La fermeture du Marineland d’Antibes, parc marin historique de la Côte d’Azur, a laissé en suspens le sort des deux orques Wikie et Keijo, seuls spécimens de l’espèce encore présents dans les installations françaises. Le démantèlement a certes interrompu leurs activités, mais il n’a pas automatiquement garanti la relocalisation des animaux les plus difficiles à déplacer et, depuis lors, leur situation est devenue l’objet de l’attention des politiques, des scientifiques et de l’opinion publique.
Le débat a été ravivé, entre autres, par les vidéos postées sur les médias sociaux par Seph Lawless, un photographe américain qui cherche à documenter la dégradation urbaine et les espaces abandonnés aux États-Unis et ailleurs.
Le cadre réglementaire et la fermeture du Marineland
Le Marineland d’Antibes a définitivement cessé ses activités début 2024 après plus de 50 ans d’ouverture suite à l’entrée en vigueur de la législation française interdisant les spectacles de cétacés. La perte de la principale attraction du parc, à savoir les spectacles de dauphins et d’orques, a rendu son modèle de gestion, déjà affaibli par la baisse du nombre de visiteurs ces dernières années, économiquement insoutenable.
Une phase de transition complexe s’est alors ouverte pour les centaines d’animaux hébergés, la réglementation elle-même ne permettant pas d’en relâcher de nés ou élevés en captivité parce qu’ils sont jugés incapables de survivre par leurs propres moyens. D’autres hypothèses initialement évaluées, dont la relocalisation dans d’autres structures en Europe ou en Asie, ont été écartées car elles n’étaient pas compatibles avec le principe de non-exploitation inscrit dans la réglementation.
Pourquoi les orques ne sont pas des animaux « délocalisables » comme les autres
Les orques font partie des mammifères marins dont la structure sociale est la plus complexe: elles vivent en groupes familiaux stables, développent des comportements appris et utilisent des systèmes de communication spécifiques au groupe. Leur croissance est très lente, à tel point qu’il faut plus de quinze ans à un individu pour atteindre la maturité, et les liens entre la mère et sa progéniture ont tendance à durer toute la vie.
Ces caractéristiques les rendent particulièrement vulnérables à la séparation, au déplacement et à l’isolement, ce qui explique pourquoi leur avenir ne peut être traité de la même manière que celui d’autres animaux issus de la captivité. C’est le cas des dauphins qui, après une période de confinement dans des bassins jugés temporairement adaptés, devraient pouvoir être transférés dans une nouvelle installation en France.
Une histoire familiale marquée par la séparation et la perte
Le cas de Wikie et Keijo n’est pas isolé et représente en fait l’aboutissement d’un système qui, depuis des décennies, sépare les individus et les cellules familiales pour répondre aux besoins des parcs marins. Les captures dans la nature, les transferts entre installations de différents Pays, les programmes d’élevage contrôlés et les déplacements fréquents ont fragmenté des groupes sociaux qui, dans la nature, seraient restés unis pour la vie.
Des décès prématurés et des maladies affectant plusieurs spécimens de la même lignée familiale ont contribué à faire de Wikie et Keijo les derniers représentants d’un groupe progressivement dissous. C’est également la raison pour laquelle leur sort est désormais considéré non seulement comme une question de logistique mais aussi comme une tentative de remédier, du moins en partie, à une longue histoire de gestion artificielle de leur vie.
Le projet canadien, une option viable
L’alternative identifiée pour les orques de Marineland est un sanctuaire marin côtier en construction en Nouvelle-Écosse, promu par le Whale Sanctuary Project, une organisation qui travaille sur des modèles d’hébergement pour les cétacés en captivité. Le projet prévoit l’utilisation de grandes criques naturelles délimitées où les animaux peuvent vivre dans une véritable eau de mer, exposés aux courants, aux marées et aux bruits de l’océan mais toujours sous la surveillance de l’homme.
Les autorités canadiennes ont cependant accordé l’utilisation à long terme d’une zone côtière, ce qui fait de cette proposition, selon le gouvernement français, la seule compatible avec les besoins et les obligations légales de Wikie et de Keijo. Pour des raisons climatiques et d’adaptation, toutefois, elles devraient être déplacés d’ici l’été, afin qu’ils n’aient à affronter l’hiver canadien qu’après une période d’acclimatation.
Le sanctuaire n’est cependant pas encore achevé, les promoteurs du projet ayant déclaré qu’ils disposaient des fonds nécessaires pour commencer les travaux, mais pas encore assez pour les achever dans les délais prévus. De plus, si le déménagement au Canada se concrétise, les deux orques emblématiques d’un Marineland en pleine déliquescence ne retrouveront pas une vie entièrement naturelle mais accéderont à des conditions plus proches des besoins biologiques de leur espèce.
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