Le festival « Alta Felicità » et la marche « No Tav » (contre la nouvelle liaison ferroviarie LyonTurin « TAV – Treno Alta Velocità ») ont rassemblé à Venaus, dans le Val de Suse, des milliers de personnes d’Italie, mais aussi des régions françaises voisines et d’autres Pays européens.
La dixième édition de la manifestation, prévue du 24 au 26 juillet 2026 avec des concerts, des rencontres et des débats, s’est confirmée comme un événement solide, tant sur le plan culturel que musical.
Cependant, le 25 juillet, elle a été marquée par la traditionnelle marche vers les chantiers de la nouvelle ligne ferroviaire Turin-Lyon, qui a donné lieu cette année à des affrontements particulièrement durs dans la région de Chiomonte, faisant des blessés et causant divers dégâts.
Dix ans du festival Alta Felicità
Pendant trois jours, le hameau «8 Dicembre» de la commune de Venaus a accueilli la dixième édition d’Alta Felicità, un festival gratuit né dans le cadre du mouvement italien No Tav. Le programme a alterné musique, présentations, assemblées et débats sur des thèmes environnementaux et sociaux.
Des figures bien connues de la scène musicale italienne se sont produites sur scène, parmi lesquelles, entre autres, Asian Dub Foundation, 99 Posse, Delta V, Fratelli di Soledad, Fucksia, Ghetto Blaster Orkestra et Oh, Die ! rien que pour la journée de samedi. Le programme des autres soirées comprenait Assalti Frontali avec Kiki, Statuto, Cristiano Godano, Kaos et Egreen, Rares, Alberto Bertoli, Tara et Aendriu. La soirée d’avant-première du 23 juillet a accueilli El Partydo, Lindal et Johnson Righeira.
Environ 40 000 personnes sur trois jours
La fréquentation est estimée à environ 40 000 personnes sur les trois jours. À côté des scènes, le traditionnel camping avait été installé – les images recueillies rappellent d’autres campings organisés pour de grands concerts et festivals – où de nombreux participants étaient déjà arrivés les jours précédents. Le festival a également constitué un lieu de rencontre entre différentes générations : aux côtés des figures historiques du mouvement, de nombreux jeunes étaient présents.
D’après les témoignages recueillis par nos confrères de la presse nationale et locale, les participants venaient de diverses villes et provinces italiennes, notamment Bari, Rome, Pise, Tarente, Milan, Gênes et Catane. La participation de groupes venus de France et d’Espagne a également été significative. La présence française s’explique également par la dimension transfrontalière de la ligne à grande vitesse Turin-Lyon, qui établit un lien avec les groupes contestataires organisés.
Avec sa dixième édition, le festival Alta Felicità a confirmé sa dimension culturelle et organisationnelle autonome. Il a également un impact sur le territoire, comparable à celui d’autres festivals à forte affluence, comme le Paléo Festival de Nyon (qui est plus grand), dans le canton de Vaud, qui dispose par exemple d’un camping libre de 9 000 places.
La marche NO TAV est partie de Venaus
Parallèlement au festival, la marche No Tav se tient désormais de manière traditionnelle. Cette année, elle est partie de Venaus peu après 14 heures le samedi 25 juillet, rassemblant, selon les organisateurs, environ vingt mille personnes, dont la grande majorité a participé à une marche sans incident.
Après le départ, le cortège s’est divisé en plusieurs groupes. Environ 500 personnes d’un groupe ont été, à des degrés divers, impliquées dans les incidents ou s’en sont trouvées très proches.
Une partie s’est dirigée le long de la route de Giaglione vers le chantier de Chiomonte, tandis qu’un deuxième groupe a poursuivi sa route vers Susa et San Didero. Une partie plus restreinte des manifestants a rejoint Salbertrand. C’est là qu’a eu lieu la traditionnelle « battitura delle reti », une forme de protestation déjà adoptée lors de précédentes mobilisations No Tav.
La marche est un rendez-vous récurrent lié au festival. Au fil des ans, certaines éditions ont été marquées par des tensions sur les chantiers, mais les incidents de 2026 ont eu une ampleur plus importante que lors des manifestations les plus récentes. Le festival a toutefois continué à se dérouler. Par exemple, le dimanche 26 juillet, les différents espaces ont accueilli divers débats entre 10 h et 17 h et neuf groupes musicaux se sont produits sur la scène de l’arène dans la soirée.
Les tensions à San Didero, Bruzolo et Chiomonte
À San Didero, les tensions ont commencé peu avant 16 heures le samedi 25 juillet. Des pétards et des feux d’artifice ont été lancés à proximité des barrières. Les forces de l’ordre ont riposté avec des gaz lacrymogènes et ont finalement dispersé les manifestants. La route nationale 25 a été temporairement bloquée, tout comme l’autoroute.
Une partie du groupe qui s’était détaché de la manifestation s’est dirigée vers la gare ferroviaire de Bruzolo en traversant les voies. Elle l’a occupée pendant environ une heure, avec des moments de tension avec les forces de l’ordre, enfin sans affrontements.
Les incidents les plus importants se sont produits à Chiomonte. Des groupes de manifestants, dont certains avaient le visage couvert, ont rejoint le chantier depuis plusieurs points, ont enfoncé certaines clôtures et ont pénétré dans le périmètre.
Des pierres, des feux d’artifice et des engins artisanaux ont été lancés, et quatre véhicules des forces de l’ordre ont pris feu. La riposte principale a consisté en un recours prolongé aux gaz lacrymogènes. Après les affrontements, de nombreux participants sont retournés vers Venaus en empruntant à pied la route qu’ils avaient prise à l’aller. La police et les carabiniers ont continué à surveiller le chantier.
Bilan des affrontements
Après des années de tensions et d’expériences, les modalités de gestion des affrontements par les forces de police – par exemple en réduisant le contact direct dans les moments critiques – ont limité les effets, y compris matériels, des incidents. Toutefois, cette année, plusieurs problèmes sont à signaler.
La circulation a été temporairement suspendue sur certaines routes (ce qui s’était déjà produit par le passé), ainsi que sur l’autoroute et la ligne ferroviaire Turin-Modane, sur le tronçon entre Bardonnèche et Salbertrand, ce qui a entraîné samedi après-midi des retards pouvant atteindre 90 minutes. L’intrusion du groupe No Tav sur le chantier de Chiomonte a causé des dégâts que la société TELT a estimés à environ 1 million d’euros.
Les affrontements ont fait des blessés, dont le bilan a été révisé à plusieurs reprises et par diverses sources au cours de la journée de samedi. Selon les informations communiquées par la Garde des finances au journal La Stampa, seize personnes ont été soignées à l’hôpital de Rivoli, tandis que sept carabiniers ont été blessés. D’après les données des syndicats de police, reprises ensuite par les principaux médias, le nombre total de blessés parmi les forces de l’ordre s’élèverait à environ 120. Quelques dizaines de manifestants auraient également été blessés. Aucun blessé grave n’a été signalé.
Sur le plan politique, plusieurs prises de position ont été exprimées, tant au niveau du gouvernement central que par des responsables locaux et régionaux.
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