La crise climatique actuelle modifie profondément le territoire alpin et, par conséquent, les activités des professionnels de la montagne, qu’il s’agisse des moniteurs de ski, des gardiens de refuge ou d’autres acteurs. Des hivers plus courts, une diminution de l’enneigement, une augmentation des risques naturels et une fragilité croissante des écosystèmes ont un impact direct sur le travail de centaines d’activités économiques.
C’est dans ce contexte spécifique et en pleine mutation que s’inscrit donc « ProAlp », un projet de coopération transfrontalière relevant du programme européen Interreg France-Italie Alcotra 2021/2027. Celui-ci vise à soutenir les entreprises alpines et les travailleurs indépendants qui sont particulièrement exposés aux conséquences économiques d’un changement climatique auquel ils sont appelés à s’adapter.
Chiffres et statistiques
Selon les estimations de « ProAlp », sur les deux versants des Alpes concernés par l’initiative, environ 30 000 professionnels de la montagne sont impliqués dans des activités de lutte contre la crise climatique et d’adaptation à celle-ci. Parmi eux, on compte 205 entreprises ainsi que plus de 24 500 moniteurs de ski, environ 1 900 guides de haute montagne, 2 700 accompagnateurs de moyenne montagne et environ 500 gardiens de refuge et moniteurs de VTT.
Le projet est notamment piloté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, suivie de près par la Région Sud, la Région Piémont et la Région Vallée d’Aoste. Parmi les partenaires figurent également le réseau savoyard d’acteurs actifs dans le milieu de la montagne dénommé Cluster Montagne, l’Association pour la Formation des Ruraux aux Activités de Tourisme, le pôle de formation piémontais Formont et la Fondation Montagne Sûre.
Le projet dispose d’un budget d’environ 1,94 million d’euros, dont plus de 1,54 million financé par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) ; sur ce montant, la part italienne s’élève à plus d’un million d’euros tandis que la part française s’élève à 911 000 euros.
Analyse, formation et accompagnement
Le projet « ProAlp » s’articule autour de trois axes principaux, dont le premier concerne l’analyse des effets du changement climatique sur les modèles économiques des entreprises alpines et la mise en place d’outils numériques dédiés à la sensibilisation. Parmi ceux-ci figurent, à titre d’exemple, des modules en ligne et des simulateurs d’autodiagnostic conçus pour aider les professionnels de la montagne à évaluer le niveau de vulnérabilité de leurs activités face à la crise climatique.
Le deuxième volet est consacré à l’accompagnement opérationnel des entreprises à travers des services d’ingénierie économique, du mentorat et des parcours de formation ciblés sur la transformation et la diversification de l’offre. Enfin, un troisième axe d’action vise la valorisation des métiers alpins à travers des outils de communication destinés au grand public et des activités d’approfondissement destinées aux décideurs politiques.
Comment les Alpes s’adaptent au changement climatique
Ces dernières années, plusieurs stations alpines ont cherché à réagir à la diminution de l’enneigement et à l’instabilité climatique croissante en diversifiant leur offre et en réduisant leur dépendance aux sports de haute altitude.
L’un des exemples les plus connus est celui de Les Gets (Haute-Savoie, domaine des Portes du Soleil, altitude maximale 2 000 mètres), qui a beaucoup investi dans le tourisme estival et développé une forte identité liée au VTT. Un autre cas souvent cité est celui d’Abondance (Haute-Savoie, altitude maximale 2 420 mètres), qui a fermé ses remontées mécaniques de ski alpin en 2007 pour se tourner progressivement vers la randonnée, le ski nordique, le patrimoine paysager et les productions locales.
Une autre expérience intéressante concerne Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère, 900 mètres), où la diminution de l’enneigement a favorisé le retour à la nature, les activités de plein air, le tourisme lent et les activités culturelles liées au Massif de la Chartreuse. De l’autre côté de la frontière, à Ostana(Piémont, 1 250 mètres), la relance du village est passée davantage par la résidencialité, l’architecture alpine, la culture et le tourisme lent que par le ski.
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