L’Italie et la France ont clôturé le sommet d’Antibes du 25 juin 2026 par une Déclaration commune, comportant un volet consacré à la politique étrangère et un autre, très complet, portant sur l’industrie, la défense européenne, l’espace, l’énergie, les migrations et les transports. Ce sommet a permis la signature de sept accords.
Le sommet d’Antibes était également attendu comme une occasion d’améliorer les relations, au-delà des personnalités, précisément sur les « fondamentaux » entre l’Italie et la France.
Par ailleurs, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron se voient sans cesse, que ce soit lors des réunions européennes, du G7 ou, prochainement, de l’OTAN. Ils ont ainsi tous deux rejeté l’idée de relations « glaciales » et revendiqué une « approche commune » sur l’Ukraine, le Liban, le détroit d’Ormuz et le budget européen.
Pour Meloni – qui traverse une période difficile avec le président Trump –, l’Europe s’affirme comme un point d’ancrage solide, tout comme les relations avec les différents Pays et avec la France. Le ton est pragmatique : trouver des convergences (d’intérêts nationaux) et canaliser les actions communes vers Bruxelles, conformément à l’orientation « européenne » du Traité du Quirinal de 2021.
Sur le plan international, la déclaration réaffirme le soutien à l’Ukraine et la pression exercée sur la Russie par le biais de sanctions et de la lutte contre la « flotte fantôme ».
Il s’agit d’une position commune qui a également des répercussions sur les deux plans internes, afin de confirmer une ligne. Viennent ensuite le soutien au Pacte pour la Méditerranée et à une coopération plus étroite avec les Pays de la rive sud. Concernant le Liban, on note le soutien à la mission de l’ONU (FINUL) et un scénario plus européen pour les mois à venir, avec la politique étrangère et de défense commune européenne qui passerait à la mise en œuvre dès cet automne.
Industrie et compétitivité : le terrain d’entente
Une partie importante du document porte sur les questions économiques et de production, sur la compétitivité et sur l’autonomie européenne. Il y est fait référence aux rapports Letta et Draghi, ainsi qu’à la nécessité de protéger les assets critiques, les entreprises, les infrastructures et les secteurs stratégiques.
Le texte préconise également une simplification du cadre européen en matière d’aides d’État (ce qui nécessite un travail technique) afin de faciliter les investissements sans compromettre l’équilibre des conditions de marché. Par ailleurs, les deux Pays entretiennent d’intenses échanges, de nombreuses entreprises coopèrent, et ils partagent des secteurs d’activité communs dans l’industrie, l’aérospatiale, la finance et la production de biens, de l’agroalimentaire au luxe. La déclaration mentionne également le programme conjoint entre Bpifrance et Invitalia ainsi que le protocole d’accord entre Bpifrance et la Cassa depositi e prestiti, en tant que soutien au développement.
Automobile, mode et luxe
L’automobile est l’un des dossiers les plus sensibles. Rome et Paris demandent que les règles européennes permettent au secteur de devenir leader de la mobilité décarbonée, tout en préservant les emplois et en tenant compte à la fois de la neutralité technologique et du contenu européen. Il s’agit d’une formule qui lie la transition climatique, l’industrie et l’emploi, mais aussi la protection du marché européen (industrie manufacturière, emploi) face, par exemple, à la Chine. Sur ce point, l’Italie, tout comme l’Allemagne, deux pays producteurs, fait preuve d’une grande sensibilité.
La mode et le luxe sont considérés comme des atouts stratégiques pour l’identité culturelle, l’excellence industrielle et le rayonnement mondial. Il existe une volonté de lutter contre les petits colis et l’« ultra fast fashion », au nom d’une concurrence loyale et de la durabilité environnementale, étant donné les quantités énormes de biens jetés après une utilisation de courte durée.
Énergie, nucléaire civil, industrie de la défense
En matière d’énergie, l’Italie et la France mettent l’accent sur la décarbonisation, en incluant à la fois le nucléaire et les énergies renouvelables, conformément à un débat européen en cours depuis des années. La déclaration mentionne l’Alliance nucléaire européenne, les IPCEI (grands projets communs entre plusieurs États membres) sur les technologies nucléaires innovantes et la coopération industrielle sur les SMR ( Small Modular Reactors), c’est-à-dire les petits réacteurs modulaires. Pour l’Italie, il existe une voie – déjà engagée mais qui reste à parcourir – vers le retour au nucléaire civil: c’est là aussi l’une des étapes.
Vient ensuite l’industrie de la défense, qui est aussi synonyme d’autonomie européenne et des États membres en matière d’armement. « Une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte » – la phrase qui sert de fil conducteur – fait référence au Fonds européen de défense ( EDIP), programme européen pour l’industrie de la défense.
