La crise climatique de cet été 2026 ne se contente pas de laisser dans son sillage des records météorologiques, des incendies et des problèmes de sécheresse et d’approvisionnement en eau mais elle risque également d’avoir des répercussions sur les prix des biens de consommation courante. Cette longue période de températures élevées et de précipitations insuffisantes pourrait en effet réduire la production agricole et compliquer les transports et l’approvisionnement, ce qui pourrait à son tour constituer une nouvelle source d’inflation.
La situation climatique en Europe et en Italie
En Europe comme dans Nos Alpes, le mois de juin de cette année s’est avéré être le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, avec une température moyenne supérieure de +3,06 degrés à la moyenne de la période 1991-2020. Le mois de juillet, quant à lui, le deuxième plus chaud depuis le début des relevés, a également confirmé des conditions exceptionnellement chaudes et sèches (+1,47 degré), accompagnées d’une forte propagation des incendies.
En Italie, la vague de chaleur a aggravé la sécheresse dans les régions bordant la plaine du Pô, tandis que les réserves d’eau ont atteint des niveaux particulièrement bas, y compris dans le Bassin du Pô. Dans le secteur rizicole, l’un des secteurs agricoles les plus exposés, certains producteurs ont été contraints de renoncer à une partie de leurs surfaces cultivées afin de préserver le reste de la récolte.
Des cours d’eau en baisse, des transports plus coûteux : le cas du Rhin
La logistique est l’un des canaux par lesquels la crise climatique peut se répercuter sur les prix, car la diminution du débit des grands fleuves rend plus difficile le transport de marchandises par les voies navigables intérieures. Sur le Rhin – qui, depuis les Alpes suisses (Canton des Grisons), traverse le Liechtenstein, l’Autriche, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas -, lorsque le niveau baisse trop, les péniches doivent réduire leur chargement ou interrompre la navigation.
Or, ce fleuve constitue l’une des principales artères européennes et est largement utilisé pour le transport, notamment de produits agricoles mais aussi de matières premières, de combustibles et de produits industriels. Lorsque le moyen fluvial perd en efficacité, les marchandises peuvent être acheminées par chemin de fer ou par route, ce qui entraîne des coûts plus élevés pouvant ensuite se répercuter sur les prix finaux.
La sécheresse touche les champs en France
L’agriculture constitue toutefois le secteur où le lien entre la crise climatique et les prix apparaît le plus direct, car le manque d’eau et la hausse des températures peuvent réduire les rendements, compromettre la qualité et augmenter les coûts d’irrigation. Le président de l’interprofession française des fruits et légumes Interfel, Daniel Sauvaître, a évoqué des tensions au niveau de l’approvisionnement et une disponibilité moindre qui modifient l’équilibre entre l’offre et la demande.
En France, par exemple, les cultures maraîchères ont été lourdement touchées par les vagues de chaleur et les cultures non irriguées ont subi des pertes importantes, avec des hausses qui, début août, ont doublé le coût de certaines variétés de laitue. Cette situation a également touché le maïs (-35%) et le blé (-4,3%) ainsi que les prairies destinées au pâturage et à la production de fourrage pour le bétail, sans oublier les alpages dédiés à l’élevage bovin, ovin et caprin.
La nouvelle « inflation climatique »
C’est dans ce contexte qu’intervient le concept de « climateflation » ou « inflation climatique », c’est-à-dire la hausse des prix provoquée par les effets physiques du changement climatique sur l’économie. Inventé en mars 2022 par Isabel Schnabel de la Banque Centrale Européenne, ce terme désigne les augmentations des coûts des denrées alimentaires et des matières premières causées directement ou indirectement par les impacts physiques du réchauffement climatique.
Les températures extrêmes, les sécheresses, les incendies et les précipitations anormales peuvent en effet réduire la quantité de biens disponibles, perturber les chaînes logistiques ou augmenter les coûts de production. Ces effets sont particulièrement marqués dans le secteur alimentaire et peuvent persister pendant des mois : c’est le cas de la canicule exceptionnelle de l’été 2022, qui a ajouté environ +0,67 point de pourcentage à l’inflation alimentaire européenne.
Selon Oxford Economics, l’inflation alimentaire dans la zone euro pourrait passer de 1,6%, enregistrée en juin 2026, à environ 3% en 2027, les conditions météorologiques pouvant y contribuer à hauteur d’un point de pourcentage. Il s’agit d’une dynamique différente de celle d’un choc immédiat sur les carburants, car une récolte compromise ne se fait sentir qu’à moyen ou long terme, lorsque la production disponible diminue et que les stocks sont épuisés.
Italie, France et Suisse : comparaison de trois situations
En Italie, la sécheresse touche d’importantes zones de production de la Plaine du Pô et le secteur rizicole figure parmi les plus exposés à la pénurie d’eau, une situation qui s’ajoute à des coûts énergétiques et de production déjà élevés. Pour 2026, le taux d’inflation alimentaire s’élevait à 1,8% en juin, mais les prévisions du marché indiquent une remontée possible vers 2% en 2027, estimations qui ne tiennent toutefois pas compte uniquement de l’effet de la chaleur.
La France, quant à elle, est confrontée à des dégâts agricoles particulièrement importants, avec des pertes considérables sur les cultures maraîchères non irriguées et des répercussions de la crise climatique déjà observables sur les prix de certains produits frais. Le Gouvernement français a annoncé qu’une évaluation précise de la situation et la définition d’éventuelles aides nécessiteraient des données plus complètes, attendues d’ici la fin du mois d’août.
La Suisse est elle aussi confrontée à une saison particulièrement sèche, qui, dès le printemps, avait entraîné une baisse du niveau de plusieurs rivières et lacs et mis de nombreuses exploitations agricoles sous pression. Les autorités cantonales du Tessin, par exemple, ont complété les interventions d’urgence par une stratégie d’investissements et de conseil visant à renforcer la résilience des professionnels face aux phénomènes météorologiques extrêmes.
En matière d’aides, l’Union Européenne a prévu en juillet 2026 un programme de 540 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs les plus touchés par la hausse des coûts des engrais et de l’énergie. À ce titre, environ 45,6 millions d’euros ont été alloués à l’Italie et 107,1 millions d’euros à la France, ce qui représente la contribution la plus élevée de l’ensemble de cette mesure d’urgence.
Au-delà de l’alimentation
Les difficultés économiques déclenchées par la crise climatique ne se limitent toutefois pas aux seuls secteurs alimentaires mais touchent également la production d’énergie, la navigation fluviale, l’industrie et le bâtiment. Une étude coordonnée par l’École polytechnique de Milan et le Centre euro-méditerranéen sur le changement climatique (CMCC) a révélé que les conséquences économiques pourraient perdurer pendant plusieurs années, l’industrie manufacturière et le secteur de la construction étant susceptibles d’en subir les répercussions les plus persistantes.
En appliquant ces résultats à une précédente sécheresse pluriannuelle en Europe, les chercheurs estiment que la baisse cumulée de la croissance du PIB par habitant pourrait atteindre -5,23% dans un scénario de réchauffement climatique de +2 degrés. La BCE s’est jusqu’à présent abstenue de réagir à ces épisodes à l’aide d’instruments monétaires, mais leur fréquence et leur intensité accrues pourraient rendre plus difficile la distinction entre une hausse temporaire des prix et une pression appelée à se reproduire.
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