait commenté la compatibilité du texte avec les directives de l’UE sur la protection de la faune.
La direction du Parc national du Grand Paradis a rappelé que la zone protégée maintenait un régime de non-chasse et que tout changement réglementaire n’affecterait pas les règles internes du territoire. Elle a également rappelé certains éléments biologiques du bouquetin, tels que la faible variabilité génétique de l’espèce et sa maturité tardive, facteurs considérés comme pertinents dans les évaluations de la gestion de la faune.
Le débat politique dans le Piémont
Dans le Piémont, le débat sur l’inscription du bouquetin sur la liste des espèces chassables s’est également enflammé au sein même de la majorité de centre-droit. L’amendement ouvrant la voie à des abattages sélectifs de ces animaux a été présenté par des sénateurs de la Lega lombarde, mais plusieurs représentants piémontais ont pris leurs distances par rapport à l’idée de l’appliquer sur le territoire régional.
Le chef du groupe de la Lega au Conseil régional, Fabrizio Ricca, a déclaré que le bouquetin ne pourrait pas être chassé sur le territoire régional, tandis que le conseiller du Parti Démocrate, Alberto Avetta, a critiqué l’absence d’implication préalable de la Région dans le processus législatif. La position de la Jointe régionale est plus prudente : l’assesseur à l’Agriculture Paolo Bongioanni a rappelé que toute décision devrait se fonder sur les évaluations techniques de l’Institut supérieur pour la protection et la recherche environnementale (ISPRA), tandis que l’assesseur à la Montagne Marco Gallo a appelé à une approche prudente et consciente de la valeur symbolique et naturaliste de l’espèce pour l’arc alpin.
Un précédent en Vallée d’Aoste
Au cours des mois qui ont précédé l’adoption des amendements concernant la chasse au bouquetin et à d’autres animaux sauvages, l’assesseure régionale chargée de l’Agriculture de la Vallée d’Aoste, Speranza Girod, avait expliqué qu’une réglementation similaire était à l’étude au sein de la Région. Cette annonce, faite lors du Conseil régional du jeudi 29 janvier dernier, fait suite à un document technique sur la gestion et le suivi de l’espèce et s’inscrit dans le cadre d’un décret ministériel lié à la loi sur la montagne et à un protocole régional déjà approuvé en 2025 pour la gestion du loup.
Une grande partie de celui-ci portait précisément sur cette espèce, précisant que, durant l’année en cours, il serait possible sur le territoire de procéder à l’abattage d’un maximum de trois loups considérés comme « confiants » ou « nuisibles ». À l’heure actuelle, cependant, aucun cas de ce type ni aucune situation spécifique dans laquelle les animaux perdraient leur méfiance envers l’homme ou causeraient des problèmes que les méthodes de prévention ne sont pas en mesure de gérer efficacement n’ont été constatés.
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