Dans le nord des Hautes-Alpes la préparation des futurs Jeux Olympiques Alpes 2030 s’accélère via le sujet de la mobilité et de l’accessibilité des futurs sites Olympiques du ski freestyle et du snowboard.
Jean Castex, ancien Premier ministre français et PDG du groupe SNCF a fait le déplacement à Briançon, pour lancer en quelque sorte, les futurs travaux de la ligne des Alpes Marseille-Briançon.
On parle ici de 342 millions d’euros, 159 km de voies renouvelées entre Briançon et Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), 6 gares réaménagées, 108 ouvrages régénérés (tunnels, ponts, talus), 53 aiguillages remplacés, réouverture de deux points de croisements, signalisation modernisée, une heure de gagnée… Le chantier qui débutera en 2027 et pour deux années, s’annonce pharaonique, pour une ligne délaissée il est vrai, depuis plus de trente ans et « qui aurait pu disparaître si nous n’avions rien fait » a souligné Jean Castex en gare de Briançon.
L’ancien Premier ministre a notamment insisté sur l’ampleur de ces travaux hors normes, « qui permettront de revitaliser et désenclaver tout un département et notamment le briançonnais qui s’apprête à accueillir les épreuves freestyle des Jeux Olympiques d’hiver en 2030 ». Le PDG du groupe SNCF a d’ailleurs noté que la ligne rénovée et renforcée « permettra de renforcer et de valoriser l’attractivité de tout un territoire », en le « rendant plus accessible ».
Le pari du désenclavement par le train

« Grâce aux Jeux, nous allons faire en trois ans ce que nous n’avons pas réussi à faire en 15 ans », s’est félicité Arnaud Murgia, maire de Briançon, président de la communauté de communes du Briançonnais et vice-président du Conseil départemental des Hautes-Alpes.
Insistant aussi sur les cassandres qui pensaient que jamais cette ligne, pourtant essentielle, ne serait modernisée. « Cette ligne est essentielle pour désenclaver le briançonnais et tout le nord du département. Elle est essentielle pour nos déplacements, pour nos enfants, pour nos jeunes, pour qu’ils puissent se rendre à l’université à Aix-en-Provence, et elle est essentielle pour l’économie de nos territoires et les échanges avec Marseille mais aussi vers les autres régions, Auvergne Rhône-Alpes ou Paris ».
Renaud Muselier, président de la Région Sud (pour encore quelques mois) et vice président des Régions de France était lui-aussi présent pour la présentation du projet, et l’accueil de Jean Castex. « Il était essentiel dans le cadre de la candidature de la Région pour les Jeux Olympiques, de tout faire pour rénover et sauver cette ligne. Et nous l’avons fait ! a déclaré Renaud Muselier, « C’est le symbole d’un territoire qui va s’unir et un des futurs héritages des Jeux ».
La Région PACA, autorité organisatrice des transports, est aussi le principal financeur des travaux sur la ligne, avec l’État, via le volet mobilité du Contrat de Plan État-Région (CPER) signé en 2023 et amendé et précisé en octobre dernier. Chaque partie État et Région s’engage en effet sur 150,5 M€, les autres collectivités (Métropole Aix-Marseille, Conseils départementaux, communes) devant abonder à hauteur de 41 M€ pour différents aménagements liés directement à leur territoire, et concernant plus précisément les gares.
Aujourd’hui et Demain…

