Michel Moriceau nous accompagne dans la lecture de La chair du monde de Jean Marc Rochette.
La Chair du Monde est la matière qui émerveille et qui inquiète. Elle est imposante, imprévisible, attrayante et menaçante. Elle se donne à voir, se laisse toucher et puis s’échappe. Elle est la beauté qu’elle nourrit et sublime. Elle est source de bonheur mais, peut dans l’instant, submerger le réel. Elle est la composante d’un grand espace , magique et mystérieux, où plane un sentiment océanique qui rassemble le vivant dans sa diversité. Elle emporte l’artiste dans une quête esthétique et philosophique.
Avide de lumières, Jean Marc Rochette joue des couleurs et des contrastes. Il s’est installé dans les Alpes , dans « une vallée sauvage », loin la ville et de ses polémiques. Il a trouvé refuge en un lieu où la nature est intacte, où le quotidien est rythmé par le temps, où les animaux évoluent en osmose avec leur territoire.
Lors d’un entretien avec le journaliste Adrien Rivierre, Rochette retrouve les émotions qui ont donné à ses dessins, à ses tableaux, à ses récits, la consistance d’une œuvre : l’éblouissement, la fascination et l’harmonie, la fusion de la nature et des êtres de tout genre. Il est un homme bouleversé devant les paysages dont la représentation élève l’âme, exacerbe les sensibilités. Il contemple le sacré et médite pour connaître et mieux comprendre les « trouvailles » de la création. Il « se gave de grandiose », peint le ciel et la terre, cultive son jardin car il s’y sent libre et autonome.
Jean Marc Rochette s’enthousiasme du miracle de l’art et prône une révolution esthétique où la beauté serait le fondement d’un projet politique rompant avec le spectacle scandaleux que délivrent aujourd’hui les médias. Il s’éloigne de Houellebecq dont il ne partage pas la désespérance.. Il fait corps avec son environnement et en est rassuré. Il a cette chance de ne plus être asservi aux excès des métropoles. Il est lucide sur l’évolution d’une civilisation en péril sans être pour autant refuser le progrès. Il est l’interprète d’une écologie bien tempérée fondée sur le respect, la simplicité, le plaisir et le devoir de création. Une sobriété raisonnable et raisonnée.
Depuis son alpage enneigé tout l’hiver, il este néanmoins ouvert et reconnait la puissance des portraits que propose un autre art que le sien, la photographie.
L’appel des hauteurs lui est indispensable. Il ne peut oublier l’accident qui a fauché sa jeunesse. Il est confronté aux dangers, aux risques, à la destruction de son village sous une crue d’exception. D’avoir vu la mort de près , l’a probablement poussé à décliner les nuances du beau.
Rochette se confie sur le ton de la sincérité. Refusant de sombrer dans l’aigreur et le ressentiment, il philosophe sur l’intimité qui l’unit à tout ce qui l’entoure. Il transmet son goût de la légèreté, rempart indispensable à l’aliénation consumériste de l’Homme , prédateur insatiable de territoires convoités comme des jouets sans valeur.
La Chair du Monde excite les envies. Aux lecteurs de Rochette et Rivierre d’en préserver la fraicheur pour danser longtemps sous le bleu du ciel et sauver le futur
LA CHAIR DU MONDE- JEAN MARC ROCHETTE- ENTRETIENS AVEC ADRIEN RIVIERRE- ALLARY EDITIONS 2025
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