Sur une carte géographique, le Sanctuaire Pelagos ne suit pas les frontières politiques mais se présente comme une zone marine transfrontalière qui s’étend dans les eaux de l’Italie, de la France et de la Principauté de Monaco. C’est précisément sa nature écosystémique, celle d’un seul et même grand milieu marin, ainsi que la continuité écologique qu’elle implique, qui rendent nécessaire une coordination transfrontalière afin de protéger les mammifères marins et les milieux dans lesquels ils vivent.
Il couvre une superficie d’environ 87 500 kilomètres carrés et s’étend sur 2 022 kilomètres le long des côtes des trois Pays, englobant une partie du Golfe du Lion, l’ensemble de la Mer Ligure et une partie de la Mer Tyrrhénienne septentrionale. Si l’on inclut également la Corse, le nord de la Sardaigne et de nombreuses îles mineures, son territoire se développe au total sur 241 communes côtières, dont 129 françaises, 111 italiennes et une monégasque.

Pourquoi précisément cette partie transfrontalière de la Méditerranée ?
Les eaux du nord-ouest de la Méditerranée sont particulièrement productives et offrent une abondance de nourriture, créant ainsi des conditions favorables à la présence de nombreuses espèces de cétacés. Ici, les dynamiques marines, la morphologie des fonds marins et la disponibilité des proies contribuent à créer des habitats utilisés à différentes étapes de la vie des animaux.
C’est pourquoi le Sanctuaire Pelagos doit être considéré comme un écosystème complexe, dans lequel la présence des grands mammifères est liée à l’équilibre de l’ensemble du réseau trophique. La richesse biologique particulière de cette zone a également été reconnue au niveau international, lorsqu’elle a été inscrite sur la liste des Aires Spécialement Protégées d’Importance Méditerranéenne (ASPIM) dans le cadre de la Convention de Barcelone.

De l’idée des années 1990 à l’accord international
L’idée de créer un sanctuaire pour les mammifères marins est née à la fin du XX siècle, grâce au travail de chercheurs et d’organisations écologistes qui ont documenté la concentration locale de cétacés et les menaces auxquelles ils sont exposés. En 1990, l’Institut Tethys élabore le « Projet Pelagos », qui propose la création d’une zone de protection fondée sur la richesse biologique et l’importance scientifique de la région.
Quelques années plus tard, après la signature en 1993 d’une déclaration commune entre la France, l’Italie et la Principauté de Monaco, les trois Pays signent à Rome, le 25 novembre 1999, l’« Accord Pelagos ». Après les ratifications nationales requises, celui-ci entre officiellement en vigueur le 21 février 2002, bien qu’il ait déjà été inscrit en novembre 2001 sur la liste précitée de la Convention de Barcelone.

Une mer peuplée decétacés
Mais quels animaux le sanctuaire de Pelagos abrite-t-il donc ?
Tout d’abord, dans la vaste zone transfrontalière concernée, il n’est pas rare de croiser un rorqual commun, le plus grand animal que l’on puisse observer régulièrement en Méditerranée après le rorqual bleu. Menacé par la sous-population méditerranéenne et donc considérée comme en danger, il peut dépasser les 20 mètres de long et passer plusieurs minutes sous l’eau avant de remonter à la surface.
Dans les eaux plus profondes, entre les zones de talus continental et les fonds marins, on rencontre également le cachalot, le plus grand des odontocètes, capable de plonger à plus de 2 000 mètres à la recherche de proies. Le phoque moine de Méditerranée, en revanche, est beaucoup plus rare et sa présence dans la région est occasionnelle, son observation constituant donc un événement nettement moins fréquent que celle des cétacés.
Parmi les autres espèces caractéristiques, on trouve le zifio, le globicéphale et le gramp, tandis que les eaux du sanctuaire abritent également des grands dauphins, des dauphins communs et des stenelles striées, ces dernières pouvant être observées en groupes nombreux à proximité des bateaux.

Au-delà des baleines, un écosystème à protéger
La valeur du Sanctuaire Pelagos tient d’ailleurs à la diversité des milieux marins qu’il englobe, parmi lesquels des eaux côtières, des zones pélagiques, des fonds marins profonds, des escarpements et des canyons sous-marins. Il en résulte que la protection des cétacés ne peut faire abstraction de la protection des habitats dans lesquels ils vivent, souvent affectés par des changements dans la disponibilité des proies, la pollution ou le bruit d’origine humaine.
Les côtes sont en effet densément peuplées et le trafic maritime, la pêche, la navigation de plaisance, le tourisme et les autres activités économiques exercent des pressions diverses sur l’environnement. Pour les cétacés, les collisions avec les bateaux constituent une menace évidente, tandis que pour d’autres espèces ce sont les captures dans les engins de pêche ou la pollution sonore, susceptible d’interférer avec l’écholocation, qui revêtent une importance particulière.
D’où la nécessité, grâce à des actions harmonisées entre les trois Pays, de lutter contre les différentes formes de perturbation et de mortalité liées aux activités humaines, notamment par le biais de la recherche scientifique, de la surveillance et de la coordination.

De la recherche à l’observation en mer
Le Sanctuaire Pelagos est donc également un lieu de recherche scientifique, où des campagnes de surveillance permettent de comprendre où se concentrent les différentes espèces, quels habitats elles utilisent et comment leurs populations évoluent.
Au fil des ans, des initiatives consacrées à l’observation des cétacés et à la sensibilisation du public ont vu le jour, parmi lesquelles se distingue la création, en 1986, de l’Institut Tethys. Celui-ci se consacre à la protection, aux soins et à l’étude des cétacés et de l’environnement marin, en identifiant individuellement les spécimens grâce à des photographies ou des vidéos ensuite conservées dans une base de données européenne.
Cette zone est par ailleurs, surtout pendant la saison estivale, la destination de visites guidées et de croisières en bateau à la découverte du milieu marin et de ses habitants, en compagnie de biologistes marins et d’experts du secteur. Il existe par ailleurs de nombreux opérateurs privés, basés dans les ports de la côte ligure, de la Côte d’Azur et de Monaco, qui organisent des excursions au sein de la zone protégée.
LIRE AUSSI : Les Calanques de Marseille, une côte entre la roche et la Méditerranée






