La grotte des Arene Candide, située à Finale Ligure dans les Alpes ligures, est l’un des principaux sites archéologiques du Paléolithique européen et conserve l’un des complexes funéraires les mieux documentés de la Méditerranée occidentale.
Située sur le promontoire de Caprazoppa, à environ 90 mètres au-dessus du niveau de la mer, la grotte présente une séquence stratigraphique allant du Paléolithique supérieur à l’époque byzantine, offrant une lecture continue de plus de 25 000 ans de fréquentation humaine.
Tout l’arc de la Ligurie occidentale et de la Côte d’Azur est riche en sites archéologiques, avec une histoire très ancienne. Parmi ceux-ci, il faut mentionner celui de Balzi rossi, entre Vintimille et Menton.
Cependant, à la Caverna delle Arene Candide, les recherches ont mis au jour des milliers de vestiges et, surtout, un patrimoine de données essentielles pour reconstruire l’environnement antique. Les conditions de santé et de vie des communautés, leur développement économique, les ressources dont elles disposaient et la manière dont elles les utilisaient, des denrées alimentaires aux outils utilisés, ont été mis en évidence.
Du nom du XIXe siècle aux fouilles du XXe siècle
Le toponyme vient d’une dune de sable blanc – l’« arena candida » – qui s’étendait au pied des falaises jusqu’au début des années 1920. La cavité, également connue localement sous le nom de Grotta dei Frati ou « Armassa », a pris son nom actuel après la visite du géologue Arturo Issel en juin 1864, épisode qui marque le début d’une période d’études systématiques.
Le tournant s’est produit entre 1940 et 1942, puis entre 1948 et 1950, lorsque Luigi Bernabò Brea, premier surintendant des antiquités de Ligurie, et Luigi Cardini de l’Institut italien de paléontologie humaine ont mené des campagnes de fouilles dans la partie sud-est de la grotte.
Au cours de ces années marquées par la guerre, les recherches ont mis au jour une stratigraphie articulée et bien conservée, favorisée par des conditions environnementales sèches et lumineuses, grâce aux trois larges ouvertures donnant sur la mer.
Dix-neuf sépultures et le « Prince »

La découverte la plus importante est celle de dix-neuf sépultures paléolithiques, l’un des complexes les plus importants et les mieux conservés au monde. La plus célèbre est celle du « Prince » d’Arene Candide, un adolescent d’environ quinze ans qui vécut au Gravettien, il y a environ 26 000 ans.
Le corps a été déposé à sept mètres de profondeur sur une couche d’ocre rouge, orienté vers le sud. Il portait un couvre-chef orné de coquillages, des bijoux en os et en dents, des éléments en corne de cerf travaillée ; il tenait dans sa main une longue lame de silex. La blessure au menton, probablement mortelle, avait été traitée avec de l’ocre jaune avant l’enterrement. Les analyses anthropologiques indiquent qu’il s’agissait d’un jeune homme robuste, dont l’alimentation comprenait de la viande, du poisson et des mollusques.
Le nom « Principe » est né dans le milieu journalistique, pour souligner la richesse du mobilier funéraire. La communauté scientifique a longuement débattu de la signification de cette abondance : plutôt que d’indiquer une hiérarchie définie, elle pourrait refléter un rôle symbolique ou rituel au sein du groupe. Des coiffes décorées similaires ont été découvertes dans d’autres contextes du Paléolithique supérieur italien et européen, suggérant une circulation de modèles culturels à travers les Alpes et en Europe.
L’hypothèse d’une attaque d’ours
Une étude publiée dans le Journal of Anthropological Sciences a relancé le débat sur les causes de la mort du jeune homme, suggérant qu’il aurait été victime d’une attaque par un grand carnivore, peut-être un ours brun ou un ours des cavernes.
Les recherches ont réexaminé les blessures déjà connues depuis la découverte de 1942 : dommages au crâne et au visage, perte de la moitié gauche de la mâchoire et d’une partie de la clavicule, traumatismes à l’épaule. À cela s’ajoutent des fractures par écrasement des vertèbres cervicales, compatibles avec une compression violente du cou, une possible morsure sur le péroné droit et une incision linéaire sur le pariétal gauche, pouvant être interprétée comme une marque de griffe.
Des traces d’une réponse inflammatoire initiale dans les os indiquent que l’adolescent aurait pu survivre entre 48 et 72 heures après l’agression. Le prince présentait également une fracture du petit orteil et une lésion cartilagineuse à la cheville, éléments qui auraient réduit sa mobilité et accru sa vulnérabilité dans un contexte de vie nomade.
La richesse de la sépulture pourrait refléter la nécessité de ritualiser un événement traumatisant perçu comme exceptionnel, plutôt que l’appartenance à une élite.
La mort violente et la survie pendant quelques jours auraient eu un fort impact sur la communauté dont il faisait partie, contribuant à la construction d’un rituel complexe.
Entre recherche, protection et accessibilité
La grotte est située sur le bord supérieur de l’ancienne carrière de Ghigliazza et est aujourd’hui accessible par un sentier pédestre d’environ trente minutes le long de la via Borgio. Le site appartient au ministère de la Culture et a été confié en 2018 à la municipalité de Finale Ligure et au musée archéologique de Finale, qui, depuis juillet 2019, en promeuvent l’ouverture réglementée au public après des travaux de mise en sécurité.
Les découvertes issues des fouilles sont conservées dans différentes institutions, notamment le Musée d’archéologie ligure de Gênes, le Musée archéologique de Finale à Finalborgo et le Musée national préhistorique et ethnographique Luigi Pigorini de Rome.
La décision de limiter l’accès répond à la nécessité de préserver une stratigraphie délicate, qui fait encore l’objet d’études.
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