La prochaine réunion du Comité Frontalier prévu par le Traité franco-italien du Quirinal se tiendra le 4 juin en Vallée d’Aoste, au Fort de Bard. Il s’agit du troisième comité, après ceux de Turin le 31 octobre 2023 et de Nice le 7 février 2025.
La date avait été annoncée, mais le lieu, le Fort de Bard, est le résultat de décisions prises au cours des dernières semaines. La réunion avait été programmée fin avril, après les élections municipales en France et les ajustements qui en découlaient, puis reportée au 4 juin.
En ce qui concerne l’ordre du jour, le schéma sera probablement le même que pour les réunions précédentes, avec une table ronde et la présentation des problèmes et des solutions possibles.
Par rapport à l’enthousiasme et aux attentes de la première réunion à Turin en 2023, cependant déjà presque deux ans après la signature du Traité, le ton est plus bas. A cela s’ajoute l’attente des prochaines élections présidentielles françaises en 2027, alors que de nombreux maires ont changé, par exemple dans les villes frontalières de Menton, Nice et même Chamonix.
Une table pour les territoires frontaliers
Selon un schéma bien établi, la réunion se déroulera sous la forme d’une grande table autour de laquelle les différents sujets seront abordés, les différents acteurs prenant la parole. La réunion sera présidée par les ministres des affaires étrangères Antonio Tajani et Jean-Noël Barrot, mais l’année dernière à Nice, par exemple, le ministre français des transports, Philippe Tabarot, était également présent.
Avec l’accueil de la Région autonome de la Vallée d’Aoste et de son président Renzo Testolin, les présidents et représentants des Régions et Départements frontaliers, les maires des villes importantes ou ayant des relations frontalières directes, les gestionnaires d’infrastructures sont attendus – comme les tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, l’Anas (agence pour les routes italiennes) pour le tunnel de Tende, TELT pour le tunnel Lyon-Turin, les opérateurs ferroviaires, les représentants des parcs nationaux et naturels, les fonctionnaires des ministères responsables des différents dossiers et les porteurs de questions et de projets, y compris Interreg. Le Comité frontalier, prévu par le Traité du Quirinal signé le 26 novembre 2021 et entré en vigueur le 1er février 2023, a pour mission de fournir un cadre politique et administratif à la coopération de proximité.
Transports, le dossier en plusieurs chapitres
Le sujet le plus important, comme les deux dernières fois, reste le transport alpin. En ce qui concerne le tunnel du Mont-Blanc, deux questions sont en suspens. D’une part, il y a les travaux de réhabilitation du tunnel existant, pour lesquels on ne sait pas s’il faut fermer le tunnel entièrement pendant deux ou trois ans ou seulement à l’automne pendant quelques décennies. Et déjà c’est beaucoup.
D’autre part, il y a la proposition italienne d’un second tube, qui permettrait d’effectuer des travaux sur le premier tube et qui n’aurait pas d’impact sur le trafic, comme le démontre le second tube du Fréjus, ouvert le 29 juillet 2025. La position française reste opposée, toujours avec des arguments sur la qualité de l’air et avec un front relativement compact, mais encore à comprendre, des maires et députés des vallées de Chamonix et de l’Arve.
Lyon-Turin, Oulx-Modane
Et puis il y a le Lyon-Turin, sur lequel il y a toujours un rapport d’avancement. Alors que les grandes machines creusent maintenant des deux côtés, du côté français, il y a un débat sur la section entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, qui n’est pas adaptée à la capacité de fret de la nouvelle ligne transfrontalière Lyon-Turin, et qui nécessite des projets et des investissements très importants.
Sur le même axe, il y a aussi l’utilisation locale du chemin de fer. Elle a disparu, puisque pour aller d’Oulx à Modane, il faut payer le très cher billet de TGV, puisquil n’y a plus de liaison ferroviaire locale comme par le passé. Chacun s’arrête de son côté, les tensions électriques des deux réseaux ferroviaires sont différentes, il n’y a pas de trains homologués entre l’Italie et la France pour le double système électrique, comme ailleurs en Europe.
Par exemple, le train TILO entre le Tessin et la Lombardie circule sur un double système, à la fois sur le 3KV DC du réseau italien et sur le 15KV AC du réseau suisse. Peut-être faudrait-il un train de type TILO entre Suse et Chambéry, ou entre Imperia et Nice, voire entre Gênes et Marseille.
Tende et la vallée de la Roya
Les liaisons routières comprennent également le tunnel de Tende, ouvert après travaux avec des restrictions et une circulation en alternat, tandis que pour le second tube, le tube historique, l’Anas a décidé en mai 2025 d’utiliser le projet déjà existant.
