Les températures exceptionnellement élevées enregistrées ces dernières semaines, même au-delà de 4 000 mètres d’altitude, aggravent une situation déjà critique pour les glaciers du Massif du Mont-Blanc. Les données recueillies par les réseaux de surveillance italiens et français montrent en effet que le réchauffement ne touche plus seulement les vallées alpines mais concerne désormais de manière durable les altitudes les plus élevées.
Le cas le plus emblématique est celui de la Mer de Glace, mais le phénomène touche également d’autres grands glaciers français (Argentière, Bossons et Taconnaz) et italiens (Miage, Brenva, Triolet et Pré de Bar).
Zéro thermique au-dessus de 4 000 mètres et de la pluie au sommet du Cervin
L’un des signes les plus évidents de l’intensification de la fonte des glaciers provient de la station météorologique de l’Agence régionale de protection de l’environnement (ARPA) de la Vallée d’Aosteinstallée au sommet du Mont-Blanc, à environ 4 750 mètres d’altitude. Au cours de la seconde moitié du mois de juin, elle a enregistré à plusieurs reprises des températures moyennes horaires supérieures à 0 degré, dont +0,8 degré le jeudi 18 juin dernier et un pic inquiétant de +2 degrés le dimanche 24 juin suivant.
Il s’agit là de valeurs exceptionnelles pour cette altitude, où les températures restent habituellement bien en dessous de zéro, même en été, ce qui rapproche celle actuelle des mois d’août et de septembre de l’année dernière. La montée du zéro thermique entre 4 300 et 4 800 mètres a même favorisé des précipitations liquides sur les plus hauts sommets des Alpes occidentales, notamment sur la face nord du Cervin, où la pluie est tombée à plus de 4 000 mètres d’altitude.
Fusion accélérée de la neige, de la glace et du pergélisol
La fonte intense du manteau neigeux sur le Mont-Blanc alimente les torrents alpins avec plusieurs semaines d’avance, tandis que les glaciers enregistrent déjà, dès le début de la saison, des taux d’ablation typiques du plein été. Ces conditions extrêmes s’inscrivent dans le sillage d’une tendance désormais bien établie qui touche depuis des décennies le toit de l’Europe et qui, selon les experts, modifie profondément son paysage glaciaire.
Les mesures effectuées dans la Vallée d’Aoste indiquent des reculs de la surface glaciaire pouvant atteindre entre 3 et 5 centimètres par jour pendant les périodes les plus chaudes. Parallèlement, la température du pergélisol augmente également : ce sol gelé en permanence « scelle » de nombreuses parois rocheuses de haute altitude, dont le dégel progressif accroît l’instabilité des versants et favorise les glissements de terrain et les chutes de pierres.
Le Mont-Blanc, un système glaciaire de plus en plus fragile
Le Massif du Mont-Blanc abrite environ 65 glaciers, répartis entre l’Italie, la France et la Suisse, qui couvrent au total environ 170 kilomètres carrés, ce qui en fait le plus vaste ensemble glaciaire des Alpes occidentales. Au cours des 20 dernières années, selon les glaciologues français, l’ensemble de l’arc alpin a déjà perdu environ un tiers de son volume de glace, tandis que son sommet emblématique enregistre un amincissement de plus en plus marqué, même à des altitudes supérieures à 4 000 mètres.
Après le minimum historique enregistré en 2023, lorsque la calotte sommitale était descendue à 4 805,59 mètres en raison du manque de neige accumulée, la mesure officielle effectuée en décembre 2025 a ramené l’altitude à 4 807,30 mètres. Cela ne signifie toutefois pas que le glacier se reconstitue, car la hauteur du sommet varie principalement en fonction de l’accumulation de neige et du vent, tandis que le bilan glaciaire du massif reste fortement négatif.
La Mer de Glace continue de perdre du volume
L’un des symboles de cette transformation lente mais inexorable du Mont Blanc reste la Mer de Glace, le plus grand glacier de son versant français, dont la longueur atteint environ sept kilomètres. Les dernières analyses de Legambiente datant de fin 2024 montrent un recul impressionnant qui, depuis la fin du Petit Âge glaciaire, dépasse les 2,7 kilomètres, tandis qu’à proximité de la gare de Montenvers, l’épaisseur de la glace a diminué d’environ 300 mètres.
La phase la plus critique a débuté dans les années 1990, lorsque le glacier a perdu environ 190 mètres d’épaisseur, pour enregistrer entre 2022 et 2023 une diminution d’environ 30 mètres. Aujourd’hui, sa superficie est passée sous la barre des 30 kilomètres carrés et continue de diminuer d’année en année, tandis que la couverture de débris rocheux s’épaissit, conséquence de la fonte de la glace et des nombreux éboulements provenant des parois environnantes.
Les glaciers italiens montrent eux aussi des signes de dégradation
Le Glacier du Miage, le plus grand glacier de vallée italienne du Mont-Blanc, continue de perdre de la masse malgré la couverture de débris qui le caractérise et qui ralentit partiellement sa fonte en été. Les Glaciers de la Brenva, du Brouillard, du Triolet et du Pré de Bar affichent eux aussi depuis des années un recul progressif de leurs fronts et une diminution de leur épaisseur, ce qui correspond à la réduction d’environ un tiers de la surface glaciaire par rapport aux années 1960.
Dans la partie centrale du massif, par ailleurs, le dégel progressif du pergélisol a entraîné une forte augmentation de l’instabilité des parois : depuis 2007, plus de 1 700 éboulements rocheux ont été recensés, avec un pic d’environ 300 événements pour la seule année 2022. Il s’agit là d’une des conséquences directes de la hausse des températures en haute altitude, qui représente un problème de plus en plus critique tant pour les alpinistes que pour les infrastructures de montagne.
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