Le Festival de Cannes, pour sa 79e édition, se tient du 12 au 23 mai 2026 au Palais des festivals, entre 22 films en compétition pour la Palme d’or et le rôle du milliardaire Vincent Bolloré sur le cinéma.
En effet, si la montée des marches est une des caractéristiques du festival, les tensions politiques le sont aussi. Cette édition s’ouvre après la signature d’une tribune de 600 professionnels du cinéma contre l’influence du milliardaire Vincent Bolloré sur la filière.
Internationalisation et absence remarquée
Sur la Croisette, cette année le président du jury est le cinéaste Park Chan-Wook, lauréat du grand prix en 2004 pour Old Boy. Il est le premier réalisateur coréen à tenir ce rôle. Le jury comprend notamment l’actrice américaine Demi Moore, la cinéaste chinoise Chloé Zhao et l’acteur suédois Stellan Skarsgård. Les Palmes d’or honorifiques seront attribuées au réalisateur néo-zélandais Peter Jackson et à l’actrice américaine Barbra Streisand. La maîtresse des cérémonies est l’actrice franco-malienne Eye Haïdara. Le palmarès sera présenté le 23 mai à l’issu de la compétition.
Le festival de Cannes, qui fait depuis toujours la part belle au cinéma indépendant et d’auteurs, réussit cet année à projeter des films en provenance de 144 pays différents. Une ouverture à l’internationale conséquente mais qui peine à masquer la présence en demi-teinte du cinéma italien.
Si l’année précédente le cinéma italien était représenté, entre autres, par les films de Mario Martone et Francesco Sossai, cette édition du festival ne va voir aucun films italiens présents dans les quatre principales sélections – Palme d’Or, un Certain Regard, la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Cinéastes. Une absence néanmoins contrastée par la présence des actrices Monica Belluci et Asia Argento, ainsi que par des co-productions italiennes, qui visent certaines des récompenses les plus prestigieuses.
En revanche, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, partenaire du festival de Cannes, maintient une présence significative dans la sélection. La Région Sud, avec un budget de soutien à la filière de 10,8 millions d’euros, a vu neuf œuvres qu’elle soutient retenues dans la sélection. En sélection officielle figurent par exemple L’Objet du délit d’Agnès Jaoui et La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri présenté pour la Semaine de la critique.
600 professionnels dénoncent l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma
À la veille de l’ouverture du festival, 600 professionnels du cinéma français ont signé une tribune publiée dans le quotidien Libération pour dénoncer l’influence grandissante de l’extrême droite sur le cinéma, par l’intermédiaire du milliardaire Vincent Bolloré.
Les signataires soulignent que le groupe audiovisuel Canal+, dont Vincent Bolloré est l’actionnaire principal, a acquis 34% du capital d’UGC, un important réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’acquérir 100% des parts d’ici 2028. Cela placerait Bolloré en mesure de contrôler l’ensemble de la chaîne de fabrication des films, du financement à la diffusion. En effet, le milliardaire détient déjà Studio Canal, premier producteur européen du cinéma.
Alors que la présence de Bolloré sur la filière cinéma remonte déjà à une quinzaine d’années, la mobilisation s’inscrit à la suite de celle du monde des lettres. Une centaine d’auteurs ont protesté contre le limogeage d’Olivier Nora, directeur général de Grasset, une maison d’édition qui fait partie du groupe Hachette, également propriété de Vincent Bolloré.
Le festival comme symbole
Pour les signataires de la tribune, les pressions de la part de l’homme d’affaires sur l’audiovisuel public, sur l’édition et sur le cinéma constituent des signaux préoccupants.
Choisir d’organiser cette tribune à Cannes est aussi une manière de se référer à l’histoire du festival. Il fut créé en 1939 par Jean Zay, ministre de l’Education nationale en opposition à la Mostra de Venise, alors vitrine culturelle du fascisme et du nazisme. En raison de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie le 1er septembre 1939, la première édition du festival de Cannes ne s’était alors pas tenu. Jean Zay, lui a été ensuite emprisonné en 1940 puis assassiné par la Milice française en 1944.
Le marché du film : un moteur économique
Parallèlement aux projections et aux tensions politiques, se tient depuis 1959 le Marché du film, le plus important au monde pour les transactions de l’industrie cinématographique. Il réunit aujourd’hui 15 000 professionnels venus de 140 pays, avec quelque 4 000 films et projets présentés au fil de 250 événements professionnels. Lieu de rencontre par excellence, les accréditations vont de 500 à 12 500 euros selon les services inclus.
Des programmes accompagnent les professionnels comme Cannes Docs pour le documentaire ou Cannes Next pour les nouvelles technologies et l’innovation. Cannes Animation, Cannes Fantastic pour le cinéma de genre ainsi que le Producers Network qui rassemble les producteurs. Sur le plan économique, le festival génère avec un budget initial de 35 millions d’euros des retombées estimées à environ 200 millions d’euros pour la ville et sa région. Certains établissements de l’hôtellerie restauration réalisent jusqu’à 20% de leur chiffre d’affaires annuel pendant les dix jours de l’événement.
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