En détournant légèrement le regard de Nos Alpes, on se dirige vers un paysage suggestif mais peu connu des Alpes françaises, les canyons et les formations rocheuses du « Colorado provençal ». Cette appellation désigne tout particulièrement les Gorges du Verdon et les Carrières d’ocre de Rustrel, un décor surprenant façonné par l’eau, le vent et les siècles, à l’instar des grandes forces naturelles qui ont également modelé l’arc alpin.
Des canyons en Provence ?
Parmi les lieux les plus emblématiques de la Provence, situées dans le département du Vaucluse à seulement une heure et demie de route de Digne-les-Bains, s’imposent les Gorges du Verdon, considérées comme l’un des canyons les plus spectaculaires d’Europe. Sur environ 25 kilomètres, le Verdon se faufile entre des parois calcaires pouvant atteindre 700 mètres de hauteur, créant un contraste visuel saisissant avec ses eaux aux reflets émeraude.
Le site est traversé par des itinéraires panoramiques comme la Route des crêtes, qui permet d’observer le canyon depuis les hauteurs, et par des sentiers de randonnée réputés, dont le Blanc-Martel qui mène au fond de la formation. Les activités nautiques ne manquent pas, du kayak au pédalo, notamment dans la région du Lac de Sainte-Croix, un bassin artificiel datant de 1973 situé à l’embouchure des gorges et en contrebas du Plateau de Valensole, lieu de culture de la lavande.

Un « Colorado » au cœur des Alpes françaises
À quelques dizaines de kilomètres de ce que l’on peut qualifier à tous égards de canyons de Provence, le paysage change radicalement et laisse place aux Carrières d’ocre de Rustrel. Situées dans le Luberon, entre des villages médiévaux perchés sur les pentes et de vastes champs de lavande et de vignes, il s’agit d’un espace naturel qui doit son nom aux surprenantes similitudes chromatiques avec les déserts américains.
Ici, les nuances d’ocre dominent, entre le jaune, l’orange et le rouge, qui s’alternent dans une palette naturelle issue d’une longue évolution géologique, s’étendant entre pinacles, colonnes et reliefs aux formes irrégulières. Le paysage, en partie altéré par l’intervention humaine liée à l’extraction des pigments, reflète la lumière différemment selon la poussière et l’heure, tandis que le parfum de la végétation méditerranéenne accompagne également le chemin.

Les origines d’un paysage unique
Il y a des millions d’années, cette partie de la Provence était un environnement sablonneux donnant sur la mer, mais le retrait des eaux a laissé des dépôts riches en minéraux – fer, manganèse et autres éléments – qui ont donné naissance aux nuances caractéristiques de l’ocre. Au fil des siècles, l’activité d’extraction a creusé le territoire de galeries et de nouveaux chemins, un travail ensuite complété par l’érosion naturelle qui a modelé la roche en formes suggestives, souvent comparées à des « cheminées de fées » ou à de petites pyramides.
Les canyons de Provence s’explorent aujourd’hui à travers des sentiers balisés qui serpentent dans la pinède et entre les formations rocheuses, et qui varient en longueur et en difficulté, alternant entre des parcours courts et accessibles ou sinueux et panoramiques. Parmi les plus fréquentés figure le Sahara, un itinéraire simple qui permet de pénétrer rapidement au cœur du site ; plus exigeants sont en revanche ceux qui mènent au Belvédère panoramique, d’où s’ouvre une vue d’ensemble sur toute la zone.

Un patrimoine à préserver
Malgré son fort attrait touristique, les sites des canyon en Provence restent fragiles car les formations d’ocre sont sujettes à l’érosion et peuvent donc s’avérer très instables. C’est pourquoi il est obligatoire pour les visiteurs de rester sur les sentiers balisés et d’adopter un comportement respectueux de l’environnement, en limitant leur impact sur le paysage et la biodiversité qui l’habite.
L’exploration du « Colorado provençal » peut se poursuivre dans les villages environnants, comme Roussillon, connu pour son Sentier des ocres, lui aussi classé parmi les Réserves de biosphère protégées par l’UNESCO. Tout aussi emblématique, Moustiers-Sainte-Marie, situé aux abords des Gorges du Verdon dans le Parc naturel régional au même nom, fut, entre le XVI et le XIX siècle, un important centre de production de céramique et de faïence.
LIRE AUSSI : Un voyage à travers les palafittes alpins de Suisse, de France et du Piémont








