Sur le Monviso, les températures en haute altitude ne sont jamais descendues à zéro degré entre le 10 juin et le 10 septembre 2026 à la station Arpa située à plus de 3 300 mètres d’altitude, tandis que les récents éboulements ont ravivé les inquiétudes quant à la stabilité des parois rocheuses.
La Région du Piémont a réuni la première «Table ronde du Monviso » afin d’approfondir les causes des éboulements, de renforcer la surveillance et d’évaluer de nouvelles mesures pour la sécurité et la fréquentation du massif.
Ce phénomène touche l’ensemble de l’arc alpin, et il existe plusieurs exemples de systèmes de surveillance en France, en Suisse, en Autriche et dans d’autres localités alpines italiennes, comme dans le Trentin ou le Frioul.
Deux éboulements sur les parois du Monviso
Les deux incidents les plus récents se sont produits le 1er septembre sur le versant nord-est et dans la nuit du 13 au 14 septembre aux Torrioni Sari, sur le versant sud. Des éboulements avaient déjà été signalés en 2019 et en 2023, mais la succession des derniers événements a incité la Région à considérer le massif dans son ensemble et à évaluer l’exposition des différents itinéraires de randonnée et d’alpinisme.
Selon l’Arpa Piémont, le stress thermique est un facteur probable des récents éboulements, tandis que la dégradation du pergélisol a pu contribuer à l’instabilité d’un massif rocheux déjà fortement fracturé. Ce lien ne peut toutefois pas être établi automatiquement : chaque éboulement doit être analysé en fonction des caractéristiques géologiques locales et des données disponibles.
D’autres relevés sont donc prévus pour évaluer l’ampleur et la dynamique des éboulements et identifier d’éventuelles autres zones exposées.

Le pergélisol : vingt ans d’observations
L’Arpa Piemonte étudie le pergélisol alpin depuis 2006. Le réseau régional comprend cinq stations permanentes équipées d’instruments placés en profondeur dans la roche et 122 capteurs mesurant les températures superficielles du sol et des parois.
Le pergélisol est un sol ou une roche dont la température reste égale ou inférieure à zéro degré pendant au moins deux années consécutives. Lorsqu’il se réchauffe, la glace présente dans les fissures peut diminuer et les conditions mécaniques de la roche changent : c’est l’un des processus susceptibles de favoriser l’instabilité, mais ce n’est pas le seul.
Au pied du Mont Viso, dans le « Buco di Viso », à environ 2 880 mètres d’altitude, l’Arpa mesure en continu depuis 2017 la température de l’air et de la roche. Cette surveillance s’ajoute à celle des glaciers : en 2025, 110 des 161 masses glaciaires piémontaises ont été observées et les limites cartographiques de 150 glaciers ont été mises à jour, ce qui représente 93 % de la superficie glaciaire régionale.
Sécurité et accès au massif
La Table ronde du Monviso ne porte pas uniquement sur les conditions géologiques. L’augmentation de la fréquentation pose également un problème de gestion des accès et de préparation des randonneurs.
Selon les données présentées lors de la réunion, environ 200 personnes ont atteint le sommet le week-end dernier ; le « Giro del Viso » enregistre environ 40 000 randonneurs, tandis que dans la zone autour de la montagne, on estime au total environ 200 000 passages. Au cours des trois dernières années, les secours en montagne ont effectué plus d’une centaine d’interventions, dont près de la moitié concernait des personnes qui s’étaient égarées.
Parmi les hypothèses à l’étude figurent donc une signalisation plus efficace, une meilleure répartition des flux sur le réseau de sentiers et d’éventuels accès alternatifs aux refuges. La possibilité d’étudier un itinéraire alternatif vers le refuge Quintino Sella a notamment été évoquée. Si nécessaire, des restrictions temporaires pourront également être envisagées.
Du Monviso aux Alpes piémontaises
La Table ronde pourrait devenir une instance permanente dédiée à la résilience des Alpes piémontaises, intégrée àl’Observatoire régional sur le changement climatique. La prochaine étape est prévue le 22 septembre avec la table ronde du Mont Rose, où le contexte présente certaines différences car, outre les sentiers et les activités alpines, les glaciers, les agglomérations, les remontées mécaniques et les infrastructures entrent en jeu.
La Région, l’ARPA, les universités et les centres de recherche devront désormais transformer les données collectées en recommandations opérationnelles. L’objectif fixé est de parvenir, au début du printemps 2027, à un premier bilan commun sur les connaissances disponibles, les scénarios futurs et les mesures d’adaptation possibles.
Des températures élevées dans toutes les Alpes
Les données du Monviso s’inscrivent dans la lignée des signaux observés ces dernières années dans d’autres zones alpines, même si les indicateurs utilisés ne sont pas directement comparables.
En Suisse, la limite zéro a atteint un record de 5 298 mètres le 21 août 2023; en 2025, il s’est élevé à près de 5 125 mètres dès le 28 juin et les valeurs les plus élevées de la série suisse se concentrent entre 2022 et 2025. Dans les Alpes suisses, le rapport sur la cryosphère publié en juillet 2026 signale en outre que les températures du pergélisol en profondeur restent proches des maximums et que de nouveaux records ont été enregistrés dans 70 % des puits de surveillance situés à 10 et 20 mètres.
Du côté français, Météo-France a classé l’été 2026 comme le plus chaud en France depuis le début des relevés en 1900, avec une température moyenne saisonnière supérieure de 3,6 degrés à la norme 1991-2020. Il s’agit de mesures différentes, mais elles indiquent toutes une exposition croissante de la haute montagne à des périodes de chaleur prolongée.
Le projet lancé sur le Mont Viso s’inscrit dans un réseau d’observation qui couvre désormais une grande partie des Alpes occidentales. Dans la Vallée d’Aoste, la « Cabina di Regia dei Ghiacciai » coordonne depuis des années les organismes scientifiques et les acteurs de la montagne, tandis qu’en juillet 2026, l’Arpa a installé une nouvelle station météorologique à 3 800 mètres d’altitude sur le Cervin et étend actuellement la surveillance de la température des parois rocheuses.
Les Alpes orientales et la coopération transfrontalière
Dans le Trentin, le Service géologique provincial suit depuis plus de vingt ans le pergélisol et les glaciers rocheux, tandis que l’ARPA Lombardie surveille les glaciers et l’accumulation de neige et que l’ARPAV observe l’évolution des glaciers des Dolomites et du pergélisol. Des réseaux similaires sont en place dans le Tyrol du Sud et dans les Alpes juliennes. Au niveau national, la Fondation glaciologique italienne a observé près de deux cents glaciers en 2025, tandis qu’un groupe d’experts de la Protection civile, mis en place après l’effondrement de la Marmolada, s’efforce d’harmoniser les procédures de surveillance des risques glaciaires et périglaciaires le long de l’arc alpin.
À ces réseaux s’ajoutent de nouveaux projets transfrontaliers tels que Prév-Risk CC entre la Vallée d’Aoste et la Haute-Savoie et CRYO-ADAPT entre la France et la Suisse, qui visent à transformer les données sur le réchauffement du sol en outils permettant d’évaluer les risques, l’accessibilité et la stabilité des infrastructures de haute montagne. On peut citer, entre autres, le projet Interreg Italie-Autriche FROST.INI, qui étudie la dégradation du pergélisol et les risques pour les versants et les infrastructures, tandis que WATERWISE, dans le cadre d’Interreg Alpine Space, analyse, entre la Suisse et l’Autriche, les effets des glaciers, de la neige et du pergélisol sur les ressources en eau alpines.
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