La station hivernale de Prato Nevoso, dans la province de Coni, accueille de nombreux touristes. Cependant, en l’absence de planification et de vision, la commune de Frabosa Sottana – et avec elle la Province de coni et la Région Piémont – est en difficulté, et c’est le moins que l’on puisse dire.
Ces dernières années, la localité a connu une augmentation de la fréquentation, jusqu’à trente mille personnes en période de pointe. Cette année en plus, avec des importantes chutes de neige avant ces vacances, la destination a été encore plus attrayante.
La municipalité de Frabosa Sottana, qui accueille la station, n’était pas du tout prête, et avec elle les autres organisations territoriales, la Province et la Région. Les politiques publiques locales sont restées ancrées dans une logique administrative calibrée sur la seule population résidente : un peu plus de 1600 résidents, dont, selon la société des remontées mécaniques, seulement 180 seraient permanents.
La conséquence a été de longues files de voitures, des services qui manquent et une gestion chaotique du tourisme avec des mécanismes d’urgence, de blocage et de régulation partielle de l’accès à la station d’hiver.
On a parlé de surtourisme, mais il s’agit en fait d’un manque de capacité de développement et d’adaptation à la croissance économique. D’ailleurs, le phénomène est connu depuis longtemps : même les années précédentes, l’accès devait être limité en raison d’un manque de places de stationnement et de limites des infrastructures et des services.
Faute de politiques et de planification, la société des remontées a écrit une lettre à la municipalité
La lettre ouverte du 3 janvier 2025 de l’exploitant des remontées mécaniques, La Prato Nevoso spa, montre clairement que la station elle-même peut accueillir des touristes et que le goulot d’étranglement se situe au niveau de la route d’accès, de la capacité des services – de l’eau à la gestion des déchets – gérés par l’ACEM (une société publique intercommunale), et de la disponibilité des services, y compris de la sécurité.
Deux aspects sont à prendre en compte dans cette lettre.
Le premier est qu’il a été nécessaire de recourir à ce moyen, une lettre ouverte, pour relancer sur la nécessité de politiques publiques, ce qui souligne un problème général de collaboration et de gouvernance .
Le second est la liste des thèmes et des problèmes. La lettre souligne, par exemple, en ce qui concerne les flux de mobilité, qu’avec « une coordination adéquate et la présence structurée de personnel, les situations les plus complquées peuvent être gérées efficacement« .
Sur les parkings (qui, dans d’autres stations, sont souterrains, payants, et apportent des ressources), elle souligne l’absence de planification : ils sont« aujourd’hui insuffisants, mal répartis et dépourvus de vision d’ensemble« . Elle poursuit ensuite sur « la collecte des déchets et la propreté du paysage urbain. Une station touristique ne peut pas se permettre d’avoir des rues sales, des tas d’ordures, des poubelles inadaptées et une gestion inefficace du service en période de pointe« . Il rappelle les problèmes d’eau:« les réseaux et les services afférents montrent toutes leurs limites précisément aux moments de plus grande utilisation » et évoque la question de la sécurité, en soulignant la nécessité d’un« poste de Carabiniers, d’une assistance médicale constante, de services d’urgence et adéquats« .

Quelques indications sur les ressources
Il s’agit de compétences publiques, en premier lieu celles de la municipalité, qui participe à un certain nombre d’autres instances, telles que les organisations intercommunales et la Province elle-même, et qui peut à son tour solliciter d’autres niveaux, régionaux ou étatiques.
La lettre donne également quelques indications sur les ressources: elle évoque la question de l’IMU, l’impôt municipal propre qui, en Italie et malgré son nom, reste en grande partie dans les caisses de l’État central. Elle propose une négociation pour encourager les investissements.
Elle ne mentionne cependant pas le rôle direct de la Région Piémont (qui dispose d’un plan d’investissement – le Plan Neige – pour les stations d’hiver approuvé en novembre 2025) et de la Province de Coni (qui s’occupe de la route provinciale, où sont générés des goulets d’étranglement et des files d’attente).
Répondre à la demande touristique avec des instruments d’urgence
Entre Noël et le Jour de l’An 2025, Prato Nevoso a enregistré un afflux touristique relativement normal, avec un trafic important, mais avec des parkings (donc peu nombreux et dispersés) saturés et de longues files d’attente tant pour accéder à la station de ski que pour accéder aux remontées mécaniques.
En particulier, les 27 et 28 décembre, la situation critique a été plus prononcée. En raison des fêtes de fin d’année, le mardi 30 décembre, le préfet de Coni (qui a en Italie des compétences d’ordre public) les responsables des deux stations de ski d’Artesina et de Prato Nevoso (qui sont desservies par la même route provinciale) et les autorités locales – communes et Province – se sont réunis pour gérer l’urgence, c’est-à-dire pour réglementer la circulation de manière restrictive.
La réglementation a également été appliquée le week-end du samedi 3 et du dimanche 4 janvier.
Le mécanisme était basé sur un principe de saturation. Les voitures en montée n’étaient autorisées à passer que lorsqu’il y avait un nombre similaire de voitures en descente. Une navette de MOEVES, une entreprise de mobilité de Varèse, en Lombardie, a en plus offert un soulagement pour l’accès à la station, pour quelques touristes.
Quoi qu’il en soit, nous sommes encore loin des politiques alpines visant à favoriser le transport public ou la mobilité partagée (covoiturage, autostop organisé, ascenseurs valléens). Nous en sommes ici encore au problème de l’accès.
Même dans les années précédentes, ce n’est pas un problème nouveau
D’autre part, le phénomène des files de voitures n’est pas nouveau : l’année dernière, par exemple, le samedi 27 décembre 2024, sur décision de la Province de Coni et de la commune de Frabosa Sottana, la même route provinciale a été fermée en raison du trafic en direction de Prato Nevoso et d’Artesina. Il n’était alors permis de monter la route que lorsqu’il y avait un flux similaire de véhicules en descente.
Pour le réveillon et le jour de l’an, en 2023 et 2024, la route d’accès à la station a été fermée pour la même raison de saturation à partir de 14 heures le 31 décembre, la réouverture étant prévue pour les premières heures du 1er janvier.
Viennent ensuite les problèmes de services. Sur les réseaux sociaux, plusieurs messages se sont plaints de problèmes d’eau. En outre, certains journaux locaux ont rapporté des images de tas de déchets non gérés, précisément pendant la période des fêtes, comme l’Unione Monregalese, que nous citons volontiers.

