Le premier colloque «Pour une Suisse véritablement plurilingue » a été organisé le 27 août à Berne, à la Haute école spécialisée, par le Forum du bilinguisme.

Plus de deux cents personnes issues des milieux politiques, de l’administration, de l’enseignement, de l’économie, des médias et de la culture s’y sont réunies pour discuter du modèle linguistique suisse et, au fond, de l’identité nationale.

L’idée était d’élaborer une série de recommandations en vue d’un manifeste qui sera diffusé en 2027.

Quatre langues nationales en Suisse

Au cours des interventions et des ateliers organisés au siège de la Haute école spécialisée (BFH – Berner Fachhochschule), juste à côté du Palais fédéral, des interventions ont été prononcées dans les quatre langues de la Suisse : le français, l’allemand, l’italien et le romanche. Cet événement a eu lieu à l’occasion du trentième anniversaire du Forum du bilinguisme, créé à Bienne en tant qu’association en 1996 : à l’époque, la ville s’était dotée d’un statut bilingue.

Les discussions ont porté sur l’enseignement scolaire, les langues dans l’économie et les médias, les conséquences de l’intelligence artificielle, la formation et les échanges entre régions linguistiques. Pour la Suisse, il s’agit d’une question centrale, y compris sur le plan politique: le plurilinguisme en tant que pratique quotidienne et non seulement en tant que principe.

Le président du gouvernement bernois, Pierre Alain Schnegg, a déclaré que l’ « on n’apprend pas une langue pour en maîtriser la grammaire, mais pour la parler. » La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, responsable du Département fédéral de l’intérieur (qui est en charge en la matière), a réaffirmé l’engagement du Conseil fédéral en faveur des langues nationales. Pour Baume-Schneider, l’apprentissage d’une deuxième langue nationale à l’école primaire est un élément clé de la politique linguistique (qui est d’ailleurs politique au sens propre) de la Confédération.

Certains cantons germanophones suppriment le français de l’école primaire

Le colloque s’est tenu alors que des cantons germanophones remettent en question l’enseignement précoce du français. Au cours des deux dernières années, des initiatives politiques et des décisions prises dans les cantons de Zurich, Saint-Gall, d’Appenzell Rhodes-Extérieures, de Schaffhouse et de Schwyz ont demandé ou mis en œuvre l’abandon de l’enseignement de la deuxième langue nationale (c’est-à-dire principalement le français) à l’école primaire, pour ne le maintenir qu’au niveau du secondaire.

Le 19 septembre 2025, le Conseil fédéral a dû intervenir et a déclaré que l’abandon du modèle convenu entre les cantons (un « compromis » de 2004, comme nous le verrons ci-dessous) – qui prévoit justement l’enseignement de la deuxième langue nationale dès l’école primaire – pourrait mettre en péril «l’harmonisation de l’école obligatoire ». Le Département fédéral de l’intérieur, dirigé par Baume-Schneider, prépare donc une modification législative fédérale visant à protéger l’enseignement plurilingue à l’école primaire.

Une consultation pour la loi fédérale

La consultation sur la proposition législative, comme c’est le cas en Suisse, a été lancée le 12 juin 2026 et s’achèvera le 5 octobre.

Une première variante propose d’inscrire dans la loi fédérale deux langues supplémentaires à l’école primaire, une langue nationale suisse et l’anglais. Une deuxième variante ne mentionne pas d’autres langues et prévoit l’enseignement de la deuxième langue nationale suisse à l’école primaire ainsi que la poursuite de cet enseignement jusqu’à la fin de la première partie du secondaire. Les cantons peuvent ensuite s’organiser de manière autonome pour les autres aspects du programme scolaire.

L’intervention de la Confédération reste toutefois en quelque sorte liée aux prochaines décisions cantonales, et la consultation est aussi un moyen de pression politique. Si les cantons maintiennent le compromis actuel (avec la deuxième langue, généralement nationale, à l’école primaire), le Conseil fédéral renoncera à présenter la modification de la loi au Parlement. Si, en revanche, l’accord venait à être rompu, Berne pourrait invoquer l’article 62 de la Constitution, qui prévoit une intervention fédérale lorsque les cantons ne parviennent pas à harmoniser certains éléments fondamentaux de l’école obligatoire.

Un compromis de 2004 et HarmoS en 2007

Cette question, qui revêt une importance politique et concerne la cohésion fédérale, a déjà fait l’objet de débats. Le 25 mars 2004, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique est parvenue à un compromis après une période de vives divergences concernant l’âge scolaire d’introduction des langues.

Le document approuvé en 2004 prévoyait que, d’ici à l’année scolaire 2012-2013, tous les cantons introduisent deux langues à l’école primaire : une deuxième langue nationale et l’anglais. La première devait être enseignée au plus tard à partir de la troisième année de primaire et la seconde à partir de la cinquième, tandis que l’ordre d’introduction était coordonné au niveau régional.

Dans les cantons romands, on commençait généralement par l’allemand ; en Suisse centrale et orientale, en revanche, par l’anglais, tandis que dans d’autres cantons germanophones, le français précède l’anglais. Ce compromis n’a pas mis fin au débat sur l’ordre et l’âge d’introduction des langues.

Le concordat HarmoS, adopté en 2007 et entré en vigueur en 2009, a ensuite transformé ces principes en un accord intercantonal contraignant pour les cantons qui y ont adhéré. L’article 4 du concordat stipule qu’une deuxième langue nationale et l’anglais doivent être enseignés à l’école primaire et que l’apprentissage de la première langue étrangère doit commencer au plus tard en cinquième année et celui de la deuxième au plus tard en septième année ; l’ordre est coordonné au niveau régional.

Une nouvelle bataille dès 2016

En 2016, face à de nouvelles initiatives dans les cantons germanophones visant à reporter l’enseignement de la deuxième langue nationale après l’école primaire, le Conseil fédéral a mis en consultation trois modifications possibles de la loi sur les langues. L’une prévoyait le début de l’enseignement de la deuxième langue nationale au moins deux ans avant la fin de l’école primaire, une autre reprenait intégralement le modèle convenu entre les cantons et une troisième se limitait à stipuler que l’enseignement de la deuxième langue nationale suisse devait commencer pendant l’école primaire.

La Confédération a toutefois renoncé à se battre. Le 16 décembre 2016, le Conseil fédéral a conclu que les conditions pour une réglementation fédérale n’étaient pas encore réunies, mais a chargé le Département fédéral de l’intérieur de réexaminer la situation si un canton s’écartait de manière substantielle de la solution harmonisée.

Dix ans plus tard, la question reste d’actualité.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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