À Turin, l’ambassadrice de France, Anne-Marie Descôtes, a inauguré le 11 juin 2026 un forum consacré aux relations économiques et industrielles entre la France et le Piémont. D’une certaine manière, il s’agit de la suite d’une rencontre qui s’était déjà tenue l’année dernière.

Parmi les intervenants et dans le public se trouvaient des personnalités issues de l’industrie, des Chambres de commerce et, plus généralement, du monde économique. L’accent a ensuite été mis sur quatre thèmes : l’intelligence artificielle et la robotique, la mobilité (deux domaines en pleine mutation), la mode (en raison de son importance dans les deux économies et de sa position sur le marché mondial), et l’aérospatiale (compte tenu notamment du rôle et du poids du pôle turinois et d’autres clusters en France).

L’événement a été accueilli par l’ESCP Business School, dont le campus de Turin fait partie de l’école de commerce française et parisienne. Le forum avait pour titre : «France-Piémont : un axe pour l’innovation industrielle », avec pour objectif d’aller de l’avant, de tirer parti des collaborations existantes et d’en créer de nouvelles. Concrètement, de nombreux intervenants étaient des ingénieurs ou des dirigeants de grandes entreprises italiennes, travaillant également en France, ou d’entreprises françaises ayant des implantations importantes en Italie, comme par exemple Michelin.

La rencontre a été organisée par l’ambassade de France en Italie, en collaboration avec le consulat général de France à Milan, la CCI France Italie, l’Unione Industriali Torino et la Chambre de commerce de Turin, avec le réseau EEN (Enterprise Europe Network).

En toile de fond, il y a également le climat créé par le Traité du Quirinal, qui renforce le dialogue entre l’Italie et la France sur le plan économique, et qui donne lieu, par exemple, à diverses rencontres, comme celles organisées périodiquement par l’IREFI, dont nous essayons de rendre compte.

Les grandes lignes, des faits connus et quelques volontés

C’est l’ambassadrice de France en Italie, Anne-Marie Descôtes, qui a ouvert les travaux, rappelant à quel point le Piémont est un territoire naturel pour ce type de collaboration.

L’ambassadrice a expliqué que ce forum confirme la solidité des relations entre le Piémont et la France et, plus généralement, entre l’Italie et la France. Dans une période de grands changements industriels, les deux Pays ont intérêt à collaborer davantage, pour innover, investir et construire des filières européennes plus autonomes, durables et compétitives.

Le Piémont, a-t-elle ajouté, possède une histoire industrielle solide, une capacité d’innovation reconnue et des liens historiques avec la France. C’est pourquoi il peut jouer un rôle important dans des secteurs aujourd’hui stratégiques, tels que l’intelligence artificielle, l’espace, la mobilité et le luxe.

Ont également pris part aux discours d’ouverture François Bonet, consul général de France à Milan, Marco Gay, président de l’Union des industriels de Turin, Massimiliano Cipolletta, président de la Chambre de commerce de Turin, Anne-Manuelle Gaillet, vice-présidente de la CCI France Italie, Francesco Profumo, président de l’ESCP, et Emanuele Chieli, consul honoraire de France à Turin.

Le groupe de travail sur la mobilité, au Forum Piémont – France, le 11 juin 2026 à Turin (c) Nos Alpes Enrico Martial

Robotique et intelligence artificielle

Après l’ouverture officielle, le forum s’est articulé en quatre groupes de travail et nous en avons suivi deux. Les thèmes choisis reflètent les axes sur lesquels le forum propose à la France et au Piémont de renforcer leur collaboration : intelligence artificielle et robotique, mobilité durable, mode et aérospatiale.

La table ronde sur l’intelligence artificielle et la fabrication hautement robotisée, animée par Antonio Calegari, directeur de l’AI4I (l’institut italien sur l’IA créé à l’initiative du gouvernement national), a réuni Simone D’Aquino, directeur Technologie & Innovation de la division ERD de Capgemini, de Giovanni Di Stefano, responsable des solutions de robotique avancée chez Comau, d’Alberto Martinetti, directeur technique de Dassault Systèmes, d’ Agostino Mazzocchi, PDG de Michelin Italiana, de Daniele Vitali, associé chez Reply, et d’Andrea Ariano, responsable de projets Innovation & Communication chez Schneider Electric Italia.

Les discussions ont donc porté sur l’industrie de pointe, la robotique, la numérisation des processus de production et les applications de l’intelligence artificielle à la fabrication. Il s’agissait d’un échange, comme le montrent les noms cités, entre des ingénieurs experts italiens, travaillant dans de grandes entreprises italiennes et françaises, dont certains dans les filiales italiennes.

Et pourtant, cet échange a semblé utile, entre des entreprises européennes qui dialoguent, et il est apparu que l’écosystème de compétences, d’évaluations et de défis est largement partagé, sans grandes différences. Quoi qu’il en soit, c’est un domaine dans lequel le Piémont dispose de compétences, précisément en raison de la présence de grands groupes industriels, de centres de recherche et d’entreprises technologiques.

Mobilité et nouveaux défis

La deuxième table ronde a abordé le thème de la mobilité, de l’innovation et de la durabilité. Ici, le point de départ était l’évolution du secteur : électrification, logiciels, nouveaux matériaux, services de mobilité et transition énergétique. La modération a été confiée à Nicola Amati, professeur à l’École polytechnique de Turin.

