L’exposition « Modernité suisse. L’héritage de Hodler » au Palais Lumière d’Évian présente l’héritage de Ferdinand Hodler et la naissance de la peinture suisse moderne entre le XIXe et le XXe siècle.
Ouverte jusqu’au 17 mai 2026 au Palais Lumière, avec sa silhouette surplombant le lac Léman, elle rassemble plus de 130 œuvres de 55 artistes et parvient à documenter, entre 1880 et 1930, la continuité et les divergences par rapport à la figure centrale de Hodler.
Un projet d’exposition avec 56 prêts internationaux
Organisée par Pierre Alain Crettenand et Christophe Flubacher, avec le conseil artistique de William Saadé, l’exposition s’articule autour d’une dizaine d’œuvres de Ferdinand Hodler (1853-1918), né à Berne et actif à Genève depuis 1871.
L’objectif est d’évaluer l’impact de sa peinture sur l’art suisse et, parallèlement, de proposer un panorama représentatif de la production nationale au tournant des XIXe et XXe siècles. Le fait que l’exposition se déroule à Évian, sur la rive française du lac Léman, renforce également la dimension territoriale et l’effet de cet art sur un vaste espace transfrontalier.
Le parcours comprend des peintures, des dessins et des gravures provenant de 56 prêteurs, parmi lesquels des institutions suisses et des collectionneurs privés. Parmi les prêts figurent des œuvres du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, du Musée Jenisch de Vevey, du Leopold Museum de Vienne et du Kirchner Museum de Davos.
L’exposition présente également Le Bûcheron (1910), une célèbre huile sur toile conservée au Musée d’Orsay à Paris, qui figure également sur les affiches et les dépliants de l’exposition, ainsi que sur la couverture de cet article.
Affiliés et divergents : une géographie de la modernité
L’exposition est divisée en deux sections. La première rassemble des artistes qui ont repris les thèmes et les solutions formelles de Hodler, tels que le parallélisme des compositions, la symétrie et la frontalité des portraits. Parmi eux figurent Albert Schmidt, Cuno Amiet, Ernst Geiger, Edouard Vallet et Giovanni Giacometti (avec leurs circulations suisses et européennes, précisément pour raconter l’extension des effets culturels de Hodler).
Une deuxième partie est consacrée aux artistes dits « divergents », qui, bien qu’ils abordent des sujets similaires, ont choisi des orientations différentes.
Le groupe genevois du Falot, fondé en 1914 à l’initiative de Maurice Barraud, s’inspire de la peinture française ; François Barraud développe un réalisme d’une grande précision formelle. D’autres auteurs se rapprochent du divisionnisme, comme Alexandre Perrier et Oskar Lüthy, ou de l’expressionnisme, comme Ernst Ludwig Kirchner et Paul Camenisch. Alice Bailly et Gustave Buchet s’intéressent quant à eux au cubo-futurisme.
Cuno Amiet, Giovanni Giacometti, Hermann Huber, Ernst Ludwig Kirchner, Hans Berger et Alice Bailly ont également fait l’objet d’une récente exposition à Aoste, consacrée à l’expressionnisme suisse.
Thèmes : travail, maladie et paysage (alpin)
Certains éléments reviennent régulièrement dans l’œuvre de Hodler et de ses contemporains. Le travail physique et la figure masculine engagée dans des activités manuelles sont représentés dans des œuvres telles que Le Bûcheron. Elles sont associées à des peintures de Hans Beat Wieland, Casimir Reymond et John Torcapel. Une autre section aborde la maladie et la mort à travers les représentations de l’agonie de Valentine Godé-Darel, compagne de Hodler, et des œuvres d’Albert Nyfeler et Johann Robert Schürch.
Les paysages lacustres et montagneux sont considérés comme des éléments centraux dans la définition d’une identité visuelle suisse. Les vues du lac de Thoune de Marcus Jacobi, les panoramas alpins d’Albert Schmidt et les compositions d’Ernst Geiger et Marcel Victor D’Éternod présentent des similitudes et des différences par rapport aux solutions de Hodler, caractérisées par un rendu net des arrière-plans et des premiers plans plus synthétiques. Dans tous les cas, il s’agit de représentations à fort impact visuel et émotionnel.
Le Palais Lumière et le réseau culturel du Léman
Inauguré en 2006, le Palais Lumière est le principal espace d’exposition de la rive française du Léman. Il est géré directement par la ville d’Évian. En 2009, l’association « Les Amis du Palais Lumière » a été créée dans le but de promouvoir les expositions, d’en faciliter l’accès et de soutenir l’activité culturelle à travers des initiatives et des partenariats.
Le 7 mai 2009, la Ville d’Évian a également conclu un accord de collaboration avec la Fondation Pierre Gianadda de Martigny. L’objectif est de renforcer les relations entre les institutions culturelles du bassin du lac Léman.
Dans ce contexte, l’exposition consacrée à Hodler s’inscrit dans une stratégie de coopération transfrontalière et de valorisation de la production artistique suisse.
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