Parmi les projets cités figure le SAMP/T NG, système franco-italien de défense aérienne de nouvelle génération, ainsi que le futur intercepteur de missiles hypersoniques (on a pu voir ceux de la Russie à l’œuvre), et il existe une feuille de route pour la défense 2026-2031 avec un comité industriel bilatéral.
Espace : Bromo pour les satellites, Ariane 6, Vega C et IRIS²
L’espace est présenté comme un secteur de souveraineté, d’innovation et de compétitivité. Les deux Pays y travaillent : un pôle en plein développement existe à Turin, Thales Alenia Space est présent dans les deux Pays, et les ministres ont visité le site de Cannes. Le document mentionne le projet Bromo, visant à construire un prototype européen de satellite, en collaboration avec Airbus, Thales Alenia et Leonardo.
Un soutien est apporté à Ariane 6 et Vega C, programmes visant à assurer l’accès européen à l’espace, ainsi qu’au programme « Space Situation Awareness », doté de capacités de surveillance des activités et des risques dans l’espace. Le document évoque également IRIS², une infrastructure européenne de connectivité par satellite en orbite basse, que plusieurs régions et Pays sont en train de mettre en place, en comparaison à celle d’Elon Musk.
Budget européen, agriculture et cohésion
Concernant le cadre financier pluriannuel de l’Union européenne, la déclaration affirme que l’Italie et la France soutiennent la politique de cohésion classique, mais proposent d’investir dans l’innovation, la souveraineté industrielle et technologique : en arrière-plan, on observe une recherche de ressources supplémentaires.
En outre, elles confirment une position commune en faveur de la centralisation nationale des programmes européens, par opposition aux expériences de gestion régionale. Elles l’écrivent avec désinvolture : les deux débats internes sont pratiquement inexistants.
Concernant la politique agricole commune et la politique commune de la pêche, toujours dans une optique de politiques de cohésion, le document évoque des ressources suffisantes pour garantir les revenus, la sécurité alimentaire et la relève générationnelle.
Migrations et sécurité intérieure
En matière de migrations, domaine dans lequel la présidence Meloni a réussi à faire évoluer les positions communes européennes, l’Italie et la France confirment leur engagement à appliquer le Pacte européen sur la migration et l’asile ainsi que le nouveau règlement sur les retours.
Elles souhaitent également renforcer davantage la coopération bilatérale contre la migration irrégulière et les réseaux de trafic de migrants, en particulier le long de la route de la Méditerranée centrale et de celle de la Manche, qui constituent les zones sensibles des deux Pays. Il est également question d’échange d’informations, de coordination et de partenariats avec les pays d’origine et de transit, notamment en Afrique du Nord et au Sahel.
Transports et liaisons transfrontalières
En ce qui concerne les infrastructures transfrontalières, Nos Alpes vous a déjà fait part des principaux dossiers, sur lesquels il n’y a rien de nouveau, si ce n’est une lecture positive des progrès réalisés, pour la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, d’une réflexion sur la liaison ferroviaire Marseille-Nice-Gênes, ainsi que de la liaison routière et ferroviaire Cuneo-Breil-Ventimiglia via le tunnel de Tende.
S’y est ajoutée, bien qu’elle n’ait pas été mentionnée lors de la conférence de presse, une étude conjointe sur la résilience et la décarbonisation des infrastructures transfrontalières, tenant compte des territoires et des élus locaux, ainsi que des besoins en matière de mobilité durable.
Cette étude porte donc également sur le tunnel du Mont-Blanc, qui risque de rester fermé à l’automne pendant plusieurs décennies. Il s’agit d’une question en suspens sur laquelle on revient régulièrement, comme ce fut le cas récemment lors du Comité de coopération frontalière de Bard, le 4 juin dernier.
Numérique, recherche et jeunesse
Dans le domaine du numérique, l’Italie et la France soutiennent un programme européen commun portant sur l’intelligence artificielle, le calcul haute performance, les télécommunications, les technologies quantiques, le cloud et la protection des données sensibles.
Le texte prévoit un dialogue bilatéral sur les questions numériques et cybernétiques et met l’accent sur la protection des mineurs en ligne, notamment par le biais du Digital Services Act.
La dernière partie concerne la recherche, l’éducation, la mobilité universitaire, la formation professionnelle, les langues et la culture : les personnes sont enfin au centre.
Sont mentionnés les doubles diplômes, les Alliances universitaires européennes, les technologies quantiques, le projet EGO-VIRGO, l’Einstein Telescope, la recherche polaire, le programme Young Leaders et la coopération audiovisuelle.
LIRE AUSSI : Tunnel du Mont-Blanc, silence avec la presse au sommet France-Italie à Antibes, mais ça bouge









