Une cérémonie en rappel de la première réunion du Conseil de la Vallée, l’assemblée parlementaire de la Vallée d’Aoste, s’est déroulée le samedi 10 janvier 2026 à Aoste, dans un cadre institutionnel avec des discours politiques et dans une atmosphère chaleureuse.

La réunion s’est tenue dans la salle où l’Assemblée du Conseil de la Vallée s’est réunie pour la première fois le 10 janvier 1946, après avoir été instituée par un décret de lieutenance du 7 septembre 1945, sur la place de l’Académie de Saint-Anselme. Le président du Conseil régional, Stefano Aggravi, a ouvert la cérémonie en rappelant que « sans cet acte inaugural, l’institution actuelle n’existerait pas ». La première séance de 1946vs’était déroulée en présence de 25 conseillers désignés par le CLN, parmi lesquels des noms aussi importants dans l’histoire du Val d’Aoste que Federico Chabod, Maria Ida Viglino, Severino Caveri et Alexandre Passerin d’Entrèves.

C’est notamment Jean-Joconde Stévenin, figure historique de l’autonomie à l’époque, qui avait suggéré que l’assemblée soit formée de 25 membres. Il y voyait symboliquement la continuation du Conseil des Commis qui, de 1536 à 1560 – période de guerres et de turbulences – a gouverné la Vallée d’Aoste dans une situation d’indépendance et avec un traité de paix signé avec la France en 1537.

L’après-midi, en collaboration avec le FAI (Fonds italien pour l’environnement) Jeunes d’Aoste, des visites guidées ont été organisées dans les espaces du Conseil régional, ouverts au public.

Le Conseil de la Vallée, confiance et ouverture

L’ordre du jour de la première session avait abordé des questions fondatrices : la restauration des toponymes effacés par le fascisme, la reconstitution des communes qui existaient avant 1922, la transparence de l’action publique, la reconstruction économique et sociale, l’enseignement du français et le principe de solidarité. Des thèmes qui, selon Aggravi, ont démontré la confiance « dans les institutions naissantes, dans l’État italien et dans les règles démocratiques », une confiance qui exige aujourd’hui une responsabilité renouvelée de la part de l’assemblée législative.

La cérémonie s’est déroulée en présence de Patrick Chapuis, vice-président du Parlement de la République et Canton du Jura, et de Benoît Dispa, président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Patrick Chapuis a évoqué le partage de valeurs fondamentales telles que la liberté et la solidarité – et a rappelé les Valdôtains présents tout au long du processus d’autodétermination et de la naissance du canton. Benoît Dispa a rappelé que la Francophonie est « un espace de valeurs », ce qui est d’autant plus important dans un contexte mondial marqué par des tensions et des incertitudes, et a souligné l’importance de la collaboration décennale avec le Val d’Aoste.

Les présidents du Conseil valdôtain, Stefano Aggravi, et de la Région Vallée d’Aoste, Renzo Testolin, avec le président de l’Assemblée de la Fédération Wallonie-Bruxelles Benoît Dispa et le vice-président de l’Assemblée du Jura, Patrick Chapuis (C) Conseil régional de la Vallée d’Aoste

Dans la salle, on notait quelques absences : mais il y avait plusieurs maires (mais pas celui d’Aoste), plusieurs autorités, comme le recteur de l’Université de la Vallée d’Aoste, Manuela Ceretta, ou encore les forces de l’ordre et l’administration centrale. En bref, il s’agissait d’une cérémonie centrée sur l’Assemblée régionale, son rôle politique et institutionnel.

L’Assemblée régionale dans un cadre convaincu et participatif

Au cours de la cérémonie, les chefs de groupe du Conseil régional, désormais composé de 35 membres, ont pris la parole. Marco Carrel (Autonomisti di Centro) a appelé à « regarder l’autonomie de demain », tandis que Chiara Minelli (Alliance Verts et Gauche) a rappelé plusieurs étapes politiques de la première phase de l’autonomie, en soulignant sa nature fructueuse. Clotilde Forcellati (PD-Federalisti Progressisti VdA) a attiré l’attention sur la valeur du pluralisme et du courage politique comme fondement de l’autonomie, définie comme « un contrat social ».

