Le phénomène de prolifération d’algues sur le tronçon du Pô traversant la ville de Turin s’est manifesté cette année avec des semaines d’avance, favorisé par une chaleur inhabituelle et un niveau d’eau plus bas.

À partir du 11 juin, la municipalité lancera une opération de nettoyage sur le tronçon situé entre le bassin du Fioccardo et la Gran Madre, où les plantes aquatiques ralentissent le courant et modifient le paysage fluvial. Les algues seront ensuite transformées en compost par la société Amiat, qui gère les déchets de la ville.

Un phénomène récurrent, mais plus précoce

Sur le tronçon turinois du Pô, la présence d’algues et de plantes aquatiques n’est pas une nouveauté. Chaque année, avec la hausse des températures et la baisse du débit, le fleuve offre des conditions favorables à la croissance de la végétation submergée. En 2026, cependant, le phénomène s’est développé plus tôt que d’habitude.

Des taches vertes sont déjà apparues entre fin mai et début juin. Selon les observations de l’Arpa Piemonte (l’Agence régionale de protection de l’environnement), le niveau du Pô était passé de 68 centimètres le 24 mai à 57 centimètres le 30 mai. Un niveau d’eau plus bas signifie un courant plus lent, et donc un environnement plus propice à la prolifération des plantes.

Pour faire face à la situation, à partir du 11 juin, un bateau de service remontera le Pô équipé d’une « araignée », un bras mécanique muni d’une pince métallique. L’intervention durera sept à dix jours et concernera le tronçon compris entre le quai du Fioccardo et la Gran Madre.

Les algues retirées seront déposées sur le quai des Murazzi puis ramassées par Amiat. Les végétaux ne seront pas rejetés à l’eau, car les fragments pourraient favoriser de nouvelles colonisations plus en aval. L’enlèvement doit donc être ciblé et contrôlé.

Les causes de la prolifération

Ce phénomène est lié à l’évolution climatique de ces derniers mois. Les températures élevées enregistrées entre le printemps et le début du mois de juin, associées à des précipitations inférieures à la moyenne, ont fait baisser le niveau du fleuve et ralenti la vitesse du courant.

Dans ces conditions, les plantes aquatiques poussent plus rapidement. La disponibilité des nutriments peut également favoriser la prolifération, mais la présence d’algues n’indique pas automatiquement une détérioration de la qualité de l’eau. Cependant, lorsque les amas deviennent étendus, ils peuvent affecter l’oxygénation, retenir les déchets et gêner la faune aquatique.

Les effets sont visibles à différents endroits du cours d’eau. Les algues ralentissent le mouvement de l’eau, modifient le paysage et compliquent la navigation. Les clubs d’aviron ont signalé des difficultés lors des entraînements, les rames et les bateaux s’empêtrant dans la végétation submergée.

Le rôle de l’élodée, une espèce envahissante originaire d’Amérique du Nord

Parmi les espèces présentes figure également l’Elodea nuttallii, une plante aquatique exotique et envahissante originaire d’Amérique du Nord. L’Arpa Piemonte avait déjà signalé en 2022 la présence massive de cette espèce expliquant qu’elle privilégie les eaux calmes, chaudes et peu profondes.

La ville a mis en place une collaboration avec l’Enea (un centre national de recherche), l’Arpa Piemonte, la Région du Piémont, la Ville métropolitaine, le Parc du Pô, l’Amiat et l’Université de Turin afin de déterminer où l’élodée se développe le plus et comment la contenir. Pour 2027, on envisage une élimination précoce, dès le mois d’avril, étant donné que cette plante est la première à se développer.

Le cas du Pô turinois montre comment le changement climatique modifie également les cours d’eau urbains. Les périodes de sécheresse plus longues, alternant avec des pluies concentrées en épisodes intenses, rendent plus fréquents des phénomènes qui étaient autrefois considérés comme exceptionnels.

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