Le 1er avril, Turin a commémoré au mémorial du Martinetto les représentants du Comité de libération nationale et de la Résistance qui ont été fusillés pendant l’occupation nazie-fasciste, le 5 avril 1944.
Le Martinetto est un lieu important pour Turin et pour la mémoire de ces années. La réunion s’est tenue en présence de représentants des institutions de la ville, d’associations et d’une délégation d’étudiants.
La cérémonie du souvenir
La commémoration a eu lieu dans la zone du polygone de Martinetto, aujourd’hui sanctuaire de la Résistance, à l’angle du Corso Svizzera et du Corso Appio Claudio. Le maire de Turin Stefano Lo Russo, d’autres élus municipaux, des représentants d’associations de maquisards et des citoyens, ainsi que les élèves de la troisième classe C du lycée Cavour étaient présents. Anna Segre, vice-présidente de la communauté juive de Turin, a également pris la parole.
Le 5 avril 1944, Giuseppe Perotti, Franco Balbis, Eusebio Giambone, Paolo Braccini, Enrico Giachino, Giulio Biglieri, Massimo Montano et Quinto Bevilacqua ont été fusillés au Martinetto. Leurs noms sont liés au premier Comité régional piémontais du CLN, le Comité de libération nationale. L’histoire est racontée dans un livre important, Fiori rossi al Martinetto (Fleurs rouges au Martinetto), de Valdo Fusi, qui a également donné son nom à une place de Turin. Avant qu’ils ne soient tués, il y eut un procès rapide le 2 avril 1944, avec une enquête encore plus rapide : il est resté dans les mémoires sous le nom de « procès de Turin ».
L’exécution des dirigeants de la CNL de Turin a représenté un coup dur pour la Résistance piémontaise. Cet épisode s’inscrit dans une phase de répression qui avait touché divers mouvements de résistance en Europe au printemps 1944. Entre autres, le 18 mai, Émile Chanoux a été tué à Aoste, le 16 juin de la même année, l’historien Marc Bloch a été fusillé à Lyon. En juillet 1944, les troupes allemandes attaquèrent des formations de maquisards dans le Vercors.
Le Martinetto pendant la guerre
Après l’armistice du 8 septembre 1943 et la naissance de la République sociale italienne, le polygone du Martinetto fut utilisé comme lieu d’exécution des condamnations à mort prononcées par le tribunal spécial fasciste. Entre septembre 1943 et avril 1945, plus de soixante maquisards et opposants politiques y ont été fusillés.
Les condamnés, souvent détenus à la prison turinoise « Le Nuove », y étaient conduits à l’aube, menottés et accompagnés devantle peloton d’exécution. Là, ils étaient attachés à des chaises, le dos tourné aux militaires. Après la lecture de la sentence et la bénédiction de l’aumônier, la fusillade avait lieu.
Déjà pendant les derniers mois de la guerre, le Comité piémontais de libération nationale avait indiqué le Martinetto comme un lieu à préserver en tant que lieu de mémoire. Le 21 mars 1945, la proposition d’en faire un monument national fut approuvée.
Quelques mois après la fin du conflit, le 8 juillet 1945, une cérémonie publique avait permis de dévoiler la première plaque avec les noms des fusillés, en présence du maire Giovanni Roveda, de l’évêque Maurilio Fossati et du ministre Giuseppe Romita. Au cours des années suivantes, le site fut été reconnu d’intérêt national et a fait l’objet d’une protection.
L’aménagement actuel date de 1967. À l’intérieur se trouvent l’enceinte d’exécution, la pierre commémorative, la plaque avec les noms des personnes tuées et un espace abritant les restes d’une des chaises utilisées pour les exécutions.
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