Nous avons assisté à la cérémonie de remise de la Légion d’honneur à Michel Moriceau, à Sallanches, en Haute-Savoie, le 30 janvier 2026. Nous avons quitté la Foire de Saint-Ours qui se tenait à Aoste, nous voulions vraiment être là, en personne et pour un ami, mais aussi pour voir et comprendre. C’est pourquoi nous écrivons cet article, car la cérémonie a offert un petit portrait de cette partie des Alpes, d’une communauté, d’une profession et d’une personne bien.
Michel Moriceau est médecin et est aujourd’hui président du Conseil de surveillance des Hôpitaux des Pays de Savoie. Il est président et animateur du Salon international du livre de montagne Passy. Nos Alpes publie ses notes sur des livres de montagne le dimanche matin. Il est également un ami de la Vallée d’Aoste, où il a de nombreuses connaissances, et la Région participe régulièrement au Salon du livre de Passy.
Les gens
Il y avait beaucoup de monde. La cérémonie s’est déroulée à Sallanches, dans la Petite Salle de la Salle Léon Curral, qui accueille des spectacles et la Saison culturelle. Outre la famille, il y avait des amis et des collègues du monde de la santé et de la médecine (comme la directrice des hôpitaux du Pays du Mont-Blanc, Aude Mallaisy) des lettres et de la culture, ainsi que des personnalités politiques, dont le président du département, Martial Saddier, le maire de Chamonix, Éric Fournier, et d’autres des communes de la Vallée de l’Arve, comme Delphine Chatrian, adjointe à la culture à Passy.
Leurs histoires s’entrecroisent avec celle de Moriceau, comme l’ont souligné les deux discours prononcés lors de la cérémonie, celui de Cécile Courrèges, directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, et celui donc de Michel Moriceau. Avant même de s’asseoir, les anecdotes circulaient déjà, par exemple celle d’un Moriceau étudiant et jeune journaliste correspondant pour Le Maine Libre du Mans, avec une plume déjà très (ou trop) littéraire.

Innover en médecine dans un coin des Alpes
Michel était bon élève, ses notes étaient très bonnes. Entre les lettres et la médecine, il a choisi la seconde.
La directrice Courrèges a rappelé que si un médecin peut écrire en littérature, il est plus difficile pour quelqu’un qui écrit de devenir médecin. Un choix délibéré, a dit Moriceau, et c’est dans cette histoire personnelle que l’on peut lire un morceau de l’histoire récente de ces Alpes.
Le Plateau d’Assy était connu depuis le début du XXe siècle pour le traitement de la tuberculose, avec plusieurs sanatoriums, également dans les localités voisines. Après la guerre, plusieurs bâtiments ont été reconvertis, mais celui de Praz Coutant accueille encore aujourd’hui des patients atteints de maladies graves et incurables. C’est là qu’est arrivé Moriceau jeune médecin, originaire des Pays de la Loire.
Ce furent les années de la profession, mais aussi des défis et des moments difficiles. Dans les souvenirs de la cérémonie, on on a rappelé l’époque du sida, de la bataille médicale, humaine, culturelle et sociale qu’il a entraînée.
Puis, surtout, il est apparu que Praz-Coutant, avec ses 1225 mètres d’altitude, avec son hôpital isolé et éloigné, a été un laboratoire et un lieu de lancement de politiques et innovations en matière de santé en France (et donc en Europe).
Soins palliatifs, prise en charge du personnel de santé, participation
C’est ici qu’ont été mis en place les soins palliatifs, les thérapies de la douleur, la prise en charge médicale et humaine complète de cette phase cruciale de la vie des personnes. Moriceau en a écrit des livres, qui sont à lire et qui sont différents. Le premier à brandir est La vie en parenthèses, qui raconte vingt ans au service d’hématologie, entre innovation, profession, communauté, entre patients atteints de cancer, de leucémie, du sida.
Au cours de la cérémonie, plusieurs moments de ce parcours fondé sur la centralité de la personne, telle qu’on la retrouve dans ses livres, ont été évoqués.
L’innovation des soins palliatifs s’est accompagnée d’autres progrès, tels que la prise en en charge également les médecins et le personnel de santé. Ceux qui prodiguent les soins ont une tâche difficile dont il faut comprendre la dimension psychologique et sociale. En outre, les cas de violence contre le personnel de santé, à Sallanches et Annemasse, entre fin décembre 2024 et début janvier 2025, ont également été rappelés. Ils ont eu un fort impact émotionnel sur le personnel, déjà exposé à un poids psychologique important dans le cadre de leur travail.
Enfin, troisième progrès, la méthode participative, l’écoute, la collaboration comme moyen de faire avancer les politiques publiques de santé. C’est un autre thème qui semblait (ou semble encore) lointain et abstrait, mais qui est en fait la voie à suivre, encore à consolider, pour progresser.

