Michel Moriceau nous accompagne aux pieds du Mont-Blanc, à la découverte du légendaire Hôtel PLM. Une histoire que nous raconte le livre coordonné par Jean Pierre et Laurence Roux.
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Depuis la création du monde, la montagne était maléfique, inaccessible, inexplorée. Il a fallu attendre les Lumières pour l’éclairer, l’explorer, exalter une nature riche et sublime. Belle et séduisante, elle est devenue un lieu d’émerveillement, un espace de découverte, un endroit idéal où s’aérer, loin des villes et de leurs miasmes, où s’adonner aux plaisirs et aux jeux, entre gens d’un monde privilégié, épris de liberté et de soirées dansantes. L’arrivée du train en gare du Fayet dès 1891 a ouvert aux citadins de nouveaux horizons.
À leur intention, le Grand Hôtel PLM s’est installé sur le balcon du Mont-Blanc. Dressé fièrement à l’entrée du village, il alliait habilement les apports de l’architecture vernaculaire et l’attrait du grand luxe. Il proposait une étape inoubliable à toute une clientèle chic et fortunée, qui s’offrait un « tour » sur « la Route des Alpes ». Au début du siècle, les séjours en montagne relevaient d’une aventure parfaitement maîtrisée ne laissant rien au hasard : qualité, respect, hiérarchie des normes sociales et rentabilité. Un tel projet provoquait néanmoins un choc de civilisation entre la culture citadine des vacanciers et le courage des paysans du village, habitués aux travaux humbles et pénibles, au froid, à la pauvreté. Peu d’interaction entre ces populations que tout oppose, les uns trouvant ici un coin de paradis, les autres restant confinés dans l’enfer d’hivers interminables.
Cette épopée glorieuse de l’entre-deux-guerres a dompté le paysage et bouleversé l’histoire économique et sociale de Combloux. Innover pour attirer du beau monde, s’adapter à leurs goûts et inventer de nouveaux loisirs. Créer le désir et conserver le souvenir de moments festifs et romantiques. Il pourrait être noté que la vie mondaine au Grand Hôtel, les bals, la bonne chère, les amours, est très proche de celle décrite dans les hôtels de cure et les sanatoriums du Plateau d’Assy, sur l’autre versant de la vallée.
Avec leurs amis du « Musée de la Pente », Jean-Pierre et Laurence Roux font renaître cet établissement mythique. Ici se retrouve, dans l’insouciance de sa bonne fortune, une société déconnectée des réalités qui minent un autre monde que le sien. C’est ainsi que des pressions sont exercées pour refuser la venue de personnes atteintes de tuberculose et d’héberger plus tard une colonie d’enfants malheureux. Le Grand Hôtel restera une « maison de premier ordre », stimulant les commerces de la vallée, utilisant les ressources de l’artisanat local, s’attachant le concours des jeunes du pays quittant la ferme familiale pour exercer leur talent de moniteur sur les pentes enneigées où les hivernants tentent de s’initier au ski.
Le PLM est à l’origine d’une véritable station de villégiatures avec d’autres hôtels, des chalets de grand style, un office du tourisme, un élevage d’animaux à fourrures. L’âge d’or est remarquablement servi par les affichistes talentueux de la Compagnie, Broders, Ordner, Commarmond.
Malheureusement, vint un temps déraisonnable où les bruits de botte se firent entendre : la guerre et les réquisitions, la fermeture, la vente.
Une consolation néanmoins, la transformation de l’hôtel en résidence. Sur le bord de la route, l’édifice rénové continue d’offrir sa superbe façade aux hôtes de passage. Il a traversé le siècle, s’est intégré au paysage et a ouvert une page émouvante de l’histoire des loisirs d’exception.
Les Amis de la Pente, appuyant leur propos des clichés remarquables d’Albert Salmona, un commerçant comblorant passionné de photographie, retracent un siècle de vie dans une unité de lieu. Ce Grand Hôtel avait une âme qui transparait à chaque page de cette évocation sincère et émouvante.
LE GRAND HOTEL PLM DU MONT-BLANC, Villégiatures à Combloux – ouvrage coordonné par Jean Pierre et Laurence Roux – EDITIONS MUSEE DE LA PENTE – 2024
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