Le programme de sciences participatives « Aux Arbres Citoyens », lancé en 2019 par le Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude (CREA) Mont-Blanc avec l’appui du Département de la Haute-Savoie, invite les promeneurs à observer le rythme saisonnier des arbres le long des chemins et à transmettre leurs données aux chercheurs.
Il s’inscrit dans un ensemble plus large d’initiatives développées par le CREA Mont-Blanc pour documenter les effets du changement climatique sur la biodiversité alpine, des forêts jusqu’aux sommets, avec la participation du grand public. Plusieurs arbres sont réperetoriés à Mégève, Chamonix, Poisy et d’autres localités de la Haute Savoie.
Un dispositif de terrain fondé sur l’intelligence collective
Le principe d’« Aux Arbres Citoyens » repose sur une logique de suivi collaboratif : des panneaux en mélèze, équipés d’un QR code, sont installés sur des arbres situés le long de chemins fréquentés. En scannant le code avec un smartphone — sans inscription préalable —, le promeneur accède directement à la fiche de l’arbre sur la plateforme SPOT du CREA Mont-Blanc et saisit son observation en deux minutes : état des bourgeons au printemps, couleur des feuilles à l’automne, avec une estimation du pourcentage lorsque la situation est intermédiaire. Les cinq espèces suivies sont le sorbier des oiseleurs, le hêtre, le mélèze, le frêne commun et le noisetier.
Le programme repose sur trois acteurs : le CREA Mont-Blanc, qui assure la responsabilité scientifique, gère la plateforme SPOT et restitue les résultats ; les structures relais — collectivités territoriales, associations, espaces protégés — qui identifient les arbres à équiper, installent les panneaux et animent localement le dispositif ; et les observateurs, dont chaque contribution, même ponctuelle, enrichit la base de données.
La différence avec Phénoclim, programme cousin du CREA Mont-Blanc créé en 2004, est structurelle : Phénoclim demande à un même observateur de suivre régulièrement ses propres arbres selon un protocole hebdomadaire plus engageant, sur 13 espèces, et s’appuie sur un réseau de 60 stations climatiques. «Aux Arbres Citoyens» mise au contraire sur des contributions ponctuelles et la diversité des observateurs pour atteindre une robustesse statistique. Les deux programmes sont complémentaires, et le second sert aussi de porte d’entrée vers le premier.
Tous les programmes sont accessibles sur la plateforme spot.creamontblanc.org. Les observations peuvent être saisies directement depuis un smartphone, sans inscription pour «Aux Arbres Citoyens», avec un compte pour Phénoclim et les autres programmes.

Des observations à toutes les altitudes : neige et floraison
Au-delà des arbres en bord de chemin, le CREA Mont-Blanc propose plusieurs autres programmes de sciences participatives couvrant l’ensemble du gradient altitudinal.
Le programme «Enneigement» invite les habitants, à toute altitude, à mesurer chaque matin la hauteur du manteau neigeux à l’aide d’une perche graduée plantée dans un endroit plat à proximité de chez eux, et à transmettre leurs données en fin de saison sur SPOT. Ce suivi répond à des questions précises sur les espèces dépendantes de la neige — lagopèdes, lièvres variables, tétras-lyres, plantes de combe à neige — et sur les conséquences d’une fonte trop précoce. Les données chiffrées sont préoccupantes : au col de Porte, dans le massif de la Chartreuse (1 325 m), l’épaisseur moyenne du manteau neigeux a diminué de 37,7 cm entre les périodes 1960-1990 et 1990-2020 ; entre 1 100 m et 2 500 m dans les Alpes du nord, la durée d’enneigement s’est réduite de cinq semaines depuis les années 1970.
Le programme «Floraison d’altitude», actif de mai à août, suit cinq espèces supra-forestières — myrtille, airelle bleue, dryade à huit pétales, marguerite des Alpes et lis de Saint-Bruno — sur des sites identifiés dans le massif du Mont-Blanc et les Alpes, selon un protocole de comptage par cadres de 40 à 80 cm répété dix fois par site.
Flore d’altitude et arbres pionniers : les quatre « missions flore »
Enfin, quatre « missions flore » permettent de collecter des données dans des zones peu documentées. « Flore Verticale », initié en 2009 par le parc national des Écrins et le Laboratoire d’écologie alpine de Grenoble et déployé par plusieurs structures dont le CREA Mont-Blanc, invite les alpinistes à signaler la présence de plantes au-dessus de 3 000 m, sur les parois et les marges glaciaires. Dans les Alpes, la plante la plus haute répertoriée est une saxifrage à feuilles opposées observée à 4 505 m d’altitude.
Une mission « arbres pionniers » recense les mélèzes, pins cembros et pins à crochet observés au-dessus de 2 700 m pour cartographier le front de colonisation altitudinale. Les deux autres missions portent sur la localisation des espèces du programme Floraison d’altitude pour identifier de futurs sites de suivi, et sur le comptage annuel des fruits de la myrtille pour évaluer la ressource disponible pour les animaux.
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