L’utilisation de bactériophages et d’outils d’intelligence artificielle apparaît comme l’un des moyens les plus prometteurs pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, une menace croissante pour la santé à l’échelle mondiale. C’est précisément là qu’intervient le projet Interreg VI-A Italie-Suisse 2021/2027 « ITCH-AMP », qui vise à développer des solutions thérapeutiques innovantes et à identifier des traitements efficaces contre des infections actuellement plus difficiles à gérer.
Le cœur de la résistance aux antibiotiques
La résistance aux antibiotiques n’est rien d’autre que la capacité des bactéries à survivre à l’action des antibiotiques, ce qui entraîne des infections difficiles ou impossibles à traiter et représente l’un des problèmes les plus critiques de la médecine contemporaine. Elle est principalement due à la mauvaise utilisation de médicaments contre les infections virales ou à des dosages incorrects, mais aussi à la surutilisation dans l’agriculture et l’élevage, ce qui favorise précisément la propagation de bactéries résistantes.
L’efficacité des thérapies conventionnelles est donc progressivement réduite, ce qui a des répercussions importantes tant à l’hôpital que dans le secteur de la santé territoriale en termes d’infections incurables, d’augmentation de la mortalité et de coûts socio-économiques plus élevés. Les infections associées aux biofilms bactériens, structures qui protègent les micro-organismes et les rendent particulièrement réfractaires aux traitements, viennent encore compliquer le tableau, rendant urgente l’introduction d’approches alternatives.
Une menace mondiale
La résistance aux antibiotiques est aujourd’hui considérée comme l’une des principales urgences sanitaires mondiales et constitue donc une priorité pour la recherche biomédicale internationale. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que plus d’un million de personnes meurent directement d’infections résistantes chaque année, tandis que le fardeau économique de ce phénomène s’élève à environ 11,7 milliards d’euros par an en coûts de soins de santé et en perte de productivité.
Dans ce contexte, la communauté scientifique oriente progressivement ses efforts vers des approches alternatives, telles que les thérapies par les phages et les solutions basées sur l’analyse avancée des données biologiques. En effet, l’intégration de la biotechnologie et de l’intelligence artificielle est l’un des domaines les plus prometteurs pour accélérer le développement de traitements efficaces et limiter l’impact sanitaire et économique de la résistance aux antibiotiques.
Combattre la résistance aux antibiotiques avec les phages et l’intelligence artificielle
Le projet « ITCH-AMP » se concentre sur le développement d’une plateforme biotechnologique capable de concevoir et de valider des thérapies basées sur les bactériophages, des virus naturels qui attaquent sélectivement les bactéries. Cette plateforme est complétée par l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui permet d’analyser de grandes quantités de données biologiques et d’identifier rapidement les combinaisons les plus efficaces de phages et de souches bactériennes.
Cette intégration accélère la mise au point des traitements et améliore la précision des interventions, ouvrant ainsi la voie à des solutions personnalisées et potentiellement plus efficaces dans le traitement des infections résistantes. Les progrès ainsi réalisés seront conçus pour une application pratique dans les systèmes de santé italo-suisses, augmentant ainsi la disponibilité de nouveaux outils thérapeutiques pour les médecins et les patients.
Comment les bactériophages agissent contre les biofilms
Les bactériophages représentent une alternative aux antibiotiques en raison de leur capacité à infecter et à détruire sélectivement les bactéries: ils sont capables de reconnaître des souches spécifiques, de se répliquer en leur sein et de provoquer leur lyse. Ce mécanisme est particulièrement intéressant dans le cas des biofilms, où les bactéries s’organisent en structures protectrices qui empêchent les antibiotiques de pénétrer efficacement.
Certains bactériophages produisent des enzymes capables de dégrader la matrice du biofilm, ce qui facilite l’accès et augmente l’efficacité du traitement. L’intégration avec l’intelligence artificielle permet également d’identifier rapidement les phages les plus adaptés à chaque infection, améliorant la précision thérapeutique et ouvrant la voie à des stratégies personnalisées contre les bactéries résistantes.
Démarrage opérationnel et coopération transfrontalière
Le projet « ITCH-AMP », acronyme de « Integrating Transborder Collaboration for Combating High-Resistance Bacteria with AI-Enhanced Modified Phages », se déroulera sur une période de 30 mois. Il est coordonné par l’Université du Piémont oriental en tant que chef de file, à laquelle se joignent la plateforme de phages Precise Health et la société de services biologiques Adamastor Bioservices, ainsi que les centres de recherche BioArk et HES-SO Valais-Wallis.
La réunion de lancement, qui s’est déroulée entre Sion et Monthey le lundi 30 mars dernier, a représenté le premier moment de confrontation entre les participants, avec la définition des premières activités et de la structure opérationnelle. L’initiative, dont le budget total s’élève à plus de 700 000 euros, est cofinancée par l’Union européenne à travers le Fonds Européen de Développement Régional.
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