Le 14 juin 2026, les électeurs en Suisse sont appelés à se prononcer sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions !» ainsi que sur la modification de la loi sur le service civil.
Les deux scrutins qui sont importants et débattus pour l’avenir de la population suisse et qui traduisent aussi un contexte politique très sensible à ces thèmes.
L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions !»
L’initiative, portée par le parti Union démocratique du centre (UDC) – considéré à l’extrême droite – propose des actions pour que la population suisse ne dépasse pas les 10 millions d’habitants. Le texte veut contraindre le Conseil fédéral à prendre des mesures dès que le seuil des 9,5 millions d’habitants sera atteint. Parmi ces mesures figurerait notamment la restriction des admissions provisoires pour les requérants d’asile, la limitation du regroupement familial et, en dernier recours, la dénonciation des traités internationaux favorisant la croissance démographique, dont l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.
Les 26 Cantons comptent actuellement un peu plus de 9 millions d’habitants, alors qu’elle en affichait 6,3 millions avant 2002. La répartition de la population se concentre essentiellement dans les zones urbaines, avec une présence renforcée en Suisse alémanique. Il y a 27% de résidents étrangers qui vivent en Suisse, ce qui en fait un des taux parmi les plus élevés d’Europe. Les populations étrangères les plus représentées sont les italiens avec 14.5%, les allemands à 13,8%, les portugais à 11%, les français à 6,8% et les kosovars à 5%. Cela s’explique notamment par la qualité du salaire médian brut à 6 950 CHF soit 7 527 € qui est un facteur d’attrait évident, conjugué à l’absence de barrières linguistiques pour les italophones, francophones et germanophones.
Des conséquences majeures pour la Suisse
L’UDC estime que sur les 80 000 personnes arrivant chaque année en Suisse, seule la moitié travaillerait et qu’il serait possible de se contenter de 30 000 à 40 000 entrées annuelles. Le parti fait aussi valoir une immigration décrite comme la cause de l’augmentation de la criminalité, du coût de l’immobilier ainsi que la dégradation du paysage lié aux nouvelles constructions et la baisse du niveau scolaire. Toutefois, il apparaît aussi dans les arguments produits par l’UDC, que c’est la présence d’étrangers musulmans qui est mise en cause.
Les opposants à l’initiative de l’UDC déclarent que la fin de la libre circulation forcerait la Suisse aggraverait la pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs déjà sous tension comme l’hôtellerie. Le Conseil fédéral estime que la Suisse pourrait connaître à terme une perte de 12% de son PIB en cas de victoire de l’initiative au référendum.
De plus, se pose aussi la question des 800 000 suisses qui vivent à l’étranger, et tout particulièrement pour les 500 000 qui sont établis dans des Pays de l’Union européenne. En cas de dépassement du seuil de 9,5 millions d’habitants, leur libre circulation serait alors entravée par l’adoption de l’initiative. Il existe actuellement aussi un flou juridique autour du conjoint étranger qui souhaiterait s’établir en Suisse.
Les sondages annoncent des résultats serrés alors que le « oui » semble plus soutenu en Suisse alémanique. Le Conseil fédéral appelle à voter « non » face aux risques économiques et diplomatiques indus par une telle réforme.
La modification de la loi sur le service civil
Le Parlement fédéral, soutenu par le Conseil fédéral souhaitent faire adopter une révision de la loi sur le service civil dans le but de renforcer les effectifs de l’armée. En réaction, les partis politiques de gauche ont demandé un vote de la population par référendum.
Le texte veut durcir les conditions d’accès au service civil à travers six mesures. L’objectif est de rendre le service civil moins attractif par rapport au service militaire, dans un contexte où les admissions au service civil ont atteint un nouveau record en 2025 avec 7211 personnes. En parallèle, chaque année il y a 11 000 personnes qui sont astreintes au service militaire et qui quittent l’armée avant d’avoir accompli leur obligation de service complet. Environ 60% d’entre elles optent pour le service civil.
Par ailleurs, depuis 2009, les suisses n’ont plus à justifier un conflit de conscience s’ils ne souhaitent pas effectuer de service militaire, il est suffisant de le déclarer.
Quant au service militaire, il s’effectue pour tout les hommes ayant entre 19 et 24 ans, et ce, pour au moins 245 jours. Pour les réservistes, il existe ensuite des cours de répétition de 3 semaines chaque année, sur une période d’incorporation de 9 ans à la suite du service militaire.
Maintenir les capacités de l’armée
La révision du service civil concerne surtout les militaires qui passent au service civil après avoir accompli une grande partie de leur service militaire. Ceux qui souhaitent en bénéficier devront accomplir au moins 150 jours de service civil, alors qu’actuellement le nombre de jours à récupérer est relativement limité. Par ailleurs, les jours de service civil qu’il reste à accomplir au moment du passage correspondront désormais à une fois et demie les jours de service militaire encore dus, et ce y compris pour les officiers et les sous-officiers, l’objectif est de maintenir les cadres au sein de l’armée.
La réforme souhaite aussi interdire l’accès au service civil pour les médecins, dentistes et vétérinaires, pour mieux les encadrer dans le système de défense. De plus, les personnes qui effectuent le service civil devraient aussi faire sur les années suivantes, un service équivalent aux cours de répétition des militaires. Considérée comme trop souple, la planification actuelle des civilistes ne correspond pas attentes des organes fédéraux.
L’opposition au projet de réforme estime pour sa part que le service civil joue un rôle essentiel pour le système éducatif et sanitaire ainsi que pour le développement, notamment agricole des régions de montagne.
Pour autant, les premiers sondages annoncent une maintien de la réforme du service civil et un résultat négatif pour les inititeurs du référendum. Par ailleurs en novembre 2025, le référendum autour de l’extension du service civique obligatoire pour l’ensemble de la population avait été rejeté par 84% des votants.
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