Andrea Manfrin (Lega Vallée d’Aoste) a rappelé que, bien que de nature transitoire, le premier Conseil a exercé de véritables fonctions législatives et a joué un rôle déterminant dans l’élaboration du Statut spécial en 1948. Pierluigi Marquis (Forza Italia) a appelé à une vision européenne et compétitive pour une Vallée d’Aoste également capable de négocier avec le gouvernement central. Alberto Zucchi (Fratelli d’Italia), avec un ton quelque peu différent des autres interventions, a mis l’accent sur la qualité du gouvernement comme élément justifiant l’autonomie dans le cadre de l’unité nationale, en accordant moins d’importance aux facteurs fondateurs tels que la langue et les particularités.

Marco Viérin (Centre Autonomiste) a souligné la nécessité de regagner la confiance des citoyens. Aurelio Marguerettaz (Union Valdôtaine) a conclu en rappelant les racines historiques, les politiques d’italianisation depuis la naissance de l’état italien au 19ème siècle, la persistance du particularisme valdôtain et enfin la reconnaissance juridique avec l’autonomie, en rappelant la phrase d’Émile Chanoux sur le palais régional : Voir clair, vouloir vivre.

La plupart des discours ont été prononcés en français, certains bilingues et quelques uns en italien.

Actualiser l’autonomie, sur la base des principes d’origine

Le président de la Région, Renzo Testolin, a clôturé la cérémonie en indiquant – et il s’agit là d’une indication politique relativement nouvelle et de perspective – la nécessité de « mettre à jour l’autonomie » à la lumière des besoins actuels, tout en restant attaché aux principes d’origine. En arrière-plan, il y a peut-être aussi de nouvelles orientations, mais certainement la nécessité d’une série de normes d’application du Statut spécial à préparer, sur des capacités d’action publique.

Il a rappelé que, dans la période d’après-guerre, de nombreuses voies étaient possibles, mais que les spécificités historiques et linguistiques de la vallée ont été prises en compte. L’autonomie régionale, selon Testolin, doit être cultivée « avec prudence et conscience », en restant fidèle à la voie tracée en 1946.

La première assemblée régionale

La naissance du Conseil de la Vallée, après la résistance au fascisme et au nazisme et après la libération, est le résultat de consultations entre les partis du CLN (Conseil de libération nationale) Vallèe d’Aoste, qui se conclurent par la nomination des 25 conseillers par décret signé par Alcide De Gasperi le 4 janvier 1946. La première réunion a eu lieu quelques jours plus tard, le 10 janvier. Présidée par Giuseppe Thiébat, avec Maria Ida Viglino comme secrétaire, elle a vu l’élection de Federico Chabod comme président par une seule voix contre Sévérin Caveri.

Dans un cadre d’autonomie en partie esquissé et basé sur les décrets luogotenenziali du 7 septembre 1945, avec quelques éléments d’autogouvernement, le Conseil de la Vallée s’est attaqué à des questions cruciales et politiques, comme cela a été évoqué au cours de la cérémonie. Il s’agissait, c’est bien de le redire, de la restauration des noms de lieux antérieurs au fascisme (ils avaient été italianisés) et de l’articulation des communes (certaines avaient été fusionnées), de la transparence administrative, de la reconstruction sociale et économique et du rôle de la langue française.

Les tensions et la garantie internationale

Ce furent des mois de décisions importantes, dans un climat cependant de tensions croissantes, notamment sur la question de la garantie internationale de l’autonomie valdôtaine – à obtenir dans le Traité de paix – que Chabod rejeta, en particulier lors de la réunion du Conseil de la Vallée du 7 mars.

Ces désaccords donnèrent lieu à une manifestation animée et participée à Aoste le 26 mars, au cours de laquelle plusieurs personnes pénètrent dans le bureau de Chabod, qui risqua d’être défenestré. Sa démission s’ensuivit, puis fut temporairement retirée. Après le référendum du 2 juin 1946, qui a vu la Vallée d’Aoste voter résolument pour la République, Chabod quitta définitivement la présidence du Conseil de la Vallée en octobre de la même année.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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