L’été 2026 laisse des traces évidentes sur les plus hauts sommets du Massif du Mont-Blanc, où, depuis mercredi 12 août dernier, la glace vieille de près de 7 000 ans du Triangle du Tacul, sur l’Aiguille du Midi, a disparu. Ce phénomène est dû à un écroulement rocheux estimé à environ 15 000 mètres cubes, le dernier d’une série de plus de 200 épisodes provoqués par les températures élevées, la fonte des glaces et la dégradation du pergélisol, qui compromettent la stabilité des parois rocheuses.
L’écroulement de débris sur l’Aiguille du Midi
Lors de l’écroulement de débris sur l’Aiguille du Midi, les matériaux se sont précipités le long de la paroi, à proximité du deuxième tronçon du téléphérique reliant le Plan de l’Aiguille au sommet. C’est Ludovic Ravanel, géomorphologue au Centre national de la recherche scientifique et membre de la Compagnie des guides de Chamonix, qui a localisé le point de détachement.
D’après les premières évaluations du chercheur, qui suit depuis des années l’évolution des parois du massif, la fracture se situe dans la partie supérieure du secteur du Mallory, près d’un glacier suspendu et presque à la hauteur de la crête. Ce qui est préoccupant ce n’est pas seulement l’ampleur de cet épisode isolé mais surtout l’emplacement où se produisent ces phénomènes, qui, depuis quelques années, témoignent d’un déplacement vers des altitudes plus élevées.
Le nombre d’événements en passe d’atteindre un nouveau record
D’après les instruments de surveillance des températures et des glaces présents dans la région, l’effondrement le plus important s’est produit quelques semaines auparavant à la Tour Ronde, touchant un volume compris entre 20 000 et 30 000 mètres cubes. Le chiffre le plus significatif concerne toutefois la fréquence des détachements : depuis le début de la saison, on en a dénombré plus de 200 d’un volume supérieur à 100 mètres cubes, un nombre qui se rapproche rapidement du record de 250 enregistré en 2022.
La comparaison avec les étés précédents fait ressortir une différence encore plus marquée : normalement, selon les observations citées par les chercheurs, on ne comptait qu’une dizaine d’événements de cette ampleur au cours d’une saison. Les prévisions pour le reste de l’été ne sont pas rassurantes, car le réchauffement du sol pourrait favoriser de nouveaux événements même dans les mois à venir, en particulier lorsque la dégradation du pergélisol atteindra des couches plus profondes.
Le rôle du pergélisol
À l’origine de ce type d’effondrement de glace, à l’Aiguille du Midi comme ailleurs, se trouve un processus étroitement lié au pergélisol, constitué de sol et de roche maintenus à l’état gelé pendant de longues périodes, qui contribue à la stabilité des parois en haute altitude. Lorsque les températures augmentent et que le sol gelé se dégrade, ce soutien s’affaiblit progressivement et les fractures dans la roche peuvent ainsi devenir plus instables, ce qui accroît la probabilité de mouvements de matériaux.
Selon Ravanel, la particularité de l’été 2026 est également évidente lorsqu’on observe les parois nord du massif, où certaines zones normalement recouvertes de glace sont aujourd’hui presque entièrement dépourvues de couverture glaciaire. Parmi les sites les plus transformés figure le Triangle du Tacul, où la glace a presque disparu, effaçant ainsi l’un des témoignages naturels les plus précieux étudiés par les chercheurs. Dans ce secteur, on avait identifié des glaces datant de près de 7 000 ans, une archive naturelle capable de conserver des informations sur les conditions climatiques du passé.
Tous les glaciers ne présentent pas la même instabilité
Dans ce contexte globalement critique de l’été, les grands glaciers suspendus de la face nord de l’Aiguille du Midi ne semblent pour l’instant pas montrer de signes de déstabilisation comparables à ceux des parois rocheuses. Selon l’interprétation de Ravanel, ceux-ci – dont l’épaisseur atteint souvent 60 mètres – perdraient de la masse par fusion plutôt que de subir un effondrement soudain.
Ces transformations restent d’ailleurs visibles le long des itinéraires empruntés par les alpinistes, pour lesquels le nombre croissant de crevasses le long de la crête contribue à rendre l’accès au massif plus complexe. Outre la fermeture de la grotte de glace afin de permettre des interventions de sécurité dans la zone d’accès à la crête, certains passages requièrent une attention particulière en raison de la pente, de la qualité du sol et de la présence de débris instables.
LIRE AUSSI : L’état d’urgence incendie dans tout le Piémont








