Le Comité de coopération frontalière du Quirinal s’est réuni au Fort de Bard, en Vallée d’Aoste, le 4 juin 2026, en présence de maires, de représentants des collectivités locales et régionales, d’organisations et d’acteurs opérant au niveau transfrontalier, tels que les sociétés gestionnaires de tunnels.
La réunion, accueillie par la Région Vallée d’Aoste et ouverte par le président Renzo Testolin, s’est déroulée à huis clos, tandis que des fonctionnaires et d’autres représentants ont pu y assister depuis une salle d’écoute. La presse et les médias sont restés à l’écart: ils n’ont pu assister qu’à une conférence de presse des deux ministres des Affaires étrangères qui ont présidé la réunion, Jean-Noël Barrot et Antonio Tajani, ce dernier également vice-président du Conseil des ministres.
On en sait donc relativement peu, à part quelques informations glanées auprès de différentes sources à la fin de l’événement et grâce à un retour du ministre Tajani à la rencontre des journalistes, pour répondre à plusieurs questions.
Il n’y avait que des journalistes italiens: à part notre cas hybride italo-franco-suisse, on n’a vu aucun Français, d’où l’absence de retombées d’infos dans les médias régionaux alpins, notamment le Dauphiné, le Messager, Nice-Matin, France 3 Alpes, et dans les médias nationaux. Il y avait peut-être un correspondant de l’AFP (Agence France-Presse), mais nous ne l’avons pas croisé.
Premier point, le tunnel du Mont-Blanc
L’année dernière, après la réunion du Comité frontalier de Nice du 7 février 2025, il y a eu un malentendu dont nous avons rendu compte et qui a eu quelques répercussions à l’Assemblée nationale française et au niveau local, en particulier parmi les maires de la vallée de Chamonix, alors dirigés par Éric Fournier. C’est donc un sujet qu’il convient d’aborder avec prudence.
D’après plusieurs sources et le ministre Tajani, il semblerait qu’une étude soit en cours de préparation par une université italienne (Bocconi, peut-être pas seule) et par une université ou un institut de recherche français (peut-être avec le CEREMA, agence publique d’études et de compétences sur l’environnement, la mobilité, les risques et l’aménagement du territoire). Elle devrait avoir un champ d’analyse large – donc pas uniquement économique et lié aux transports – et devrait également porter sur les objectifs de décarbonisation (ce qui est justement l’un des thèmes du CEREMA).
Cette étude devrait permettre de disposer d’un cadre commun d’éléments techniques et factuels sur lesquels réfléchir. Les positions actuelles de la France (contre) et de l’Italie (pour) restent inchangées. L’idée est ensuite de se mettre à l’écoute d’une étude, que l’on souhaite indépendante.

Des arguments difficiles à comprendre
D’autre part, concernant le Mont-Blanc, du moins du point de vue des observateurs, certains arguments sont difficiles à comprendre. Leur existence semble découler davantage d’inerties et d’approches datant des années 80 ou 90, qui furent pourtant des années difficiles pour l’environnement et le transport de marchandises.
Le maire de Chambéry, Thierry Repentin, a déclaré lors de la réunion que la proposition d’un deuxième tube par le ministre Tajani était une « surprise », alors que le deuxième tube existe déjà au Fréjus, et après que celui du Mont-Blanc ait déjà fait l’objet de nombreuses discussions l’année dernière. Il a ensuite évoqué la Convention alpine qui l’empêcherait, mais il ne s’agit pas ici d’une nouvelle infrastructure (comme le tunnel du Mercantour) mais d’une modernisation de l’existant, et sans augmentation du trafic, comme l’a démontré le Fréjus précisément pour le nouveau deuxième tube.
Comment évaluer cela ? Pour confirmer une certaine confusion dans les discours des collectivités locales alpines françaises, un maire nous a même évoqué la possibilité d’un tunnel ferroviaire de fret entre Passy et Morgex (ce qui constituerait une nouvelle infrastructure au sens de la Convention alpine) alors que l’on manque déjà de fonds pour le tronçon français entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, qui devrait renforcer la capacité de transport de marchandises et leur report sur le rail.
On parle encore de Dijon-Modane
Toujours à titre d’exemple, le maire de Chambéry, Thierry Repentin, qui est pourtant un homme politique chevronné et dirige une ville riche en innovations et en solutions, a encore évoqué une liaison de fret entre Dijon et Modane, par rapport à Lyon / Saint-Jean-de-Maurienne, comme une possibilité toujours d’actualité.
