Des feuilles réduites à l’état de squelettes, des vignobles endommagés, des vergers dévastés. Le Scarabée japonais (Popillia japonica) ce coléoptère originaire d’Asie orientale classé comme organisme de quarantaine prioritaire dans l’Union européenne, s’attaque à plus de 300 espèces végétales et le fait avec une rapidité qui laisse peu de marge de manœuvre. La vigne, le maïs, le noisetier, le pêcher, le prunier et les plantes ornementales figurent parmi les cultures les plus exposées.
SÉRIE: Le scarabée japonais, l’insecte vorace qui arrive sur les Alpes occidentales 2/2
Signalée pour la première fois en Europe en 2014 entre le Piémont et la Lombardie, le Scarabée japonais refait parler d’elle à l’été 2026 avec des signalements inquiétants des deux côtés des Alpes et une progression géographique qui ne semble pas vouloir ralentir.
L’insecte se déplace à la fois passivement — via des véhicules, des emballages et des plantes ornementales provenant de zones infestées — et en volant, parcourant de lui-même jusqu’à dix kilomètres.
Piémont : l’épicentre se situe dans le Canavese
Dans le Piémont, la situation semble plus avancée. Selon le suivi effectué par Coldiretti, le territoire de Caluso, dans le Canavese, représente actuellement l’épicentre de l’infestation dans la région.
Les cultures les plus touchées sont le maïs et les vergers d’abricotiers, mais l’insecte s’attaque également avec une intensité particulière aux vignobles d’Erbaluce, dévorant le feuillage des vignes. Les estimations font état de pertes potentielles pouvant atteindre 70 % des récoltes locales.
La propagation ne se limite pas au Canavese : l’insecte est également signalé de plus en plus souvent dans les plaines de la région de Vercelli et de Biella, suivant un axe qui part de Borgo d’Ale vers le nord-est.
Vallée d’Aoste : avance de deux semaines et nouvelles zones touchées
Les viticulteurs dans la zone sud de la Vallée d’Aoste décrivent une saison 2026 déjà plus difficile que la précédente. L’attaque a commencé vers la mi-juin, avec environ deux semaines d’avance par rapport à 2025, et les spécimens recensés sont nettement plus nombreux. Les zones les plus touchées restent celles situées à proximité des prairies irriguées et des zones humides, milieux propices à la reproduction du coléoptère.
Le service phytosanitaire de l’administration régionale de la Vallée d’Aoste mène actuellement une campagne de surveillance et d’information. Il a par ailleurs installé 188 pièges entre Pont-Saint-Martin et Chambave.
France : premières détections en Provence et dans le Doubs, mesures restrictives dans le Queyras
Le 16 juin 2026, les autorités phytosanitaires françaises ont intercepté un spécimen de Scarabée japonais dans la commune d’Ecot, dans le Doubs. Il s’agit de la première capture enregistrée en France cette année. Deux jours plus tard, le 18 juin, un mâle et une femelle ont été repérés à Cannes, dans le cadre du dispositif officiel de surveillance des organismes nuisibles réglementés : il s’agit de la première détection de cet insecte en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
L’insecte avait déjà fait son apparition sur le territoire français durant l’été 2025, avec cinq interceptions documentées en Alsace et l’identification d’un foyer près de la frontière suisse en août de la même année, qui concernait quatre communes de la communauté d’agglomération de Thonon : Chens-sur-Léman, Veigy-Foncenex, Douvaine et Loisin.
Suite à l’alerte lancée par les autorités italiennes, Abriès-Ristolas et Molines-en-Queyras, deux communes des Hautes-Alpes situées près de la frontière avec le Piémont, ont imposé des mesures visant à réduire les déchets verts en plein air. Dans le Chablais français, des mesures de surveillance et de prévention ont été mises en place par Thonon Agglomération, compte tenu de la présence de l’insecte dans le Valais et à Genève.
Suisse : le Tessin sous pression, le Valais ouvre un nouveau front
Au Tessin, l’Office fédéral suisse de l’agriculture constate une augmentation de la population de Scarabée japonais, avec les premiers dégâts quantifiables en termes de pertes de production et de qualité, notamment dans les vignobles. Les stations de surveillance mises en place par le Service phytosanitaire cantonal dressent un tableau inquiétant : les pièges à insectes installés au parc Ciani de Lugano et dans le parc de l’Université de la Suisse italienne se sont déjà révélés pleins, témoignant d’une présence massive de l’insecte même en milieu urbain.
Un deuxième front s’est ouvert en Valais, où le Service cantonal de l’agriculture a lancé un appel à la vigilance. L’insecte est présent dans le Chablais et le Haut-Valais, avec trois zones sous surveillance présentant des situations distinctes : dans la région du Simplon, la propagation a désormais dépassé le seuil d’éradicabilité et les autorités visent exclusivement à en limiter la propagation ; entre Rarogne et Termen, les techniciens tentent toujours d’éradiquer le coléoptère ; dans le Chablais, à Yvorne dans le canton de Vaud, les autorités ont identifié un foyer et mis en place une zone tampon, où aucun spécimen n’est présent pour l’instant. Les premiers spécimens de la saison 2026 sont apparus dans la région de Viège entre le 8 et le 15 juin.
Le Service de l’agriculture valaisan recommande également aux voyageurs la plus grande vigilance : pendant la période de vol, comprise entre juin et septembre, les personnes transitant par le Simplon, le Tessin ou le nord de l’Italie devraient inspecter leurs bagages et leurs véhicules afin d’éviter de transporter accidentellement des spécimens adultes.
Une progression qui suit les vallées alpines
En rassemblant les données disponibles, un tableau cohérent se dessine : le Scarabée japonais se déplace le long des vallées et des couloirs alpins, étendant son aire de répartition année après année, tant en altitude qu’en latitude. Du Piémont à la Suisse, de la Vallée d’Aoste jusqu’aux versants français, l’insecte tire parti de la connectivité du territoire montagneux et de la mobilité involontaire assurée par les transports pour coloniser de nouvelles zones.
La saison 2026 confirme que le phénomène a dépassé la phase d’introduction initiale et est entré dans une phase de consolidation et de propagation active, ce qui rend de plus en plus urgente la coordination des mesures de lutte à l’échelle transfrontalière.
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