La vallée de la Roya est également impliquée dans la modernisation du réseau ferroviaire coni-Breil-Vintimille : la nouvelle Convention bilatérale a également été ratifié par le Parlement français, deux ans après sa signature, le 31 mars 2026, mais un autre accord, qui doit encore être rédigé, est nécessaire pour réaliser les nouveaux travaux. Ces questions concernent le Piémont, la Ligurie, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et les communautés de la vallée de la Roya, de Ventimille et de Coni.
la Corse et la Sardaigne, l’autoroute ferroviaire alpine
Un autre chapitre concerne les liaisons entre la Corse et la Sardaigne, qui s’inscrivent dans le cadre de la coopération maritime et insulaire entre les deux Pays. Puis il y a la question de l’Autoroute ferroviaire alpine (AFA), qui devrait reprendre le transport des poids lourds sur les trains à partir du mois de septembre sur la ligne historique d’Orbassano, près de Turin, à Aiton, en Savoie. Enfin, nous ne citerons même pas les problèmes de cabotage du bus Tende-Ventimille-Nice (un projet B-Solutions) ou les péages aux tunnels pour les habitants de proximité.
La réunion valdôtaine pourrait également offrir un espace aux projets européens travaillant sur les connexions transfrontalières, dont Alcotraité 2 Transport, un projet lié au programme Interreg Alcotra.
Globalement, la valeur ajoutée du Comité est de faire émerger des problématiques et des solutions. Il s’agit d’un contexte et d’une impulsion supplémentaire pour une coopération qui existe, même si elle est lente et pleine de problèmes. Par exemple, même avant le Traité, une ligne électrique à haute tension franco-italienne a été planifiée, puis mise en œuvre avec succès: elle passe depuis 2022 par le tunnel du Fréjus.
Culture, éducation, langues et coopération locale
Il n’y a pas que les infrastructures et la mobilité. Le Traité du Quirinal fait aussi une place à la culture, à la jeunesse, à l’éducation et à la société civile : des rencontres entre les ministères de la jeunesse ont eu lieu, s’inspirant des bonnes pratiques de la coopération franco-allemande, mais les effets ne sont pas encore très visibles.
Le double diplôme EsaBac (Baccalauréat / Maturità), en revanche, est une belle réussite peu valorisée, intégrant le baccalauréat français et l’examen d’État italien : plus de 60 000 Italiens possèdent ce double diplôme.
Le Traité parle de « services publics communs » : or, la coopération sanitaire peine à se développer et le projet ProSatifGo entre Briançon et le Piémont n’a pas fonctionné. D’autres questions se posent : l’accès transfrontalier aux télévisions, le géoblocage pour y accéder par Internet, la diffusion réciproque des deux langues, les musées, par exemple, ne montrant aucun signe d’introduction (pensons à ceux de Turin, dont les sites Internet sont en italien et en anglais, et non en français).
Les Jeux olympiques d’hiver de 2030
Les efforts pour les Jeux olympiques d’hiver de 2030, y compris les investissements dans le chemin de fer Briançon-Marseille, peuvent également être évoqués. Le patinage de vitesse n’a pas réussi à se rendre à Turin, à l’Oval où il s’est déroulé en 2006, et des discussions sont en cours pour l’organiser aux Pays-Bas. Et puis il y a les questions de l’environnement et de la biodiversité, des risques naturels et de la protection civile, de la coopération industrielle et économique, la question de la centralisation des fonds structurels et des programmes Interreg …
La réunion ne devrait avoir lieu que dans l’après-midi, il serait donc déjà bien de pouvoir les évoquer. En tout cas, un bon catalogue de sujets et de thèmes s’est déjà dégagé des différentes visites et contacts préparatoires des deux ministères des affaires étrangères.
Points forts et limites du Comité
L’expérience des réunions précédentes montre que le Comité est un espace d’émergence politique des problèmes, qu’il sert à mettre autour d’une même table les administrations centrales, les autorités locales et les acteurs territoriaux, mais qu’il produit des décisions opérationnelles sur la base des instruments nationaux ou régionaux respectifs. Sa valeur réside également dans la visibilité qu’il donne aux dossiers frontaliers.
De nouvelles données apparaissent dans les travaux du Comité. Les nombreuses annonces passées sur les accords-cadres transfrontaliers dans l’espace Sud ont fait long feu, on n’en parle plus. La volonté de coopération demeure : la nouvelle maire de Menton, Alexandra Masson, l’a confirmé lors d’une rencontre cordiale avec le maire de Vintimille, Flavio Di Muro, le 15 mai. Ils sont tous deux issus de partis de droite-droite, le Rassemblement national et la Lega.
Le nouveau maire de Nice, Eric Ciotti, veut diminuer les impôts locaux et réduit des activités et des dépenses de son prédécesseur, Christian Estrosi, de l’utilisation du stade pour le hockey olympique en 2030 aux événements UTMB Ultra Trail et Iron Man, qui n’auront plus lieu. Reste à savoir ce qu’il proposera au niveau transfrontalier.
En toile de fond, il y a aussi les échéances politiques à venir, notamment les élections présidentielles françaises de 2027. Il sera également question de la prochaine rencontre entre les deux gouvernements, qui se tiendra les 25 et 26 juin 2026 à Cannes, toujours dans le cadre du Traité du Quirinal, sur la politique étrangère, sur les politiques européennes et la coopération binationale, entre guerres, crises et économie.
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