Sont intervenus Domenico Brancale, PDG d’AVL Italia, Antonio Tavera, PDG de Focoos AI ; Fabrizio Conicella, responsable de la numérisation chez Iveco Group, Luca Ciancetti, cofondateur de Podium Advanced Tech, Caroline Chabrol, PDG de SNCF Voyages Italia, et Alessandro Peila, responsable des centres technologiques d’Europe du Sud chez Stellantis. Un niveau élevé, tant sur le plan managérial que technique, avec un débat qui s’est déroulé dans un climat de partage constructif des points de vue. La discussion a principalement porté sur l’innovation et la concurrence chinoise, mais aussi sur les défis techniques et de processus au sein de l’Europe (et de l’axe Piémont-Italie-France) pour proposer de nouveaux produits en phase avec leur temps.

Stellantis a par exemple en projet de nouveaux véhicules électriques ou hybrides à moins de 15 000 euros, étant donné que le marché du segment A a perdu une grande partie de son offre ces dernières années. Il a ensuite été question du rail et de l’hydrogène.

Équiper les axes de transport italo-français pour une mobilité innovante

La proposition d’« équiper » les grands axes italo-français, tels que le Fréjus, le Mont-Blanc ou l’axe côtier, pour le passage à une nouvelle motorisation a également été évoquée. Il a été rappelé que sur l’axe du Brenner, la société gestionnaire a mis en place un réseau de recharge électrique à prix modéré: ce sont là des moyens de favoriser la « sécurité » et l’attractivité de l’itinéraire transfrontalier, pour les marchandises et les voitures, grâce à la mobilité électrique.

D’autre part, il a également été question de la mobilité à l’hydrogène, en expliquant que cette technologie est en passe d’arriver mais qu’il faudra encore un peu de temps. Toutefois, aucune référence n’a été faite ni à l’autoroute à hydrogène Turin-Lyon, un projet en cours depuis quelque temps, ni au projet de recharge électrique en mouvement pour les poids lourds dans lequel est impliquée l’ATMB, la société française gestionnaire du tunnel du Mont-Blanc et de l’Autoroute Blanche.

Les deux autres groupes de travail ont porté sur la mode face à la concurrence internationale et sur le secteur du « new space » et de l’aéronautique.

La table ronde sur la mode a été animée par Luca Sburlati, président de Confindustria Moda et PDG de Pattern, avec des représentants du Consortium Magnolab, de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, de H Moda, d’Hermès, de L’Oréal et de Mattioli. Celui sur l’espace et l’aéronautique a été animé par Fulvia Quagliotti, directrice du Piemonte Aerospace Cluster, avec des représentants d’Aiko, d’Alpha Impulsion, d’Altec, d’Ecosmic, de Thales Alenia Space, de TEC et de Tyvak.

Le Piémont exporte vers la France pour 9 milliards d’euros par an et importe pour 6 milliards

En 2025, les échanges commerciaux entre l’Italie et la France ont atteint 112 milliards d’euros, soit une croissance de 6 % par rapport à 2024. La France est le deuxième partenaire commercial de l’Italie, tandis que l’Italie est le troisième partenaire commercial de la France. La balance est positive pour l’Italie, à hauteur de 17,6 milliards d’euros.

Au niveau du Piémont, ce rapport est encore plus évident. La France est le premier partenaire commercial du Piémont et, en 2025, la balance commerciale régionale a enregistré un solde positif de 3,2 milliards d’euros.

Les importations piémontaises en provenance de France se sont élevées à 6 milliards d’euros, dont 5,17 milliards dans le secteur manufacturier. Parmi celles-ci, 1,57 milliard concerne les moyens de transport. Les exportations piémontaises vers la France ont quant à elles atteint 9,2 milliards d’euros, dont 8,96 milliards dans les produits manufacturés. Les machines et les moyens de transport représentent à eux seuls 3,5 milliards.

La province de Turin confirme également un lien étroit avec le marché français. En 2025, elle a enregistré des importations de 3,1 milliards d’euros et des exportations de 4,4 milliards d’euros, presque toutes dans le secteur manufacturier. Les moyens de transport représentent 1,8 milliard d’euros, avec un solde positif de 582 millions d’euros.

Entreprises françaises dans le Piémont et investissements

Le lien entre la France et le Piémont ne se limite pas aux échanges commerciaux : il existe également une forte présence d’entreprises, d’investissements et d’opérations industrielles.

Entre 2019 et 2023, la France a été l’une des principales destinations des acquisitions italiennes à l’étranger, avec 134 opérations pour une valeur de 35 milliards d’euros. Dans le même temps, avec plus de 100 milliards d’euros d’encours d’investissements directs, la France est le premier investisseur en Italie, et dans ce cas, le bilan s’inverse.

Selon les données élaborées par la Chambre de commerce de Turin, 2 568 entrepreneurs de nationalité française opèrent dans le Piémont, soit 9,3 % du total des entrepreneurs français en Italie. Dans la seule province de Turin, ils sont 1 538.

L’Observatoire des multinationales étrangères dans le Piémont, réalisé par la Chambre de commerce de Turin et Unioncamere Piémont, estime en outre qu’en 2023, 222 multinationales françaises seront présentes dans la région, soit environ 21 % du total des multinationales étrangères présentes dans le Piémont. Au total, ces entreprises comptent 783 sites, entre sièges sociaux et unités locales, et emploient environ 37 000 personnes.

La relation entre la France et le Piémont est déjà solide – selon le forum – mais elle peut devenir encore plus stratégique si elle se concentre sur les grandes transformations industrielles en cours.

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Directeur de Nos Alpes, journaliste. Il a collaboré avec des magazines et des journaux italiens, de Il Mulino à Limes, de Formiche à Start Magazine.

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