Celle des Cèdres de Coni est une belle histoire, très représentative. Ce sont des arbres hauts, très décoratifs, qui occupent une place et une rue très fréquentées de la ville. Ils font partie intégrante du paysage, avec leur verdure et leur mouvement lent, contrastant avec les façades carrées des immeubles récents.
Ils doivent être abattus. Un projet prévoit leur remplacement dans le cadre d’une opération de rénovation urbaine, financée par le plan national pour les banlieues. Il y a également eu une consultation, avec plus de 1 100 participants, des actions de communication et un site web.
Ce ne sera pas comme avant
Les dix cèdres géants seront remplacés par 48 arbres, et on sait déjà qu’ils n’auront pas la même présence imposante et rassurante, comme le montre le rendering. Depuis quelque temps, des comités de protestation se sont formés, des réunions ont été organisées, des commentaires ont été publiés sur les réseaux sociaux.
Mais, un peu soudainement, la protestation s’est intensifiée samedi dernier, le 21 février, et dimanche, de nombreuses personnes se sont retrouvées sur la place et sous les arbres. Il était clair que les arbres seraient abattus, malgré les appels politiques et les recours administratifs. Un piquet de grève s’est installé de manière permanente dès le soir : ils sont restés là toute la nuit pour protéger les arbres.
Le lundi 23 février a été la journée de la politique. En quelques heures, plusieurs communiqués et prises de position ont été publiés par la municipalité de Coni et la maire Patrizia Manassero. La séquence a occupé toute la journée, et il a finalement été décidé d’attendre un nouveau jugement administratif, qui aura lieu le 5 mars, avant de procéder à l’abattage. Il ne reste plus que dix jours à attendre.
En un seul week-end, et après tant d’efforts et de procédures, ces cèdres si majestueux ont failli couper le lien, par incompréhension mutuelle, entre les habitants et leur municipalité, et surtout sur le plan politique.
Comment ne pas se comprendre
Après une première suspension, le Tribunal administratif régional du Piémont (TAR) avait donné raison à la municipalité, affirmant que les contestations relatives à l’abattage des cèdres auraient dû être formulées plus tôt, c’est-à-dire lors du projet de faisabilité technique et économique approuvé en août 2024. Un nouveau recours contre cette décision du TAR a donc été déposé à un niveau supérieur, à savoir le Conseil d’État.
Cependant, le samedi 21 février, le Conseil d’État avait rejeté la demande de suspension d’urgence, qui aurait imposé de ne pas abattre les arbres en attendant sa décision, prévue pour le 5 mars 2026. Le Conseil d’État lui-même avait déclaré qu’il n’y avait aucune raison d’anticiper la protection des arbres avant l’examen du recours. Qu’est ce qu’on a compris ? Que les arbres pouvaient être abattus, et qu’ensuite, il serait possible de décider qu’ils ne devaient pas l’être.
Ainsi, dès samedi, pa mal de monde s’est rassemblé sur la place, sans couleur politique particulière. Dimanche, 200 personnes étaient également présentes pour demander que les cèdres soient sauvés. 9 000 signatures avaient également été recueillies en peu de temps.
Les camions de l’entreprise
À l’aube du lundi 23 février, les camions de l’entreprise adjudicataire du marché sont arrivés sur la place Europa. Pendant la nuit, une vingtaine de personnes avaient maintenu un piquet permanent pour s’opposer au démarrage du chantier. Dans la matinée, des dizaines de citoyens et de conseillers de l’opposition ont rejoint la place, tandis que la police locale, la police nationale, la garde des finances et les carabiniers ont commencé à surveiller la zone.
Le matin même, il est apparu que les gens ne céderaient pas, qu’un problème d’ordre public se posait et qu’il était inutile d’insister pour que l’abattage ait lieu immédiatement.
Le chantier a donc été suspendu pour des raisons de sécurité et, vers midi, les camions de l’entreprise ont quitté la zone.
Le poids de la politique et l’importance des arbres
Cependant, la politique a également son rôle. Toujours lundi, les groupes minoritaires du conseil municipal ont demandé à la maire de Coni, Patrizia Manassero, de suspendre la réunion du conseil municipal prévue à 17 heures et de ne pas procéder à l’abattage des cèdres avant la décision du Conseil d’État. Sur la place des cèdres, Giancarlo Boselli, Mavi Civallero et Luciana Toselli, entre autres, sont intervenus pour dénoncer des décisions forcées et l’absence de débat public.
L’association « Di Piazza in Piazza » a même adressé un appel au président de la République, Sergio Mattarella, pour lui demander d’intervenir en faveur de la protection des arbres. Pendant ce temps, des militants ont brandi des pancartes. On y pouvait lire «Klaxonnez si vous voulez sauver les cèdres », et les gens klaxonnaient en passant.
Pendant un certain temps, la maire a tenté de résister. Elle a rappelé sa responsabilité et celle de l’administration de procéder conformément aux règles relatives aux travaux publics. Elle a également évoqué l’aspect concret, affirmant que l’abattage était indispensable pour réaménager la zone.
Puis, en fin d’après-midi, elle a dû se dire que dix jours, ce n’est pas beaucoup. Elle a dû écouter l’entreprise, la majorité et l’opposition. Elle a dû également se dire que la participation, la communication et les débats qui avaient duré des mois n’avaient pas fonctionné.
Finalement, elle a annoncé qu’elle attendrait jusqu’au 5 mars, jusqu’à la décision du Conseil d’État, avant d’abattre les cèdres.
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