Briançon a ceci de particulier d’être non seulement en bout de Région Sud, mais aussi en bout de Département des Hautes-Alpes, et en bout de ligne ferroviaire ! Ancienne ville de garnison située à la frontière avec le Piémont, Briançon a accueilli son premier train en 1884, avec une ligne en double voie. Malheureusement la seconde voie est démontée en 1943, et depuis la ligne est en voie unique sur une grande partie du parcours. Cela engendre des problèmes de croisement, les trains attendent 15 voire 30 minutes parfois, en gare de Gap, d’Embrun ou de Veynes…
Par ailleurs, faute d’investissement la ligne est l’une des dernières de France à ne pas être électrifiée, les locomotives fonctionnent donc au diesel. Ce qui engendre un certain nombre de problèmes.
Ainsi de 3h30 pour la liaison Briançon-Marseille dans les années 80 et 90, on atteint aujourd’hui 4h40 pour la liaison la plus rapide.
Tout l’enjeu des travaux programmés, et qui font l’objet d’une procédure de concertation citoyenne sur internet, avant une enquête publique à l’automne (voir lien ci-dessous) est donc de réduire les différents temps de parcours, et de revenir à 3 h 40 entre Briançon et Marseille. Ou encore, comme l’a souligné Camille Galtier, maire de Manosque et Président de la communauté d’agglomération Durance-Luberon-Verdon Agglomération, « 30 minutes pour rejoindre Aix-en-Provence ou une heure pour se rendre à Marseille, ce qui est essentiel pour notre territoire ». Ajoutant, « qu’une fois ces travaux réalisés ils seraient très heureux d’envoyer les enfants du territoire en vacances d’été dans le briançonnais ».
D’ici aux jeux, nouveau matériel, nouvelles performances
Selon les données fournies par la SNCF, la rénovation de la ligne permettra une augmentation de la fréquentation de 40 %, d’une façon globale, mais 94 % sur le Marseille-Briançon (soit 29 000 voyageurs supplémentaires par an) ou encore 58 000 voyageurs supplémentaires entre Gap et Briançon, soit 142 % de plus, ou encore 28 000 voyageurs de plus entre Embrun et Gap mettant ces deux villes à 35 minutes.
« De nouveau matériel, les rames Regiolis, seront aussi mises en circulation et testées rapidement. Les capacités sont quasiment doublées par rapport aux rames qui circulent actuellement, soit 220 places assises par rame », précise t-on à la SNCF Voyageurs.
Pour les 4 semaines des Jeux Olympiques et Paralympiques, l’enjeu est de réussir le report modal de la route vers le rail et de transporter un maximum de voyageurs, d’équipes d’athlètes, de médias, etc. vers des territoires où les routes restent relativement compliquées, surtout l’hiver.
Le nombre de trains régionaux (TER) desservant le site olympique briançonnais pourrait à minima doubler, puisque ce sont des milliers de spectateurs qui sont attendus sur les deux sites de compétitions de Serre-Chevalier et de Montgenèvre, mais aussi sur la futur fan zone.
À titre de comparaison, pour les Jeux de Milan-Cortina, la fan zone de Livigno accueillant les épreuves de freestyle, a eu la visite de plus de 32 000 personnes en 15 jours, et un à deux milliers par épreuve sur les tribunes.
D’autres voies sont en projet

Ainsi outre de nouvelles rames de TER et un nouveau cadencement sur la ligne des Alpes du Sud, d’autres voies sont en projet. Comme la liaison ferroviaire transfrontalière reliant Paris à Milan par Modane et le tunnel du Fréjus aboutissant à Bardonèche puis Oulx, au pied du col de Montgenèvre et de la France (35 minutes en voiture pour rejoindre Briançon).
Aujourd’hui seuls les trains à grande vitesse circulent sur la ligne (TGV et Trenitalia) avec 4 à 6 liaisons par jour. « À l’horizon 2029 la SNCF mettra en service des nouvelles rames TGV à deux niveaux, au lieu d’un niveau aujourd’hui, doublant quasiment les capacités de transport », indique Laurent Guillemette, directeur des grands évènements à la SNCF.
Depuis quelques années plus aucun train régional international ne roule entre les deux territoire, seul un bus de la Città Metropolitana di Torino (avec Extra.To) assure la liaison en bus entre Modane et Oulx. Remettre ce train en service semble une option sérieuse étudiée par la SNCF, mais cela dépend de la Région Auvergne Rhône-Alpes et de la Région Piémont.
Toujours dans l’optique des Jeux Olympiques d’hiver 2030, de même que le briançonnais, tout le haut Val de Suse sera sous les projecteurs, 24 ans après les Jeux de Turin. Surtout que les choses peuvent encore bouger, puisque la carte définitive des Jeux 2030 n’est toujours pas arrêtée (elle le sera fin juin) et Turin est encore dans la course pour accueillir les épreuves de vitesse sur glace. Favoriser, fluidifier, encourager l’accessibilité et les déplacements par Modane, Oulx et Turin est donc vital et essentiel.
LIRE AUSSI: Jeux Olympiques Alpes 2030, de la patience et des incertitudes