Quelles ressources, en compétences techniques et en argent
En arrière-plan, il y a aussi les annonces d’investissements régionaux dans les stations de ski et le rôle de la Province de Coni, ainsi que celui des centres d’études, des organismes de planification et des organisations économiques et techniques.
Dans l’importante (mais justement « lunaire « ) étude du Politecnico di Torino, Mezzaluna Alpina. Dinamiche e prospettive dei territori metromontani della Provincia di Cuneo, (sur laquelle Nos Alpes a également écrit), il n’y a aucune mention des stations d’hiver ou de leurs problèmes critiques, pas même dans les chapitres sur le tourisme, les transports publics et l’accessibilité. Prato Nevoso est encore moins mentionnée, bien que la municipalité de Frabosa Sottana apparaisse dans le cadrage statistique.

Enfin, même dans le débat public et politique – comme dans le débat technico-universitaire – il n’y a pas de trace significative de ces situations critiques.
Quels sont les enjeux financiers pour remédier à l’urgence ?
Le 17 novembre dernier, la Région Piémont a alloué 47 millions d’euros au système piémontais de tourisme de ski d’hiver dans le cadre d’un Plan neige quinquennal (2025-2030). Il finance Frabosa Sottana – Prato Nevoso avec un projet de 13,4 millions d’euros, dont on ne connaît pas les détails.
La société Prato Nevoso spa a un chiffre d’affaires en 2024 de 5,3 millions d’euros : à titre de comparaison, Montgenèvre, dans les Hautes Alpes, a un chiffre d’affaires de 20 millions, Sainte-Foy-Tarentaise, en Savoie, de 4,5 millions.
Eh bien, Prato Nevoso spa a annoncé un investissement de 60 millions d’euros dans la période de deux ans entre 2026 et 2028 (plus de 10 fois son chiffre d’affaires, plus de 5 fois par an) avec la rénovation complète d’un télésiège, le développement du tourisme d’été – avec une série d’espaces et d’installations pour les familles et des activités pour les enfants – et une piste de bobsleigh d’été. Apparemment, il n’y a pas d’ investissements pour un parking payant : le thème reste délégué à la Commune.
Par ailleurs, des investissements sur les remontées mécaniques sont déjà en cours : le 19 décembre, un nouveau télésiège six places a été inauguré.
Investissements sur les routes et les parkings ?
En ce qui concerne les investissements sur les routes, il n’y a pas de signe clair de planification sur l’accès, ni sur les stationnements, et la lettre ouverte le confirme.
En mai, il a été annoncé que les fonds de l’État pour les routes des Provinces seraient réduits, et que la province de Coni passerait d’une allocation de 10 millions d’euros par an à 3 millions.
Puis, le 9 décembre, le vice-ministre des transports, Edoardo Rixi, a annoncé une enveloppe de 125 millions d’euros pour les routes, à répartir entre les provinces (une centaine) et les municipalités italiennes.
La Région Piémont, toujours en décembre, a annoncé 5,5 millions d’euros pour les routes des Communes et des Provinces. Pour la province de Coni, il s’agirait de 15 interventions pour 1,4 million d’euros. Il s’agit donc de petits montants, même au vu des réductions, et de toute façon on ne sait pas s’ils concernent aussi Prato Nevoso et Frabosa Sottana.
Lors de la réunion du conseil municipal du 30 décembre, ces fonds, éventuellement à consacrer aux parkings et à la route, du moins à lire les synthèses, n’ont pas été mentionnés.
Par ailleurs, il est apparu clairement qu’il y a des problèmes de compréhension avec la société de collecte et de gestion des déchets, Acem (Azienda Consortile Ecologica Monregalese), comme cela était déjà apparu en octobre 2025.
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