Ce ne sont ni les grandes montagnes ni les stations thermales réputées qui frappent en premier lieu ceux qui pénètrent dans la chapelle de l’Ossuaire de Leuk, dans le Haut-Valais, mais bien les quelque 24 000 crânes qui y sont conservés. Ces milliers de restes humains, disposés les uns à côté des autres avec une régularité presque géométrique, forment un véritable mur d’une vingtaine de mètres de long, haut de près d’un mètre et demi et profond, à certains endroits, d’environ trois mètres.
Le spectacle est insolite et inévitablement impressionnant, mais ce lieu, connu en allemand sous le nom de Beinhaus a été créé dans un but qui, loin d’être macabre, est lié à l’histoire religieuse et sociale du Pays. Le résultat est aujourd’hui l’un des plus grands ossuaires conservés en Suisse, un site dont l’atmosphère rappelle les célèbres catacombes de Paris tout en racontant une histoire profondément liée au territoire alpin.

Une tradition née d’une nécessité
Dans le Valais du XVI siècle, l’inhumation faisait partie intégrante de la vie de la communauté et l’église paroissiale de Leuk elle-même accueillait de nombreux moments fondamentaux de l’existence, du baptême au mariage en passant justement par les funérailles. Cependant, l’espace limité du cimetière a conduit à la mise en place d’une pratique de rotation des sépultures : ainsi, après environ 25 ans passés sous terre, les dépouilles étaient exhumées pour faire place à de nouveaux défunts.
Les os étaient ainsi transférés dans l’ossuaire tandis que les crânes finissaient progressivement par former le grand mur visible aujourd’hui, porteur lui-même d’un message religieux fondamental. Dans l’au-delà, selon la conception de l’époque, les différences sociales perdaient tout sens, rendant tout le monde – riches et pauvres, paysans et citadins – égal face à la mort.
C’est de cette idée que découle la célèbre inscription qui orne ce site historique et autrefois sacré, et qui dit en allemand : « Nous avons été ce que vous êtes et nous sommes ce que vous serez ». Au centre de la chapelle se trouve également un crucifix gothique, tandis que certaines représentations liées à la danse macabre renforcent le thème de la fugacité de la vie et du destin commun inéluctable des êtres humains.

Un mur de crânes qui traverse des siècles d’histoire dans le Valais
Les 24 000 crânes de l’Ossuaire de Leuk ont en effet traversé plusieurs siècles de l’histoire du Haut-Valais et, dans certains cas, conservent des traces des événements vécus par les personnes auxquelles ils appartenaient. Certains d’entre eux présentent en effet des lésions, notamment des perforations pouvant être associées à des morts violentes, tandis qu’une partie d’entre eux pourrait appartenir aux victimes des conflits qui, à la fin du XVIII siècle, ont opposé le Canton aux troupes de la France révolutionnaire.
En 1799, lors de la guerre entre les habitants du Haut-Valais et les forces françaises, la région fut le théâtre de combats particulièrement sanglants, parmi lesquels la Bataille de Finges se distingue par son caractère dramatique. La grande pinède du même nom, qui caractérise encore aujourd’hui le paysage aux abords de la petite ville, conserve ainsi un lien direct avec l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire locale.

De l’obscurité à la redécouverte
La paroi de l’Ossuaire de Leuk a été fermée en 1860, laissant les restes dans l’obscurité pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce que les travaux de rénovation de l’église l’ont remise au jour en 1982. Depuis lors, elle est devenue l’une des attractions les plus singulières du village, non seulement en raison de son aspect insolite mais surtout parce qu’elle incarne une conception de la mort profondément différente de celle de notre époque.
En sortant de la chapelle, la ville offre alors un visage complètement différent, celui d’une terrasse ensoleillée surplombant la Vallée du Rhône, dans un emplacement particulièrement privilégié au milieu des vignobles du Haut-Valais. Il s’agit d’une localité aux origines anciennes, dont le centre historique abrite des bâtiments et des témoignages du passé, parmi lesquels son château emblématique, restauré et transformé grâce à une intervention de l’architecte tessinois Mario Botta.

Que voir à Leuk
Leuk se trouve dans une région viticole intéressante du Valais, où les coteaux en terrasses et les conditions climatiques favorables ont permis le développement de la culture de la vigne. Vers la vallée s’étend quant à elle la grande Forêt de Finges, l’un des espaces naturels les plus caractéristiques de la région, dominée par des pins sylvestres, des zones humides, des cours d’eau et des vignobles qui constituent le Parc naturel de Pfyn-Finges.
Pour ceux qui disposent de plus de temps, Leukerbad se trouve à proximité : c’est l’une des stations thermales les plus connues de Suisse, où l’eau chaude et le paysage alpin constituent depuis longtemps le cœur de l’offre touristique. Une autre expérience très différente vous emmène en revanche sous terre, à la découverte du Lac souterrain de Saint-Léonard, navigable en bateau et considéré comme l’un des sites naturels les plus singuliers de la région.
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