Carlo Petrini, fondateur de Slow Food et de Terra Madre, est décédé hier soir, 21 mai 2026, à son domicile de Bra, dans le Piémont, à l’âge de 76 ans.
Gastronome, journaliste et promoteur d’un système alimentaire durable, Petrini a consacré sa vie à la diffusion du concept d’alimentation « bonne, propre et juste » dans le monde entier, transformant un mouvement né dans le Piémont en un réseau international présent dans plus de 160 pays.
La naissance de Slow Food
« Qui sème l’utopie récolte la réalité« , répétait souvent Carlo Petrini. Il résumait ainsi son idée d’un engagement civil et culturel, mais aussi d’une manière d’être et d’agir, dans le monde et par rapport aux autres. Il est l’une de ces figures qui font partie de cette Italie civile que Norberto Bobbio a dépeinte en parlant de Piero Gobetti. Il s’agit d’ailleurs de trois Piémontais dont les noms et les profils devraient être connus de ceux qui vivent dans nos Alpes.
Le 26 juillet 1986, avec Petrini, Arcigola est née, une expérience qui, dans les années suivantes, deviendra Slow Food Italie. Le mouvement s’est rapidement répandu en Europe et dans le reste du monde, promouvant la protection des traditions gastronomiques locales, de la biodiversité agricole et des petits producteurs.
Le 9 décembre 1989, à Paris, le Manifeste Slow Food fut signé par plus de vingt délégations internationales et Petrini fut élu président de l’association, poste qu’il a occupé jusqu’en 2022.
C’est dans le développement du goût, et non dans sa dégradation, que réside la véritable culture ; c’est là que le progrès peut commencer grâce à l’échange international d’histoires, de connaissances et de projets.
Terra Madre et le réseau alimentaire international
En 2004, M. Petrini a conçu Terra Madre, un réseau mondial de communautés de la nourriture réunissant des agriculteurs, des pêcheurs, des artisans, des cuisiniers, des jeunes, des universitaires et des experts de l’alimentation. Depuis, Terra Madre est devenu le cœur du mouvement Slow Food et l’un des principaux lieux de débat international sur les questions d’agriculture durable et de souveraineté alimentaire.
L’initiative a permis de diffuser Slow Food dans plus de 160 pays, en proposant un modèle alternatif à l’agriculture industrielle et à la standardisation des cultures alimentaires. Terra Madre a lieu tous les deux ans à Turin et attire des milliers de participants du monde entier.
L’université de Pollenzo et la valeur culturelle des aliments
Parmi les principales réalisations de Petrini figure la création de l’Université des sciences gastronomiques de Pollenzo, à Bra, dans le Piémont. L’université a été la première au monde à proposer une approche interdisciplinaire des études sur l’alimentation, intégrant l’agronomie, l’économie, l’anthropologie, la durabilité et la culture gastronomique.
Avec la naissance de l’université, Petrini a contribué à la reconnaissance d’un rôle central pour l’alimentation dans le monde académique, après avoir déjà mis en évidence sa dimension politique et sociale à travers l’expérience Slow Food.
Le prix de l’ONU et trois livres pour comprendre
En septembre 2013, Carlo Petrini a reçu le prix « Champion de la Terre » du Programme des Nations Unies pour l’environnement, l’un des prix internationaux les plus importants dans le domaine de la durabilité environnementale. Ce prix a récompensé son travail dans la promotion de modèles alimentaires respectueux de l’environnement, des communautés locales et de la biodiversité.
Il y a au moins trois livres, pour le comprendre. En 2001, M. Petrini a publié« Le ragioni del gusto« (Les raisons du goût), un essai consacré à la relation entre l’alimentation, la culture et l’identité, en Italie chez l’éditeur Laterza, en France aux éditions Hesse sous le titre« Les raisons du goût« .
En 2005, il à signé avec le journaliste Gigi Padovani« Slow Food Revolution« , publié par Rizzoli et en France aux éditions Hachette sous le titre« Slow Food Revolution« .
En 2005 également,« Buono, pulito e giusto. Principi di nuova gastronomia« , un texte considéré comme l’un des manifestes théoriques de l’éco-gastronomie. L’édition française,« Bon, propre et juste« , a été publiée par Yves Michel.
Les relire, c’est aussi se souvenir de Carlo Petrini









