Les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel mettent en place un groupe d’intervention feux de forêt (GIFF), une structure calquée sur le modèle français et construite en lien étroit avec des centres de formation de sapeurs-pompiers français.
Révélée par Le Temps le 27 juillet 2026, cette coopération transfrontalière s’appuie sur deux conventions de formation signées en 2025 et 2026, alors qu’un détachement romand est actuellement engagé en Gironde pour lutter contre l’incendie aux côtés des pompiers français.
Groupe d’Intervention Feux de Forêts
En France, le groupe d’intervention feux de forêt (GIFF) est l’unité tactique de référence pour la lutte contre les feux de végétation. Il rassemble dix-huit sapeurs-pompiers autour d’un véhicule de liaison tout-terrain et de quatre camions-citernes feux de forêt. Standardisée sur tout le territoire français, cette organisation permet par exemple à un groupe venu de Bretagne ou d’Alsace de s’intégrer à une colonne de renfort dans le Sud, sans rupture de commandement ni de méthode.
C’est ce même langage opérationnel que les cantons romands cherchent à adopter, afin que leurs équipes puissent s’insérer directement dans un dispositif français et vice-versa en cas d’incendie. Cette démarche s’inscrit dans la construction d’une doctrine de secours commune entre les deux pays voisins.
Un besoin identifié dès 2022
Le projet trouve son origine dans l’incendie d’un champ de neuf hectares survenu à Genève en juillet 2022 et qui a été éteint grâce à l’aide de pompiers venus du département de l’Ain.
Les membres du commandement opérationnels genevois avaient alors constatés un écart sur la qualité de la formation des pompiers et sur les moyens engagés. Une situation qui s’explique notamment par la fréquence bien plus régulière d’incendies en France et par l’expérience de lutte contre le feu acquise par les pompiers français depuis la seconde moitié du 20ème siècle. C’est aussi la capacité française d’intervention massive sur un incendie qui a motivé la décision des cantons.
Ainsi, depuis 2022, plusieurs cantons romands collaborent avec les services français pour développer des doctrines communes et former des pompiers spécialisés dans les incendies de forêt. Vaud, Genève et Neuchâtel travaillent désormais à une capacité commune de lutte contre les feux de forêt.
Deux conventions avec des centres français
La première convention a été officialisée le 15 mai 2025 à Berne, entre l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosp, Aix-en-Provence) et trois partenaires suisses, l’ECA Vaud, l’ECAP Neuchâtel et le Groupement SIS Genève. Conclue pour quatre ans, la convention organise l’échange de cadres supérieurs et prévoit des formations réciproques.
La seconde convention a été signée le 22 avril 2026 à Lausanne, cette fois avec l’Entente Valabre, l’école d’application de sécurité civile basée près d’Aix-en-Provence.
Pour les pompiers romands, en plus de la coopération transfrontalière, c’est aussi un modèle de coordination intercantonale qui permet de mutualiser les compétences.
Une montée en compétences réciproque
Les épisodes de sécheresse et la progression du risque d’incendie vers le nord de l’Europe rendent cette préparation de plus en plus nécessaire, y compris pour la Suisse où les incendies de grande ampleur restent rares pour l’instant. Cependant, il est évident que l’ampleur de certains feux rendent impossible l’intervention d’une seule unité, d’où le besoin de coopération des services français et romands.
Les pompiers suisses sont aussi amener à intervenir en France, dans le cadre de la poursuite de la formation et de la prise d’expérience. Les pompiers romands interviennent sous le commandement des autorités françaises, avec des moyens adaptés principalement aux feux de lisière et aux interventions de protection. Ces derniers ne pénètrent pas au cœur des incendies les plus violents mais complètent le dispositif français, fort d’une expérience plus ancienne des grands feux de forêt.
Un détachement romand actuellement mobilisé en Gironde
Très concrètement, la coopération se traduit encore cet été en France après des interventions qui ont lieu en 2022 et 2023. Le territoire français est actuellement marqué par plusieurs incendies dans les Hautes-Alpes, en Corse ainsi que le plus important en Gironde. Au moment où ces lignes sont écrites, plus de 42 000 hectares ont brûlé dans la région de Bordeaux, soit l’équivalent de 58 800 stades de football.
Depuis le 25 juillet, un détachement de 34 sapeurs-pompiers sous la conduite du Service d’incendie et de secours de Genève (SIS) protège les alentours de Bordeaux. Prévue sur une dizaine de jours, la mission pourrait durer deux fois plus longtemps. La France a déjà demandé un second détachement romand pour relever les équipes en place en août.
En parallèle, deux hélicoptères Super Puma suisses appuient la lutte contre le feu dans le Var depuis le 28 juillet, tandis que trois autres appareils et une vingtaine de spécialistes ont été envoyés vers la Corse pour une mission de sept jours.
LIRE AUSSI: Incendie dans le Parc national des Écrins, le feu est « fixé », des foyers restent actifs










