Pierre-Joseph Dayné est un nom peu connu dans l’histoire des guides de montagne de la Vallée d’Aoste, malgré sa participation, au début du XX siècle, à l’expédition antarctique française dirigée par Jean-Baptiste Charcot. C’est précisément cette expérience et la relative méconnaissance de ce personnage qui constituent le point de départ de l’ouvrage « Le serveur du ciel » (en originel « Il servitore del cielo »), écrit par Luigi Armando Ferrario et publié chez Le Château Edizioni en 2018.
Il est clair que les informations disponibles sur cet explorateur valdôtain sont rares, à l’exception de cet essai et d’une étude de l’Université de la Vallée d’Aoste consacrée au journal de l’explorateur. Cette dernière le présente comme le seul italien de l’équipage et rappelle son rôle dans les activités d’alpinisme menées au cours du voyage, soulignant à quel point sa figure est restée méconnue malgré l’importance de ce qu’il a vécu.
De la Vallée d’Aoste à l’Antarctique
Né en 1865, Dayné a fait ses armes dans les montagnes valdôtaines de la Valsavarenche, dans un climat marqué par des températures rigoureuses et des hivers rigoureux ainsi que dans un environnement naturel parsemé de sommets difficiles et de parois escarpées. Avant de se tourner vers le continent antarctique, il acquiert de l’expérience dans les Alpes, en participant à des ascensions et en s’attaquant à certaines voies alors considérées comme particulièrement difficiles.
Le tournant décisif survient toutefois avec l’expédition organisée par Jean-Baptiste Charcot entre 1903 et 1905, qui l’oblige à se confronter à un environnement très différent de celui dans lequel il a acquis son expérience. Les sources universitaires le désignent non seulement comme participant au voyage mais aussi comme l’un des protagonistes des premières activités d’alpinisme menées sur les sommets antarctiques.
Le Dayné Peak, un sommet de l’Île Wiencke culminant à environ 730 mètres et situé dans la partie occidentale de la Péninsule antarctique, auquel il a donné son nom lors de cette mission, rappelle aujourd’hui encore son passage.
Un journal intime, petit mais précieux
L’un des aspects les plus curieux de l’histoire de Pierre-Joseph Dayné est son journal intime, dans lequel il consigne son expérience lors de l’expédition antarctique de Charcot. Ce texte, rédigé d’une écriture minuscule, présente également des particularités linguistiques, notamment l’utilisation d’un français marqué par des influences du franc-provençal et de l’italien.
La difficulté d’interprétation du manuscrit est l’un des éléments qui ont conduit Annalisa Mattiauda à l’étudier dans le cadre universitaire dans sa thèse intitulée « Pierre Dayné, scripteur maladroit : analyse du journal de bord (1903-1904) ». Le regard de Ferrario est en revanche différent, car il associe aux informations historiques disponibles et à la biographie documentaire au sens strict des passages relevant de la fiction et de l’imagination narrative.
Le retour dans la Vallée d’Aoste comme nouveau départ
Ferrario choisit de concentrer son récit principalement sur la période qui suit l’expédition, l’été 1905, qui marque le retour de Dayné dans la Vallée d’Aoste, où l’homme est accueilli publiquement après son exploit antarctique. À partir de là, le roman passe du récit de l’exploration à la transformation personnelle du protagoniste et à la manière même dont il envisage sa propre existence.
L’intérêt de l’ouvrage réside également dans la question de savoir ce qui peut arriver à un homme après son retour d’une expérience si éloignée du quotidien de sa communauté. Il peut donc être lu à deux niveaux, soit comme une occasion de découvrir un personnage peu connu de l’histoire de l’exploration polaire soit comme une interprétation littéraire de ce qui a pu se passer après son retour au pays.
Entre histoire et fiction
Luigi Armando Ferrario est né à Mathi (Turin) en 1962, il est diplômé en sciences politiques et a exercé une activité professionnelle dans le secteur du conseil financier, puis dans celui des ressources humaines et des relations syndicales. Il est membre académique du Groupe italien des écrivains de montagne, à lequel est liée une partie de son œuvre littéraire, qui comprend, outre « Le serveur du ciel », des titres tels que « L’homme de Mozia » (« L’uomo di Mozia »), « Cendre dans la terre de la mousse » (« Cenere nella terra del muschio ») et « Settarme ».
Cette tendance à osciller entre littérature et culture de la montagne ressort clairement de son essai sur Pierre-Joseph Dayné, qui s’appuie sur des faits documentés autour desquels se construit un univers imaginaire pour le personnage principal. Cette distinction est importante, compte tenu précisément du peu d’informations disponibles aujourd’hui sur l’explorateur ainsi que du nombre limité d’études biographiques consacrées au guide valdôtain et à sa contribution aux explorations antarctiques.
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