Sans parler, plus généralement, de la question de la qualité de l’air, alors que 2 000 véhicules passent chaque jour au Tunnel du Mont-Blanc et au moins 20 000 à Cluses.
En d’autres termes, il faudrait mieux comprendre les différents niveaux de gouvernance en France. D’ ailleurs en Italie on devra mieux comprendre : certains thèmes n’ont tout simplement pas été intégrés dans les politiques à promouvoir (autoroute à hydrogène, covoiturage, etc.). Une étude (ou deux études) pourrait apporter un peu de clarté.
Reste à voir si ce travail d’analyse (indépendant) se déroulera sans heurts. Le ministre Jean-Noël Barrot ne s’est pas exprimé à ce sujet lors de la conférence de presse et l’expression de son visage lorsque Tajani en parlait était absolument impénétrable.
Deuxième point : les avancées du Comité de coopération frontalière
À la veille de la réunion, dans Nos Alpes, nous avons dressé une liste des différents points en suspens et difficiles de la coopération à la frontière franco-italienne.
Pour nous limiter aux seuls transports, il y a le deuxième et historique tube du tunnel de Tende (alors que le premier n’est pas encore achevé), la ligne ferroviaire Coni-Breil-Vintimille qui roule à 40 km/h, les obstacles au transport ferroviaire local entre Oulx et Modane (le billet de train transfrontalier (en TGV !) coûte 8 fois plus cher au kilomètre que le même trajet en France), le tunnel du Mont-Blanc qui doit fermer pendant des décennies en automne pour travaux, l’autoroute ferroviaire alpine qui permet de retirer au moins quelques poids lourds des routes mais qui ne redémarre pas (peut-être en septembre), la compatibilité des systèmes ferroviaires (des tensions différentes, qui ne posent toutefois pas de problème entre l’Italie et la Suisse avec le train TILO).
Le bilan après la réunion offre en revanche des signes de dynamisme et quelques espoirs. La celle principale de l’après-midi a d’ailleurs été précédée d’une série de travaux le matin, ouverts par l’assesseur régional valdôtain à la Culture, Erik Lavevaz.
En 2023, au démarrage du Comité, il était question de constituer des groupes de travail : eh bien, il en existe désormais trois sur les eaux de la Roya. Il en existe peut-être aussi un sur la « mobilité », s’il ne s’agit pas du même que celui d’un projet Interreg.
Un secrétariat à Menton ?
La ville de Menton s’est proposée d’accueillir un « secrétariat » ou une structure opérationnelle pour soutenir le Comité et les ambassadeurs qui le coordonnent (d’ailleurs, l’excellent ambassadeur Andrea Cavallari se rendra en Norvège et laissera la tâche à un collègue).
Christian Estrosi, alors maire de Nice, s’était déjà proposé l’année dernière d’accueillir une structure légère, mais il a perdu les élections face à Éric Ciotti, qui procède désormais à diverses coupes budgétaires. Alexandra Masson, nouvelle maire de Menton, présente depuis des années et en tant que députée sur les questions frontalières, a repris cette idée et a recueilli divers soutiens lors de la réunion.
On a également compris, même si nous ne les avons pas entendues, que lors de la table ronde générale de l’après-midi, diverses propositions ont émergé, allant de la gestion des forêts à la révision législative, au moins en Italie, de la loi La Loggia, en raison du frein qu’elle impose à toute initiative de collaboration transfrontalière.
Il a été question des liaisons maritimes entre la Corse et la Sardaigne (même thème que l’année dernière), peut-être de la coopération en matière de santé, certainement de la coopération et des échanges entre les jeunes au niveau frontalier, dans le cadre d’un programme plus large entre les deux Pays.
Il faudra donc approfondir ces différents thèmes au fur et à mesure qu’ils se présenteront, si vous souhaitez ensuite les retrouver sur Nos Alpes.
LIRE AUSSI :
Traité du Quirinal : Comité frontalier « en sourdine » au Fort de Bard, le 4 juin 2026
La conférence « italo-italienne » du ministre Tajani au tunnel du Mont-Blanc
TOUT SUR LE TRAITÉ DU QUIRINALE ET LE COMITÉ DE COOPÉRATION FRONTALIÈRE










