Le Byssus marin est une fibre textile d’origine animale souvent appelée « soie de mer », obtenue à partir des fines sécrétions de Pinna nobilis, un grand mollusque bivalve endémique de la Méditerranée en général et de la Sardaigne en particulier. Ces filaments presque invisibles, utilisés par l’animal pour s’ancrer au fond de la mer, une fois recueillis et traités, donnent naissance à un fil extraordinairement léger, résistant et naturellement doré.
De l’Antiquité aux découvertes médiévales
Les sources historiques et archéologiques attestent que le Byssus était déjà connu dans l’Antiquité et utilisé par les peuples de Sardaigne et les civilisations du pourtour méditerranéen pour fabriquer des textiles de grande valeur symbolique et matérielle. Dans les civilisations babylonienne, phénicienne, juive, grecque et romaine, les objets fabriqués avec ce matériel étaient réservés à l’élite et utilisés comme symboles de statut.
La plus ancienne manufacture conservée est un bonnet tricoté trouvé dans la basilique de Saint-Denis (département de la Seine-Saint-Denis) et daté du XIV siècle. Les découvertes antérieures ne sont documentées que par des études archéologiques, mais elles ont souvent été perdues au cours du XX siècle pour diverses raisons.
Traitement du Byssus
Le traitement susmentionné s’est développé exclusivement dans la région méditerranéenne et même les filaments similaires ne possèdent pas les caractéristiques nécessaires à la production du tissu fin qui lui est traditionnellement associé. Il s’agit d’opérations nombreuses et parfois complexes qu’il faut respecter scrupuleusement, à savoir nettoyage, filage manuel, tissage et parfois teinture naturelle à l’aide d’éléments végétaux ou marins.
En Sardaigne, notamment dans la région de Sant’Antioco, la tradition du filage et du tissage du Byssus a perduré grâce à une transmission familiale des connaissances et des techniques qui sont restées pratiquement inchangées au fil du temps. Outre sa simple valeur textile, il s’est vu attribuer des propriétés thérapeutiques, les pêcheurs l’utilisant pour panser les plaies, convaincus de ses propriétés hémostatiques.
Une fibre presque introuvable aujourd’hui
La Pinna nobilis, dont est extraite la matière première constituant le Byssus, est aujourd’hui une espèce en voie de disparition, menacée par la pollution, la pêche sauvage et la perte de son habitat naturel. Elle est protégée par des réglementations nationales et internationales, notamment la convention de Barcelone et la directive européenne Habitats, qui interdisent la récolte, la commercialisation et même l’exposition commerciale de l’animal.
En conséquence, la production de véritable soie de mer est, en Sardaigne comme ailleurs, pratiquement inexistante, même si, dans le langage contemporain, le terme est improprement utilisé pour désigner des tissus légers et transparents. Pourtant, sa connaissance subsiste grâce à quelques personnes, dont Chiara Vigo, de Sant’Antioco, citée comme l’une des dernières tisseuses de Byssus en soie de mer encore en vie, qui s’est engagée à préserver ce patrimoine immatériel depuis des décennies.
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