On attendait beaucoup de la conférence de presse de « l’anniversaire des un an » de la Solideo Alpes 2030 (Société de livraison des ouvrages olympiques), bras armé de l’Etat pour la réalisation, la supervision, le suivi le lancement des appels d’offres des ouvrages et équipements pour les futurs Jeux Olympiques de 2030.
Mais c’est un sentiment mitigé qui a présidé, plusieurs annonces étant encore sujettes à débats, en particulier en ce qui concerne les Villages olympiques et en particulier le Fort Vauban à Briançon, ou la patinoire qui accueillera les épreuves de hockey hommes, en remplacement du site de Nice… qui n’accueillera pas ces épreuves (voir Le Nostre Alpi)
Renaud Muselier laisse la présidence à Fabrice Pannekoucke
Le Président sortant de la Solideo Renaud Muselier, président du Conseil régional PACA / Région Sud pour encore quelques semaines (il souhaite se présenter aux élections sénatoriales de l’automne prochain) et qui laisse donc la présidence de la Solideo à Fabrice Pannekoucke, président du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, a dressé un bilan plutôt élogieux de cette première année de la Solideo. Il a évoqué une soixantaine de procédures lancées, appels d’offres, appels à manifestations d’intérêts, des conventions de transfert signées avec les communes, les communauté de communes et les départements, « un budget voté et consolidé, à 880 millions d’euros de concours publics, pour un total de 1,4 milliards d’euros de travaux », et a-t-il ajouté, « une organisation et une équipe en ordre de marche, forte d’une cinquantaine de collaborateurs, qui se montera à quatre-vingt à l’été prochain ».
Sans refaire la liste complète
Sans refaire la liste complète, le « encore » président Muselier a rappelé que la Solideo représente en effet « quarante ouvrages et équipements, donc quatre Villages olympiques, à Nice, Briançon, Bozel et Saint-Jean-de-Sixt, mais aussi une piste de bobsleigh, un tremplin de saut à ski, ou encore plusieurs aménagements de front de neige, comme à Montgenèvre et Serre Chevalier, dans les Hautes-Alpes ».
Surtout, a-t-il insisté, nombre de ces équipements et ouvrages seront pérennes et conçus pour recevoir après a phase des Jeux, des logements ou des équipements futurs, comme les quatre Villages olympiques. Enfin, a-t-il rappelé, de nombreux travaux sont en passe d’être lancés ou en phase d’étude, comme les travaux routiers, comme la RN 94, route nationale et internationale qui dessert le col du Montgenèvre, ou les accès dans la vallée de la Durance (Hautes-Alpes) ou encore des améliorations routières que ce soit en Savoie et en Haute-Savoie.
D’une façon plus globale, ces travaux seront pour un tiers d’entre eux, ouverts aux entreprises de taille intermédiaire, les PME, qui sont justement installées dans les territoires de montagne qui recevront les Jeux. « Lors des Jeux de Paris 2024, le quotas d’entreprises « locales » n’était que d’un quart », a souligné de son côté le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et nouveau président de la Solideo Fabrice Pannekoucke.
Les incertitudes
Si une soixantaine d’appels d’offres ont été lancés, et quelques marchés d’ores et déjà attribués, il est encore trop tôt pour avoir une vision claire sur les travaux pharaoniques que ces Jeux vont déclencher.
Comme l’a d’ailleurs souligné Damien Robert, directeur de la Solideo Alpes 2030, « des réunions d’information et de concertation, par territoires, vont se succéder sur les deux prochains mois, dès le 14 mai ». Et d’ajouter, « il y aura des réunions de concertation sur chaque ouvrage, vous pouvez d’ores et déjà l’annoncer ».
Cela devrait enfin rassurer les habitants, qui on le rappelle ont été peu ou pas du tout informés par les autorités et les élus sur les projets en cours, et qui les impacteront pourtant directement.
Les inconnues, Nice et le Fort Vauban
Mardi 28 avril, Nice a été définitivement exclue pour accueillir les épreuves de Hockey sur glace masculine (des épreuves qui sont financièrement les plus génératrices en termes de billetterie et de retransmission télévisuelles), puisque la solution proposée par le nouveau maire Éric Ciotti est infaisable, irréaliste ou trop coûteuse (dans un stade d’athlétisme ou un stade de rugby).
Par ailleurs une vraie incertitude demeure sur les épreuves féminines de hockey sur glace. En effet les travaux indispensables pour accueillir les deux pistes de glace dans le Parc des Expositions sont très onéreux, et à ce stade ce choix semble encore sujet à caution.
Si Renaud Muselier a souligné qu’ils ont « demandé aux responsables du Cojop 2030 (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2030) de reconsidérer les autres possibilités dans les Alpes, Marseille, Gap, Chambéry, Lyon », d’autres voix se font entendre, comme une possibilité d’un site parisien. On serait bien loin, alors, du Massif des Alpes.
Le Fort des Têtes de Briançon
Le Fort des Têtes de Briançon, imaginé, dessiné par le célèbre Maréchal de Vauban, attendra quant à la présentation du projet retenu pour y implanter le futur Village Olympiques, qui devait se faire au mois d’avril.
En effet interrogé, Renaud Muselier s’est montré extrêmement prudent, soulignant la difficulté d’un tel dossier, et « l’angoisse » quant aux groupements qui répondraient à l’appel d’offres lancé par la Solideo 2030 en juin 2025. « Il fallait du temps pour bâtir ce projet et aller le plus loin possible », a t-il ajouté, donnant enfin une nouvelle échéance, « avant l’été ».
Il est vrai que ce projet se heurte à de nombreuses difficultés : le site d’une dizaine d’hectares appartient à l’Armée qui l’a délaissé et démilitarisé depuis une vingtaine d’années, et il est en partie isolé sur son promontoire surplombant la ville de Briançon et toute les vallées.
Sans eau, ni électricité, avec un accès routier à reprendre (ce qui est de loin le plus facile), il est surtout en totalité classé au titre des Monuments historiques. Faire rentrer un Village olympique et surtout, un programme de quelques 200 logements, services, hôtel, etc. et que cela soit rentable financièrement, est donc une gageure.
Un deuxième site, d’autres solutions et de la patience
Le programme comprend aussi un deuxième site en contrebas, baigné par la Durance, l’ancien couvent et ancienne usine de la Schappe (bourre de soie). Non classé, en partie en ruine, au cœur de la ville basse, sa rénovation et transformation serait beaucoup plus facile, plus cohérente, plus rapide, pour y abriter les athlètes et une partie des services de l’ordre, puis, dans sa phase héritage, des logements, bureaux et services.
D’autres solutions avancées un temps, comme l’hébergement au village du Club Méditerranée de Villeneuve-la-Salle pour les athlètes concourant à Serre-Chevalier, et dans un autre club ou hôtel à Montgenèvre pour les autres, semblent elles-aussi, revenir sur le devant de la scène. D’ailleurs avec le changement de maire à Montgenèvre, la ligne a aussi bougée, puisque la mairie semble avoir des exigences notamment financières, quant à l’utilisation d’une partie de son domaine skiable pendant les Jeux Olympiques.
Finalement, il nous faudra encore être patients, puisque d’autres incertitudes demeurent encore, côté sports : la carte des sites des épreuves ne sera arrêtée qu’à la fin juin, et la carte de la ou des communes recevant les épreuves paralympiques aussi. De ce côté là aussi les incertitudes sont totales.
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