Les discours
Les deux discours ont été souvent légers, riches et parfois joyeux. La directrice de l’ARS, Cécile Courrèges, a certes été brillante et précieuse, mais Michel Moriceau – peut-être parce qu’il était au centre de la journée – a été splendide, capable de passer des sujets les plus sérieux à la légèreté. Il a suivi un parcours narratif qui aurait pu être écrit, mais qui a été improvisé, avec au moins une quarantaine de noms et prénoms cités, dont seuls quelques-uns étaient présents dans la salle.
Celle de la médecine, c’était la première grande communauté de la cérémonie, du progrès de la culture et des soins médicaux. Dans le public, on voyait certains visages s’illuminer au fil des différents passages : des histoires de personnes, d’un progrès accompli ensemble. C’est précisément pour cela qu’une distinction telle que la Légion d’Honneur est décernée : pour un mérite personnel qui devient collectif.
Humilité, devoir et respect
Le profil de Moriceau est particulier. Il est riche en titres et est aujourd’hui donc président du Conseil de surveillance des hôpitaux du Pays du Mont-Blanc. Cependant, il se présente – même dans sa voix – avec un profil bas, celui d’une personne qui agit sans trop se faire remarquer.
«J’essaye de bien suivre », a-t-il dit, plutôt que diriger. Et en effet, dans sa gentillesse et sa manière d’interagir avec les autres, on remarque un ton d’humilité, comme un choix. Son humilité n’est toutefois pas une excuse, un moyen de rester en retrait, de ne pas agir, de se protéger en deuxième ou troisième ligne.
À l’un des moments plus hauts de son discours, il a dit avoir appris d’ un de ses chefs à l’hôpital, trois principes qui le guident encore aujourd’hui : l’humilité, le devoir et le respect.
Entre ces trois mots, il a fait allusion à ses expériences personnelles : car avec l’humilité, on écoute, on ajuste le tir, on agit avec proportion, on participe. Puis le devoir :bien que intuitif, signifie s’investir avec responsabilité et attention, et faire les choses à faire, même dans des situations difficiles comme celles de la santé, car en arrière-plan, on voyait les personnes, les malades.
Et enfin le respect, qui concerne également les corps. Il apporté le souvenir d’un collègue face à une personne dans le coma, avec des gestes de « gentillesse et de respect ». En somme, Moriceau a réussi à glisser dans son discours, entre des notes de gaieté, des choses qui, lues séparément, sont très lourdes, pleines de force, de responsabilité, de douleur, d’humanité.

Et puis les lettres
Dans le monde qui a assisté à la cérémonie, il y avait aussi les amis des lettres. Le salon international du livre de montagne de Passy a été inventé par François Garde, a-t-il rappelé. Il était au premier rang lors de la cérémonie et il faut lire son classique : Ce qu’il advint du sauvage blanc, chez Gallimard.
Michel Moriceau en est aujourd’hui le président et l’animateur, avec Joëlle Chappaz et un grand groupe de bénévoles. Il se déroule chaque année pendant un week-end de la première quinzaine d’août. Il a toujours une dimension transfrontalière et implique la Vallée d’Aoste et la Suisse romande, mais avec un regard sur les œuvres italiennes et suisses en général. Il n’y a pas seulement des présentations de livres, mais aussi des rencontres : l’année dernière, on a pu assister à une formidable discussion sur l’avenir de la montagne dans le contexte des changements climatiques.
Lors de la cérémonie, l’histoire des lettres, choix de vie parallèle de Moriceau, était partagée par le public comme une grande priorité. L’idée était que les mots sont importants pour tenir ensemble ce qu’on fait, pour s’approcher du présent et de l’avenir, pour se comprendre entre nous et avec les autres. Les mots et les lettres sont importantes, même en cette période historique.
Au final, ce sont toutes des choses humaines, un mélange à cette occasion de passé, de progrès réalisés et d’avenir, la médecine, les lettres, les amis et même sa famille. Ils étaient au premier rang, heureux, avec ses deux fils médecins, sa femme (qui a été une grande cheffe dans le domaine de la santé), son frère, ses belles-filles et ses trois petits-enfants.
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