Trois stations du réseau télégraphique conçu par Claude Chappe à la fin du XVIIIe siècle se visitent aujourd’hui en Haute-Maurienne, à Saint-André, Avrieux et Mollard-Fleury à Sollières-Sardières. Après avoir été localisées, elles ont été restaurées grâce à des associations au début des années 2000.
Ces stations faisaient partie de la ligne Paris-Milan, qui comptait 16 installations en Savoie et couvrait environ 1 200 kilomètres. Nous évoquons le télégraphe Chappe dans cet article, mais nous y reviendrons : c’est un sujet extraordinaire, un des patrimoine de Nos Alpes.
Un système de communication révolutionnaire
En 1792, Claude Chappe, physicien sarthois né le 25 décembre 1763 et mort le 23 janvier 1805, fait la démonstration d’un système pratique de télégraphie optique. Ceci repose sur une série de tours avec un mât central de 7 à 8 mètres de haut, surmonté d’un bras régulateur et de deux indicateurs articulés, manipulés de l’intérieur par des opérateurs dits stationnaires, au moyen de poulies et de câbles.
Chaque combinaison de positions correspond à un numéro renvoyant à l’un des 8 464 mots ou groupes de mots d’un vocabulaire codé accessible aux seuls chefs de ligne.
Les chefs de station lisent les signaux émis par la station voisine à l’aide de lunettes grossissant de quarante à soixante fois. Ce système est resté en usage jusque dans les années 1850, lorsque le télégraphe électrique a pris le relais.
La ligne Paris-Milan et les postes en Savoie
La ligne Paris-Milan a été construite dans le contexte des guerres napoléoniennes. Devant la menace de nouvelles hostilités avec l’Autriche, alliée de l’Angleterre, Napoléon Ier ordonne l’ouverture de nouveaux tronçons : la ligne atteint Turin en 1806, Milan en 1809 et Venise en 1810, avec un total de 124 stations réparties sur 1 200 kilomètres.
Le gain de temps est considérable : une dépêche entre Paris et Milan peut être livrée en 24 heures, contre un minimum de cinq jours à cheval. La nouvelle de la naissance à Paris du roi de Rome, fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise, le 20 mars 1811 à 9 heures du matin, parvient à Milan le lendemain à la même heure. La ligne cessa d’être exploitée en 1814 à la chute de l’Empire, la Savoie redevenant partie intégrante du Royaume de Sardaigne en 1815.
Sur les 124 stations de la ligne, 16 se trouvaient en Savoie, entre le col de l’Épine et le col du Mont-Cenis, dont 13 en Maurienne. Toutes sont situées à plus de 1 800 mètres d’altitude, dans des conditions climatiques difficiles. Les opérateurs de la station, recrutés parmi la population locale, travaillent en binôme de l’aube au crépuscule, 365 jours par an, pour un salaire journalier compris entre 1 franc et 2 francs 25 centimes. Les intempéries interrompèrent régulièrement le service : vents violents, brouillard et tempêtes de neige obligaient parfois à interrompre les transmissions et à utiliser la carrosse entre Lanslebourg et Lyon ou Turin.
Redécouverte et restauration
Depuis près de deux siècles, les bâtiments et tout souvenir des stations avaient disparu, à l’exception de quelques noms de lieux évocateurs comme le Col et le Fort du Télégraphe à Valloire ou la Pointe du Télégraphe à Montdenis.
Grâce à des recherches menées au début de l’année 2002, les membres de l’association d’histoire et d’archéologie Sollières-Sardières ont localisé les vestiges de la station Mollard-Fleury, à une altitude d’environ 2 004 mètres, dans le périmètre du Parc national de la Vanoise.
Un document des Archives d’Etat de Turin, daté de 1827, identifie le site. Les fouilles archéologiques, commencées en octobre 2004 sous la direction scientifique de l’archéologue René Chemin, ont permis de mettre au jour les vestiges d’une base rectangulaire de 4 mètres sur 7,60 mètres, construite en pierres sèches et probablement surmontée d’une cabane en planches appelée localement baracon.
Par la suite, les recherches ont également permis de localiser les stations de Saint-André et d’Avrieux. Restaurées avec le soutien du Département de la Savoie, les trois stations sont ouvertes au public chaque été.
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