Deux études italiennes fournissent des estimations très différentes quant à l’impact de la fermeture du tunnel du Mont-Blanc et ses répercussions économiques sur la Vallée d’Aoste.
La première, citée le 18 février 2026 par l’ingénieur Giancarlo Bertalero mais déjà connue grâce à une étude de l’Université du Val d’Aoste, quantifie à environ 12 millions d’euros l’effet de la fermeture à l’automne 2025.
La seconde, élaborée par le Centre d’études de la Confindustria nationale, prévoit des scénarios de fermetures prolongées jusqu’en 2054, estimant les pertes cumulées entre 7,8 et 11,1 milliards d’euros.
L’étude de l’Université de la Vallée d’Aoste : 12 millions d’euros, un « préjudice gérable »
L’analyse présentée par Giancarlo Bertalero au Palais régional le 18 février 2026 reprend les résultats d’une étude commandée par la Région Vallée d’Aoste à l’Université de la Vallée d’Aoste et présentée le 19 février 2025. La recherche, coordonnée par le professeur Marco Alderighi, directeur du département des sciences politiques et économiques, était intitulée « Analyse des répercussions socio-économiques de la fermeture du tunnel » du Mont-Blanc et évaluait les effets d’un arrêt de 15 semaines, de début septembre à mi-décembre 2024.
L’étude s’est concentrée sur les secteurs considérés comme les plus exposés : le tourisme, la grande distribution, le commerce de détail et la restauration, notamment en raison d’une éventuelle baisse du nombre de frontaliers, ainsi que de l’augmentation des coûts de transport pour les entreprises contraintes de se rabattre principalement sur le Fréjus.
Il s’agit de répercussions « entre guillemets, gérables », avait expliqué M. Alderighi lors de la présentation de 2025 : la valeur de 12 millions semblait en effet inférieure aux prévisions. L’analyse comprenait une évaluation prospective à court et moyen terme, sans identifier d’impacts structurels permanents sur l’économie régionale. Selon le professeur, les résultats de 2024 – l’impact négatif de 12 millions – sont indicatifs pour les années suivantes, avec des effets potentiellement légèrement atténués grâce à l’adaptation des entreprises et des consommateurs.
Le rapport du Centre d’études Confindustria : scénarios jusqu’en 2054
La deuxième étude, intitulée « L’impact de la fermeture du tunnel du Mont-Blanc sur l’économie de la Vallée d’Aoste » et réalisée par le Centre d’études de la Confindustria nationale, sous la coordination de Stefano Di Colli, économiste senior, analyse deux scénarios de fermeture prolongée : cinq mois par an pendant trente ans, ou cinq années consécutives d’arrêt total.
Dans le premier cas, l’impact cumulé en 2054 serait égal à moins 6,1 % du PIB régional en termes réels, avec une perte totale estimée à 7,8 milliards d’euros et une réduction annuelle moyenne de 262 millions entre 2025 et 2054 (soit bien plus que les 12 millions d’euros estimés par l’étude de l’Université du Val d’Aoste).
Dans le deuxième scénario, les effets seraient plus marqués : moins 8,8 % du PIB en 2054, avec une perte totale d’environ 11,1 milliards d’euros et une réduction moyenne annuelle de 371 millions (toujours par rapport aux 12 millions annuels de l’autre étude).
L’analyse part des données de 2024, dernière année disponible, et se réfère à 2019 comme référence pré-pandémique, lorsque les transits s’élevaient à 1,96 million. Après la baisse de 2020-2021, les passages se sont stabilisés à 1,43 million en 2024 et 1,47 million en 2025. En 2024, les exportations de la Vallée d’Aoste vers la France s’élevaient à 168,6 millions d’euros, soit 20,5 % des exportations régionales totales, presque entièrement manufacturières. La valeur ajoutée régionale s’élevait à 4,2 milliards d’euros.
L’analyse de la Confindustria, accessible en ligne, contrairement à celle de l’Université de la Vallée d’Aoste, rappelle également qu’entre 1999 et 2002, après l’incendie qui a entraîné la fermeture du tunnel, le PIB régional a été inférieur de 5,1 % à la tendance nationale, avec une perte estimée attribuable à la fermeture d’environ 2,3 %.

Différences de méthode et d’horizon temporel
Les divergences entre les deux estimations dépendent d’une part de l’horizon temporel et de la méthode utilisée. L’étude présentée par l’Université de la Vallée d’Aoste et Marco Alderighi mesure l’impact des fermetures temporaires et limitées, avec des effets immédiats et à court et moyen terme.
Le rapport de la Confindustria, en revanche, construit un modèle économétrique qui relie le PIB régional au PIB national et au trafic dans le tunnel, en supposant des scénarios de fermeture répétée ou continue jusqu’en 2054.
L’étude de l’Université de la Vallée d’Aoste contredit toutefois directement l’analyse de la Confindustria lorsqu’elle estime que l’impact des 12 millions de la première année pourra être en partie absorbé par l’adaptation des consommateurs et des entreprises. Pour la Confindustria, en revanche, les fermetures répétées produisent un effet négatif qui s’amplifie avec le temps.
En résumé, la première étude observe un effet limité et concentré à court terme, quantifié à 12 millions d’euros pour 2025. Dans la seconde, l’attention se porte sur les conséquences structurelles d’une réaffectation permanente des flux de trafic vers d’autres passages alpins, avec des impacts cumulés qui, à long terme, atteignent 11 milliards d’euros.
L’effet politique des deux séries de valeurs économiques, du moins sur le processus décisionnel, change complètement.
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