Le 4 juin, à midi, avant de se rendre au Fort de Bard pour la troisième réunion du Comité frontalier de coopération prévue par le Traité italo-français du Quirinal, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a tenu une conférence de presse sur la plateforme italienne du Tunnel du Mont-Blanc.

Il n’y avait ni journaux ni journalistes français (ni suisses), mais uniquement des médias italiens (et valdôtains). Le ministre était accompagné du président de la Région Vallée d’Aoste, Renzo Testolin, du président de la Région Piémont, Alberto Cirio, et de la présidente de la société italienne du Tunnel du Mont-Blanc, Emily Rini.

Sur le fond, rien de nouveau, si ce n’est la confirmation de la position italienne en faveur du doublement du tunnel du Mont-Blanc. Il convient toutefois de noter la méthode : à savoir la volonté de ne s’adresser qu’à des interlocuteurs italiens. Comme pour rassurer, pour confirmer, sans dimension opérationnelle. Bien que, du côté italien, tout le monde est déjà rassuré.

Ce qu’ont dit le ministre Tajani et les deux présidents Cirio et Testolin

Le ministre Antonio Tajani a réaffirmé la position italienne favorable à la réalisation d’un deuxième tube au tunnel du Mont-Blanc, en soulignant ses avantages, notamment environnementaux (il y aurait moins de bouchons avec des voitures et des véhicules dont les moteurs tournent). Il serait possible de maintenir la liaison routière ouverte pendant les travaux nécessaires au premier tube, qui sont prévus pour durer des décennies et s’accompagneront de fermetures totales en automne.

Il a également déclaré qu’aucune augmentation du trafic n’était attendue, et que ce sujet, outre le Comité frontalier de cet après-midi à Bard, pourrait également figurer parmi les thèmes abordés lors du sommet Italie-France à Cannes, les 25 et 26 juin prochains. Il a indiqué avoir déjà obtenu le soutien de la partie suisse. D’autre part, le tunnel revêt une importance européenne, il ne concerne pas seulement deux Pays.

À ses côtés, le président piémontais Alberto Cirio a confirmé l’importance du tunnel du Mont-Blanc pour le nord-ouest de l’Italie, ainsi que la nécessité de coordonner l’ensemble des transits dans les Alpes occidentales. Il a rappelé la crise prolongée provoquée par le glissement de terrain en Maurienne sur la ligne ferroviaire historique, qui avait imposé, pendant quelques jours après l’évènement, une fermeture retardée pour les travaux au Mont-Blanc. Cirio a également évoqué l’ouverture du deuxième tube du tunnel routier du Fréjus, sans augmentation du trafic : il a dit, en quelque sorte: là-bas, nous l’avons fait.

Le président valdôtain Renzo Testolin a quant à lui rappelé l’importance du tunnel du Mont-Blanc, ainsi que le poids économique qu’entraînerait une fermeture prolongée à l’automne pendant un nombre d’années aussi élevé.

Un discours italo-italien

En résumé, la conférence de presse italo-italienne au Mont-Blanc a été conçue pour consolider une position nationale (et régionale) interne, et pour rassurer sur la détermination du gouvernement national.

D’un autre côté, dans ce contexte positif mais replié sur lui-même, on ignore ce qu’en pensent les cinq maires de la Vallée de Chamonix, ceux de la Vallée de l’Arve, les ministères français des Transports et de l’Environnement, les députés et sénateurs locaux, les élus de la Savoie et de la Maurienne (qui doivent absorber le trafic lorsque le Mont-Blanc est fermé).

Ce manque d’informations, et finalement de dialogue, n’aide pas. Même le Comité frontalier de l’après-midi au Fort de Bard suivait un peu ce schéma, avec des demandes et des positions exprimées, plutôt que des solutions. Peut-être l’organisation elle-même avait-elle une approche purement nationale italienne : dans la salle de presse, nous n’avons pas trouvé nos collègues du Dauphiné ou du Messager, sans parler de la presse et des médias nationaux français.

Peut-être n’étaient-ils pas au courant, ou peut-être ce Comité frontalier franco-italien du Qurinale a-t-il quelque peu perdu de son intérêt.

En contrepartie, à Bard, en fin d’après-midi, la conférence de presse finale des deux ministres s’est déroulée sur un ton positif, énumérant des résultats obtenus dans le domaine des transports (réouverture du tunnel du Tende, nouvelle convention sur la ligne ferroviaire Cuneo-Breil-Vintimille, poursuite des travaux sur la ligne Turin-Lyon), le lancement d’une coopération entre les jeunes, ainsi que des propositions concernant les forêts.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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