Au château de Ferney-Voltaire, tout près de l’aéroport de Genève, jusqu’au au 28 janvier 2026 une exposition rappelle les gendarmes de l’Ain qui ont choisi de s’opposer à l’occupant entre 1940 et 1944, malgré les risques. On est donc aux derniers jours, mais c’est important d’en parler.

L’exposition revient sur le parcours de ces hommes qui, dans le contexte du régime de Vichy, de répression et de surveillance, ont soutenu la Résistance, notamment au sein du maquis de l’Ain. Le parcours proposé vise à retracer l’histoire de leur engagement, et un dossier avec des détails, des explications et des photos aide à comprendre, le périmètre de leur action, entre surveillances, obligations, collaborations, et courage.

Une mémoire retrouvée

Le projet est né d’une rencontre en 2021 entre Martial Zanetta, passionné d’histoire et président de l’association Mémoires de l’Ain, et le colonel Yannick Bellemin-Laponnaz, alors à la tête du groupement de Gendarmerie départementale.

Ce dernier lui propose de diriger une commission chargée de reconstituer l’histoire des gendarmes résistants du département. Non historien, mais habitué des archives et du travail de terrain, Martial Zanetta accepte et débute des recherches approfondies, soutenu par Florence Gherardi, directrice départementale de l’Office national des combattants et des victimes de guerre.

C’est à l’issue d’une conférence donnée en 2022, lors du festival Rétro Folies, que l’idée d’une exposition avait pris forme, sous l’impulsion du général Rudy Gaspard. Martial Zanetta travaille avec deux commissaires, Florence Gherardi et Patrick Subreville, pour bâtir un parcours mémoriel complet.

L’objectif n’est pas de masquer le rôle de la gendarmerie sous Vichy, mais de rappeler qu’une partie de ses membres a choisi une autre voie. Parmi eux, des figures comme Marcel Appriou, exécuté par les Allemands en 1944, ou Jean-Marie Guy, tué par la Gestapo, mais aussi des femmes, épouses de gendarmes, souvent impliquées dans l’ombre.

103 gendarmes

Entre 1940 et 1944, sur les 457 gendarmes en poste dans le département, 103 ont été identifiés comme ayant pris part à des actions de résistance, actives ou passives. Certains facilitaient les parachutages, d’autres fermaient les yeux sur les réquisitions, permettant à des jeunes hommes d’échapper au service du travail obligatoire.

La brigade de Nantua, en particulier, a payé un lourd tribut à cet engagement, avec plusieurs de ses membres morts en déportation. Mais d’autres brigades ont également compté des figures importantes.

Ce sont les gendarmes de la brigade de Nantua donc, mais aussi de celles de Brénod, décorée de la Croix de guerre, et de Saint-Rambert-en-Bugey. C’est le gendarme Marcel Appriou, alias « Lieutenant Roland », torturé avant d’être exécuté par les Allemands, le 12 juillet 1944. C’est l’aspirant Jean-Marie Guy, lui aussi torturé et abattu par la Gestapo de Chambéry, en juin 1944, et qui a donné son nom, en 2023, à une promotion d’Élèves officiers de réserve (EOR).

À Hauteville-Lompnes, ou à Trevoux

Ce sont aussi les femmes de ces gendarmes, dans l’ombre, qui prenaient des risques pour transmettre des messages, cacher des résistants ou protéger leurs enfants pendant les rafles. Ce sont encore des figures comme le maréchal des logis-chef Jean Revers, en poste à Hauteville-Lompnes, qui facilita la fuite de réfractaires au Service du travail obligatoire, ou le gendarme André Bouvier, à Trévoux, qui organisa des filières d’évasion vers la Suisse. Autant de trajectoires individuelles composent une mémoire collective encore en construction, par les recherches, les témoignages et les archives.

Avant d’être présentée au château de Ferney-Voltaire, l’exposition a circulé aussi au château des Allymes à Ambérieu-en-Bugey, à la préfecture de l’Ain à Bourg-en-Bresse pendant les Journées du Patrimoine, au Fort l’Écluse à Léaz, ainsi qu’au musée militaire de Lyon – Cercle Bellecour.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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